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Qui sont les shérifs de la cryptomonnaie?

Les méandres informatiques des cryptomonnaies favorisent les actions de criminels passés experts dans la dissimulation et le brouillage des pistes. ©Bloomberg

Par essence, aucune réglementation précise n'entoure les transactions en cryptomonnaies, à part celles des acteurs d'un marché où les cybercriminels sont de plus en plus organisés.

C'est un peu le Far West. Le marché non régulé des cryptomonnaies est tracé de multiples autoroutes numériques marquant les transactions de tout un chacun vers les serveurs décentralisés. Toute la communauté vérifie, consulte, compile et se cache.

Le marché dépasse actuellement toujours les 1.000 milliards de dollars et il n'est pas rare que le volume quotidien des échanges crypto atteigne les 100 milliards de dollars.

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Avec l'adoption de plus en plus grande du public, l'enchevêtrement des routes cryptées rend complexe un traçage précis des transactions. Il y a de plus en plus de blocs à analyser dans ce magma de finance décentralisée, où aucune autorité officielle ne contrôle les transactions, mis à part les utilisateurs. Et, à l'inverse de la finance traditionnelle, le livre d'ordre du secteur ne se trouve physiquement nulle part. Tout est sur le réseau – autrement dit, sur les ordinateurs des utilisateurs du monde entier.

Bandes organisées

C'est dans ce maquis informatique que s'engouffrent les cybercriminels, très satisfaits des règles de confidentialité en vigueur. Ils profitent aussi de la facilité et de la rapidité des échanges pour brouiller les pistes. "Ce ne sont pas des hackers isolés travaillant la nuit sur leur petit PC. Ce sont des groupes organisés, officiants en plein jour et installés dans de grandes places financières", nous informe-t-on au Centre belge pour la Cybersécurité (CCB).

"Cela fait partie de leur fonctionnement d'être organisé comme un vrai bureau. Dans certains cas, les échanges téléphoniques qu'on a eus avec la structure frauduleuse nous donnaient l'impression d'être dans une grande banque: le réceptionniste nous baladait d'un conseiller juridique à un spécialiste blockchain ou à un gestionnaire de patrimoine. De vrais pros!", nous confirment Marem Aoucheva et Mikhail Djaksigoulov, les deux fondateurs de Complychain, une société spécialisée dans la conformité fiscale et réglementaire des cryptoactifs ainsi que l'investigation des escroqueries sur la blockchain. Et dans ce domaine, ils voient les dossiers s'accumuler. "Ces derniers mois, les signalements se font plus fréquents", situe Marem Aoucheva. Et son associé Mikhail d'ajouter: "Les cybercriminels vont tellement vite qu'il est presque impossible de les retrouver sans faire appel à des outils puissants."

Véritables détectives de la blockchain, Marem et Mickaïl parviennent à se rapprocher des cybercriminels, à identifier des "nœuds" de passage fréquents ou à localiser les escrocs dans la blockchain. "Mais en aucun cas on ne peut proposer au client de lui remettre les actifs volés, si quelqu'un vous promet ça, c'est que c'est une arnaque", alerte Marem. "Notre mission s'arrête à de la récolte d'informations que notre client peut transmettre à la justice ou à la police."

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Cercle vicieux

Ces dernières années, les autorités, la police et le secteur financier ont sérieusement mis à jour leur parc et leurs compétences informatiques pour guetter les morceaux pourris d'une blockchain. Ils font ce qu'on appelle l(analyse 'on-chain', c’est-à-dire le suivi des transactions frauduleuses. Grâce à des outils et des logiciels sophistiqués, ces nouveaux shérifs de la cryptomonnaie traquent les échanges au même titre que des sociétés privées et leur lot de détectives. "Nos outils et méthodes actuels nous permettent de fournir une réponse à la criminalité utilisant les blockchains pour véhiculer l'avantage patrimonial acquis, mais les spécialistes en cryptomonnaies de la Police fédérale agissent actuellement uniquement sur base de dossiers judiciaires", affirme Sandra Eyschen, porte-parole de la police tout en précisant que "le monde des cryptoactifs évolue rapidement et des outils nouveaux ou améliorés arrivent constamment sur le marché, souvent à un prix très élevé alors que nos budgets sont limités aux règles des marchés publics."

La bataille est avant tout technologique, puisque ce marché n'est pas régulé. Les plateformes d'échange, qui doivent s'identifier auprès du gendarme des marchés (lire l'encadré ci-dessous) pour être actives en Belgique, ne sont ainsi pas tenues de collaborer comme les brokers ou les banques. Certaines sont même viciées de l'intérieur. "On s'est aperçu que le service juridique d'une plateforme d'échanges très populaire était lui-même un bureau impliqué dans des arnaques", conclut Marem Aoucheva.

Le mixer, une arme redoutable

Pour masquer la piste des cryptoactifs, des services appelés "Mixer" sont utilisés. Le "Mixer" permet de brasser vos fonds avec des cryptomonnaies provenant d'autres portefeuilles afin de rompre le lien qui existe entre celui qui vend et celui qui achète. Sa principale utilité est donc d'anonymiser au maximum les transactions de cryptomonnaies en les mélanger à d'autres.

Les mixers sont très utilisés par les personnes soucieuses d'accroître la confidentialité de l'utilisation de bitcoins. Mais c'est aussi un outil qui se retrouve au centre des enquêtes sur les montages frauduleux et les arnaques, les SCAM comme on dit dans la communauté crypto. "L'utilisation de ces services rend les enquêtes de suivi de l'argent plus compliquées, mais pas impossibles", reconnaît-on à la police fédérale.

Les mixers ne sont pas une solution infaillible pour protéger la confidentialité financière de leurs utilisateurs . S'ils peuvent rendre plus difficile le suivi de l'activité financière par des tiers, ils ne garantissent pas un anonymat total.

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©Filip Ysenbaert
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