analyse

Record des annulations de fusions en 2016

©Bloomberg

Les fusions et acquisitions ont diminué de 18% au premier semestre 2016, à 1.710 milliards de dollars, selon les données compilées par Dealogic. Les Chinois ont acheté massivement hors de leur marché national. Les deals annulés ont totalisé 606 milliards en valeur, un niveau record.

Si l’appétit des entreprises pour racheter leurs rivales a décru dans le monde au premier semestre 2016, celui des Chinois pour des cibles étrangères s’est fait plus grand que jamais. Deux tendances résumées en deux chiffres: globalement, les fusions et acquisitions ont décru de 18% par rapport aux six premiers mois de 2015 à 1.710 milliards de dollars; mais les achats effectués par des groupes chinois hors de leurs frontières ont atteint à nouveau un record historique à 135,3 milliards de dollars, selon les données collectées par le bureau spécialisé Dealogic.

En marge de ces deux mouvements de fond, une troisième tendance a émergé: en montant (et pas en nombre), les opérations annulées ont totalisé 606,4 milliards, soit leur plus haut niveau jamais enregistré sur un semestre.

Le recul des fusions à l’échelle planétaire doit lui-même être relativisé, puisque l’an dernier, on avait salué le deuxième meilleur premier semestre de l’histoire (2.090 milliards) après celui de 2007. Il n’empêche que l’on vient d’assister à deux trimestres de recul après trois trimestres en progression.

©Mediafin

©Mediafin

La faute, entre autres, à la fonte des très grosses opérations: on n’a assisté qu’à 16 deals d’une valeur supérieure à 10 milliards de dollars, contre 24 au premier semestre 2015 et 35 au deuxième.

Par secteur, les télécommunications et le pétrole et gaz ont chuté en volume, de 70 et de 58% respectivement.

"Le volume des retraits est le total semestriel le plus élevé jamais enregistré."
extrait du rapport de Dealogic

Par pays, le Royaume-Uni a enregistré un recul de 58% et l’Australie, de 33%. Difficile d’attribuer le mauvais score britannique au "Brexit" puisque durant la plus grande partie de la période, les anticipations tablaient sur un maintien de Londres dans l’Union… Les fusions transfrontières ont totalisé 580,9 milliards de dollars, en baisse de 6% sur un an (616 milliards). Les entreprises nord-américaines (USA) sont restées les principales cibles: elles ont représenté 35% de ce total, soit 205 milliards. C’est 39% de plus qu’au début 2015 et c’est aussi leur niveau record sur base semestrielle

Les Chinois à l’attaque

À l’achat, les Chinois se sont distingués hors de leur marché national. Leurs emplettes "exotiques" ont totalisé 135,3 milliards de dollars, ce qui est plus que leur précédent record… annuel.

La principale opération annoncée est l’acquisition du groupe agro-chimique suisse Syngenta par ChemChina pour 46,7 milliards. En nombre de transactions, les Chinois ont surtout privilégié les Etats-Unis, où ils ont lancé quelque 93 opérations (pour 29,1 milliards de dollars), dont le tiers investi (32) dans le secteur de la technologie (13,9 milliards de dollars).

On s’arrache la technologie

La technologie est d’ailleurs le secteur gagnant de la période à l’échelle mondiale. Les 4.586 opérations relevées dans ce domaine par Dealogic représentent une valeur totale de 294,8 milliards de dollars, soit 6% de plus qu’au début de l’an passé (277,9 milliards). C’est le deuxième meilleur score historique pour la "techno", après le premier semestre 2000 (304 milliards de dollars).

La plus grosse opération dévoilée dans le secteur est l’offre à 28,1 milliards de dollars lancée par le géant des logiciels Microsoft pour le site de recrutement LinkedIn.

Avec 190,4 milliards de dollars, l’immobilier se classe à la deuxième place des secteurs, devant la santé, 187,9 milliards. Ces deux secteurs sont toutefois en recul, de 18 et 33% respectivement.

Derrière eux, les plus grosses progressions sont le fait de l’agri-business, qui a bondi de… 2.078% à 114,7 milliards (contre 5,3 milliards à peine il y a un an), et de l’énergie et des "utilities", qui ont doublé le total de leurs deals à 124 milliards contre 62 milliards.

Bayer et ChemChina en vedettes

Le "boom" de l’agri-business et, en particulier, de l’agro-chimie est notamment le fait des groupes allemand Bayer et chinois ChemChina, qui ont lancé les deux plus grosses acquisitions de la période: en proposant 62 milliards pour Monsanto, Bayer trône en tête du classement, devant l’offre de ChemChina pour Syngenta.

Derrière eux, le secteur de la santé place deux transactions dans le top 6 avec l’offre du géant pharma américain Abbott Laboratories sur le producteur d’appareils médicaux St Jude Medical (30,6 milliards) et la séparation de la société Fortive du groupe américain Danaher Corp (18 milliards).

La technologie, de son côté, compte deux opérations dans le top 10: l’offre de Microsoft sur LinkedIn et celle du groupe américain de technologie au service de la santé Quintiles Transnational Holdings sur IMS Health Holdings (12,9 milliards de dollars).

Quelques lourds retraits

La forte augmentation (en valeur) des retraits d’opérations annoncées, enfin, n’est pas faite pour rassurer les marchés. Leur total a plus que doublé par rapport à la même période de l’an dernier à 606,4 milliards de dollars contre 233,3 milliards.

Le renoncement du groupe pharma Pfizer à son projet de rachat d’Allergan a pesé lourd dans ce bilan, puisqu’il en allait d’un deal à 160 milliards. Même remarque pour Energy Transfer Equity, qui a retiré son offre à 55 milliards sur Williams Companies le 29 juin dernier.

On se rassurera toutefois quelque peu en considérant qu’en nombre de transactions, les retraits ont été moins élevés qu’il y a un an à concurrence de 9%.

Plus de la moitié des opérations annulées concernait les Etats-Unis. Ce pays cultive donc les contrastes sur la période, puisque, on l’a vu, il a aussi été le territoire le plus ciblé par les amateurs d’acquisitions.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés