Puilaetco Dewaay va appliquer un taux négatif au cash des riches investisseurs

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Après les entreprises et les institutionnels, les riches particuliers sont les nouvelles victimes des taux négatifs.

Les clients de la banque privée Puilaetco Dewaay qui ont signé un contrat de conseil en investissement et qui sont essentiellement investis en cash, pour des montants supérieurs à 5 millions d’euros, seront les premiers particuliers à se voir appliquer bientôt un taux négatif, a révélé une enquête menée par la rédaction. Pour l’heure, les clients qui ont opté pour la gestion discrétionnaire ne sont pas concernés.

La BCE, qui a déjà fait passer son taux de dépôts de -0,4% à -0,5%, a laissé entendre qu’il pourrait baisser davantage dans les prochains mois.

Alors certes, seule une minorité de "happy few" est visée. Mais on sent bien que les taux négatifs s’insinuent progressivement dans tous les compartiments financiers dont les rendements prennent l’eau les uns après les autres.

Dès lors, la question est: où cela va-t-il s’arrêter? Le problème, c’est que la Banque centrale européenne (BCE), qui a déjà fait passer son taux de dépôts (celui qui s’applique aux surplus de liquidités placés par les banques centrales de la zone euro) de -0,4% à -0,5%, a laissé entendre qu’il pourrait baisser davantage dans les prochains mois, et que le marché est convaincu que cette situation risque de perdurer des années. La pression sur les banques ne fera donc que s’accentuer. Tôt ou tard, les taux négatifs vont inévitablement faire de nouvelles victimes.

Comment les banques s'organisent

Dans notre pays, plusieurs banques appliquent des taux négatifs aux dépôts de certains clients institutionnels et d’entreprises. Et la plupart des organismes bancaires appliquent déjà un taux zéro sur les comptes à vue et les comptes d’investissement des particuliers.

En théorie, la prochaine étape serait que le taux sur ces comptes tombe en territoire négatif. Mais cela semble peu probable, à court terme du moins. Pour compenser, les banques pourraient augmenter les frais liés aux comptes à vue ou limiter le montant que les particuliers sont autorisés à déposer sur un compte à vue et/ou d’épargne.

De nombreuses banques tentent déjà de contourner le problème, ou en tout cas d’en limiter l’impact, en plafonnant les dépôts des particuliers, et proposent dans ce cas des solutions alternatives. Quant à la banque Puilaetco Dewaay, elle appliquait déjà un taux négatif aux comptes courants libellés dans certaines devises étrangères et désormais, les dépôts en euros devraient également être concernés.

Il faut protéger l’ensemble des clients les plus vulnérables – ceux couverts par la garantie des dépôts –, et ensuite au cas par cas, envisager de passer les taux négatifs aux grandes entreprises ou à certains gros clients.
Jean-Pierre Mustier
Président de la Fédération bancaire européenne


Épargner les épargnants

En Belgique, les banques sont légalement obligées de garantir un taux minimum de 0,11% (taux de base de 0,01% + prime de fidélité de 0,1%) sur les comptes d’épargne réglementés. Le rendement est ainsi artificiellement maintenu en territoire positif. Les livrets les plus généreux offrent du 0,55%, ce qui ne compense plus l’inflation qui est pourtant tombée le mois dernier au plus bas en 4 ans (0,8%). Donc, même si le taux du compte d’épargne n’est pas encore négatif, on y perd de l’argent. Et cela depuis longtemps.

Si la menace de taux négatifs sur l’épargne ne plane pas vraiment, le taux zéro pourrait bientôt s’imposer. Le CEO d’ING Belgique, Erik Van Den Eynde, a averti dès le mois d’août que "le minimum légal n’était plus tenable et qu’il était temps d’envisager des taux nuls".

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Jusqu’ici, au niveau européen, le mot d’ordre semble être d’épargner les "petits" épargnants, tant que c’est possible. Le président de la Fédération bancaire européenne, Jean-Pierre Mustier, a ainsi déclaré le 14 octobre: "Il faut protéger l’ensemble des clients les plus vulnérables ceux couverts par la garantie des dépôts , et ensuite au cas par cas, envisager de passer les taux négatifs aux grandes entreprises ou à certains gros clients en offrant des alternatives de rendement proches de zéro plutôt que d’avoir un taux négatif en dépôt."

Le jour même, UniCredit (premier groupe bancaire italien), dont Jean-Pierre Mustier est le CEO, annonçait l’application d’un taux négatif sur les dépôts bancaires supérieurs à 1 million d’euros dès 2020, alors qu’initialement, le seuil de 100.000 euros avait été évoqué. Le président de la Fédération bancaire européenne avait d’ailleurs invité la BCE à "pousser les banques à appliquer des taux négatifs sur les dépôts supérieurs à 100.000 euros des riches particuliers et des entreprises"

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