Quels taux plus tard?

La hausse des taux d'intérêt reflète l'attente d'une inflation en progression, ce qui dépréciera la monnaie. Mais jusqu'à quel point? ©Photo News

Pour les économistes, la poussée inflationniste attendue devrait être temporaire. Mais les taux montent, car la reprise pourrait être plus forte que prévu.

Les investisseurs sont nerveux: ils s'interrogent sur l'évolution future des prix et des rendements. En bourse, après des années d'inflation très inférieure aux objectifs, on redécouvre avec une certaine surprise la corrélation entre l'accélération de la hausse des prix et la montée des taux d'intérêt. Jusqu'où l'inflation et les rendements monteront-ils?

"Si tout le monde peut manger en terrasse cet été, le prix des pizzas sur la place Sainte-Catherine augmenteront. Mais on ne va pas y manger toutes les pizzas qu'on n'a pas mangées pendant la crise sanitaire, donc ça ne durera qu'un temps."
Vincent Juvyns
Stratégiste chez JPMorgan Asset Management

"L'inflation connaîtra un effet saisonnier, compte tenu de la comparaison des prix sur un an", explique Thierry Masset, chief investment officer d'ING Belgique. "Au-delà de cette mécanique de court terme, y aura-t-il un effet plus structurel derrière? Ce n'est pas notre opinion à ce stade."

Philippe Gijsels, chef stratégiste chez BNP Paribas Fortis, est du même avis: "On est toujours dans ce monde où les taux d'intérêt réels vont rester bas, voire négatifs pour très longtemps".

"Peu de tensions salariales"

"Dès lors que la reprise aura été 'digérée', vers 2022 et 2023, l'inflation retombera quasiment naturellement", pronostique Vincent Juvyns, stratégiste chez JPMorgan Asset Management. "Les éléments qui pesaient sur l'inflation, comme le vieillissement de la population, la mondialisation et le recours accru aux technologies, sont toujours présents. De plus, on sort d'une terrible récession. C'est un moment où il y a peu de pression salariale."

"On est loin du plein emploi."
Thierry Masset
Chief investment officer chez ING Belgique

Thierry Masset confirme: "On est loin du plein emploi aux États-Unis et le marché de l'emploi n'est pas brillant en Europe non plus. Il y a donc encore de la marge avant d'avoir des tensions salariales, condition nécessaire à des effets de second tour qui soutiendraient durablement l'inflation".

"Volonté d'utiliser le cash"

"Il pourrait y avoir quelques distorsions de prix temporaires cet été", nuance Vincent Juvyns. "Si tout le monde peut voyager, le prix du billet d'avion à bas coût pour Malaga va sans doute augmenter de manière significative. Idem pour le prix des pizzas qu'on mangera en terrasse sur la place Sainte-Catherine. Cela dit, on ne va pas manger, cet été, toutes les pizzas qu'on n'a pas mangées pendant la crise sanitaire! Donc, ça ne durera qu'un temps."

"Tout le monde se positionne pour un monde post-Covid."
Philippe Gijsels
Chef stratégiste chez BNP Paribas Fortis

Si la poussée inflationniste n'est que passagère, pourquoi un tel emballement des taux? "Tout le monde se positionne pour un monde post-Covid", analyse Philippe Gijsels. "Le redressement pourrait être plus prononcé qu'on ne le pense parce que les gens ont beaucoup épargné. On sent une volonté d'utiliser le cash accumulé le jour où les magasins et les restaurants rouvriront. C'est bon pour l'économie, mais le problème est que cela fait aussi monter les taux."

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