Qui sont les Warren Buffett belges?

Warren Buffett (©afp) ©IMAGEGLOBE

Il n’est pas vraiment indispensable de courir jusqu’à Wall Street pour profiter du génie de Warren Buffett. Il y a chez nous aussi des investisseurs qui font aussi bien que le gourou américain.

La Bourse de Bruxelles abrite-t-elle des Warren Buffett belges? Les dons de cet expert américain de l’investissement boursier, qui préside aux destinées du groupe financier Berkshire Hathaway, ne sont plus à démontrer. Les investisseurs se disputent les actions de son groupe coté à la Bourse de New York.

Et il y a de quoi. Warren Buffett est parvenu depuis le plancher touché par Wall Street ces dernières années, le 6 mars 2009 pour être précis, à offrir un return de 131,12% à ceux qui détiennent ses actions, soit une moyenne de 22,4% par an! Autant dire que Warren Buffett est toujours prompt à saisir les bonnes occasions pour créer de la valeur en faveur de ses actionnaires.

Des Berkshire cotées à Bruxelles…

Mais est-il indispensable, pour un investisseur belge, de courir jusqu’à New York pour assurer la meilleure performance à son portefeuille d’investissement? Car à passer en revue les sociétés cotées chez nous, à la Bourse de Bruxelles, on observe que certaines d’entre elles exercent des activités assez proches de celles que mène Buffett. Ces sociétés qualifiées de holdings de ce côté-ci de l’Atlantique, sont une bonne poignée à se retrouver sur les écrans de cotations à Bruxelles. Et s’il y avait des Warren Buffett chez nous aussi…

…qui font mieux que Buffett

Cela en étonnera fort probablement plus d’un. Mais certains gestionnaires de ces holdings belges, n’ont en réalité pas à rougir du parcours effectué par les actions de leur société en Bourse. Certaines d’entre elles enregistrent un return supérieur à celle de l’action Berkshire Hathaway!

Qui peuvent-ils bien être ces champions de l’investissement? "Les noms les plus régulièrement avancés sont ceux de Pierre van der Mersch, à la tête de Brederode depuis plusieurs décennies, Albert Frère à la barre de GBL depuis 1982, et Luc Bertrand, d’Ackermans & van Haaren (AvH)", nous dévoile Hans D’Haese, analyste spécialisé dans le secteur des holdings auprès de la Banque Degroof. "C’est le tiercé classique le plus souvent avancé dans les médias", justifie-t-il. "Ces gestionnaires ont un track record, de l’expérience. Ils réalisent de la performance, et leur stratégie est bien expliquée."

Les champions d’aujourd’hui

Force est de constater que dans les faits, ce tiercé n’est pas si éloigné de la réalité. Si l’on prend en considération la période qui va de mars 2009 à aujourd’hui, c’est bien Pierre van der Mersch, président du groupe Brederode basé à Waterloo, qui remporte haut la main le titre de Warren Buffett belge. La performance de son action est même supérieure à celle de Berkshire Hathaway et à celle de l’indice Bel 20, dividendes compris (+ 105%). Elle a offert un return de 162% selon des calculs effectués par Bloomberg! Belle revanche pour cette société d’investissement, dont le portefeuille fort investi en 2008 dans les actions financières, avait énormément souffert de la crise financière.

Ces performances calculées par Bloomberg, ont été arrêtées début mai. 

Une moitié du portefeuille de Brederode est investi dans des actions cotées, le solde l’étant dans des fonds de private equity (sociétés non-cotées). "C’est le mix de ces deux types d’investissement qui fait la réussite de Brederode", explique Hans D’Haese, précisant que "le holding a un accès à des fonds de private equity qui réalisent les meilleures performances. En outre, son action a bénéficié d’une réduction sensible de sa décote. Touchée de plein fouet par la crise financière à la fin de 2008, la valeur de Brederode en Bourse affichait alors une décote de 52% par rapport à la valeur des actifs qu’il détenait. Aujourd’hui, cette décote est revenue à 31%".

Autre champion de l’investissement, Luc Bertrand, du holding anversois AvH, arrive en deuxième position. Son action a livré un return de 125% en quatre ans, également supérieur à celui du groupe américain. À elle seule, l’action a procuré une plus-value de 101%. "Une performance que le holding, qui vise à réduire le nombre de ses lignes d’investissement, doit aussi à de belles affaires réalisées dans le private equity, outre son investissement juteux dans DEME", estime l’analyste de la Banque Degroof.

Quant au Groupe Bruxelles Lambert présidé par Albert Frère, il ne fait plus partie, provisoirement fort probablement, du trio de tête. La troisième marche du podium a été conquise par le holding de Guy Paquot, la Compagnie Bois Sauvage qui, tout comme GBL, a ses quartiers généraux à Bruxelles. Pour Hans D’Haese, "tirant les leçons de la crise financière dans laquelle le holding était par ailleurs empêtré avec une participation dans le capital de Fortis, Bois Sauvage s’est attelé à se désendetter ces dernières années et à se tourner davantage vers les sociétés industrielles, cotées ou non. Son portefeuille contient des actifs qui devraient encore procurer de la valeur aux investisseurs en quête, en même temps, de rendement". Bois Sauvage vient aussi de réorganiser sa structure managériale. Il a supprimé la fonction d’administrateur délégué, ainsi que le Comité de direction. La décote de ce holding est passée de 41,7% à 34% entre fin 2011 et aujourd’hui, calcule l’analyste.

Et les autres

Concernant les performances des autres holdings, Sofina vient en quatrième position, avec un return de 82%, suivi de GIMV (60%). Sofina souffre d’une décote pérenne assez élevée de 34,5%. "Cela s’explique, indique Hans D’Haese, par le fait qu’il communique tellement peu et suscite des doutes dans le marché sur la valorisation établie par la société sur ses participations non cotées".

Avec un return de 50,6%, soit 10,4% en moyenne par an, GBL est lanterne rouge. En même temps qu’il a souffert de la chute de Lafarge et de GDF Suez, deux sociétés dans lesquelles il détient une importante participation, GBL a manqué de réactivité durant les heures les plus difficiles de la crise financière, à l’inverse de Warren Buffett. "Le holding doit se réinventer. Il doit mener une politique de rotation plus rapide pour ses investissements", commente Hans D’Haese.

Sur 10 ans

Sur une décennie, c’est AvH qui prend la tête du classement, avec un rendement de 411%. Le groupe dirigé par Luc Bertrand est suivi de Gimv (+ 309%) qui traversait au début des années 2000 une passe difficile. En troisième position, on trouve Sofina, dont l’action a procuré un return de 203%.

Bois Sauvage (+ 170%), Brederode (+ 154%) et GBL (+ 122%) s’attribuent dans l’ordre les places suivantes.

Notons que, du fait de leur caractère de mono-holding, des sociétés comme Solvac et Financière de Tubize n’ont pas été prises en compte. Ce type de holding a pour vocation essentiellement de détenir une part de 30% minimum dans le capital d’une entité plus importante. Solvac a quasi pour seul actif une participation de 30% dans Solvay, et Financière de Tubize de 36,19% dans UCB.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés