chronique

Quand la Suède balance ses taux négatifs

La Banque de Suède devrait remonter ses taux à 0% le 19 décembre. Un geste très symbolique, mais qui pourrait faire réfléchir la Banque centrale européenne. Car les Suédois ont toujours joué les précurseurs.

La Suède compte en ses rangs Greta Thunberg, Abba et le "roi" Zlatan (le footballeur Ibrahimovic). Elle a aussi la Riksbank, la banque centrale suédoise. Créée en 1668, elle se targue d’être la plus vieille banque centrale du monde. C’est elle qui a créé le "prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel", ce qui s’assimile au prix Nobel d’économie. Au début des années 1990, elle fut aux avant-postes lorsque la Suède a enregistré une bulle immobilière qui a ensuite éclaté, plongeant son secteur bancaire dans une crise profonde. Une sorte de répétition avant l’heure de la crise des "subprimes" de 2008. Enfin, la Banque de Suède fut une pionnière en matière de taux d’intérêt négatifs. En 2009, c’est d’abord son taux de dépôt qui est tombé sous zéro avant que son taux directeur (repo) ne suive la même tendance en 2015.

La Banque de Suède est consciente que pour beaucoup de gens, les taux négatifs sont une chose étrange.

Ce mois-ci, grand événement en perspective, la Banque de Suède devrait être la première à se débarrasser de ses taux négatifs lors de sa réunion du 19 décembre. Elle a largement pré-annoncé cette décision. Le taux directeur devrait passer de -0,25% à 0%. Voici quelques mois, le gouverneur de la Riksbank, Stefan Ingves, avait eu cette petite phrase qui en dit long: "Nous sommes conscients que beaucoup de gens pensent que les taux négatifs sont une chose étrange." On pourrait ajouter qu’il s’agit même d’une chose "anormale", surtout lorsque la situation se prolonge dans le temps.

Pour Sylviane Delcuve, senior economist de BNP Paribas Fortis, c’est un épisode intéressant de la saga des taux négatifs qui est en train de se produire en Suède. La raison invoquée pour cette décision est qu’en restant trop longtemps avec des taux négatifs, on fait plus de tort que de bien, notamment en pénalisant les épargnants, en permettant à des entreprises moribondes de continuer à vivoter, en dégradant la rentabilité et les bilans des institutions financières et en alimentant des bulles, par exemple dans l’immobilier.

©Bloomberg

Ce qui interpelle, c’est que cette hausse des taux va intervenir dans un contexte de ralentissement de l’économie suédoise. La décision est d’ailleurs largement controversée au sein de la banque centrale. Lors d’une conférence, le n°2 de la Banque, Per Jansson, a exprimé des doutes cette semaine sur une telle remontée, un peu précipitée à ses yeux.

Immobilier en surchauffe

Alors pourquoi remonter les taux? Peut-être pour se donner une marge de manœuvre en cas de coup dur. Mais on peut y déceler aussi les effets de plus en plus pervers des taux négatifs. Tout récemment encore, le Comité européen des risques systémiques avait épinglé la Suède pour l’endettement croissant des ménages et pour la surévaluation significative de son marché immobilier. C’est la raison pour laquelle la banque centrale avait déjà procédé à une première remontée de son taux directeur en décembre 2018, le ramenant de -0,50% à -0,25%.

Les prochains mouvements de la Riksbank sont moins clairs. Les taux devraient rester à 0% pendant un certain temps, dit-on à la banque centrale. Il n’en reste pas moins que la Suède est l’indicateur précurseur de ce que fera, tôt ou tard, la BCE. Sans oublier que cette même Banque de Suède fut la première banque centrale à plancher sur une monnaie digitale, l’e-krona. On vous le dit, ces Suédois sont de véritables pionniers.

Lire également

Echo Connect

Messages sponsorisés

n