Regain d'appétit pour la brique

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Les agences constatent un net redémarrage après une année 2012 plutôt sinistre. Les prix restent pourtant élevés et la politique de crédit des banques n’est pas plus souple. Mais les Belges font preuve de créativité…

Tout au long de l’année dernière, la détérioration de l’activité économique et les incertitudes élevées entourant l’emploi ont incité les candidats à l’achat d’un logement à la prudence. La demande de crédits hypothécaires a aussi souffert de la chute des crédits rénovation, pénalisés par l’arrêt des incitants fiscaux destinés à soutenir les investissements dans les économies d’énergie.

Mais après des mois de recul, la demande de crédits hypothécaires est repartie à la hausse en janvier de cette année. La progression a atteint 11% en nombre et 8% en montant, selon les chiffres récoltés par l’Union professionnelle du Crédit qui couvre environ 80% du marché des crédits hypothécaires. Il faut remonter au mois de juin 2012 pour retrouver une croissance de la demande. KBC n’a toutefois pas suivi ce mouvement, tandis qu’ING Belgique enregistre seulement une "légère hausse du nombre de demandes". En revanche, Axa a suivi la tendance du marché, avec une hausse plus marquée pour le financement de construction.

L’évolution est particulièrement spectaculaire auprès de BNP Paribas Fortis, le leader du marché, où le nombre de demandes de crédit hypothécaire, hors refinancement, a bondi de pas moins de 40%. "Historiquement, il y a pourtant toujours une baisse dans les demandes au mois de janvier", précise un porte-parole de la banque.

Retour de la confiance

La hausse de la demande de prêts hypothécaire, après des mois de recul, semble s’expliquer par un retour de la confiance des candidats acquéreurs. "Il faut surtout voir le redressement dans le cadre d’une relance de l’économie en général. En Europe, la situation n’est toujours pas idéale, loin s’en faut. La situation s’est cependant améliorée en quelques mois", explique Daniel Vanderveken, gérant du courtier VDV Conseil, qui enregistre également une forte hausse de la demande depuis le début de cette année.

Le moral des consommateurs belges s’est en effet nettement amélioré après des mois de dégradation intense, a révélé la dernière enquête de la Banque nationale de Belgique (voir infographie). Les consommateurs se montrent nettement moins pessimistes sur l’évolution du chômage et de la situation économique dans les douze prochains mois.

L’octroi du crédit reste strict…

Sur le terrain, les agents immobiliers constatent, eux aussi, un net redémarrage, après une année 2012 qui a tourné au ralenti. Chez Trevi Group, les demandes ont augmenté de 10% par rapport au dernier trimestre de 2012. Le groupe réalise aussi plus de ventes. Le réseau Century 21 a pour sa part enregistré en janvier un bond de 26,5% du nombre de ventes, par rapport à janvier 2012, un mois, il est vrai, particulièrement faible, après une fin d’année 2011 record. En comparaison avec janvier 2011 — un mois plus normal — les ventes progressent toutefois de 5,3%.

Malgré un léger recul, les prix restent pourtant largement supérieurs aux revenus des ménages et les banques n’ont pas assoupli leurs critères d’octroi de crédit. Suite à la crise, les banques appliquent désormais strictement les règles: le montant emprunté est limité à 85% du montant d’achat et la charge d’emprunt ne peut pas dépasser 33% des revenus disponibles. "Avant la crise, les banques montaient à 100%, voire plus, et la charge d’emprunt allait jusqu’à 40 ou 45%", rappelle Pascal Lasserre, président de l’association professionnelle des courtiers de crédit.

Cette plus grande prudence des banques touche particulièrement les jeunes ménages, que le niveau élevé des prix immobiliers force à emprunter 100% du montant de la vente. Selon une enquête réalisée à la demande des Maisons Blavier auprès de 500 ménages, un jeune ménage sur trois ne peut emprunter le budget nécessaire. Le retrait de cette catégorie d’acheteurs a pesé sur l’activité immobilière l’année dernière, particulièrement sur le segment des maisons unifamiliales de 150 000 à 220 000 euros, la cible traditionnelle des jeunes ménages.

… place à la créativité!

À en croire Century 21, les jeunes ménages seraient toutefois de retour sur le marché. "Les jeunes se tournent vers des plus petites banques, comme le Crédit Foncier, qui octroie jusqu’à 118%, assure Sybille Colin, manager auprès du réseau immobilier. Ou alors les jeunes se montrent plus créatifs pour obtenir le financement. Ils empruntent par exemple auprès de leur famille."

Selon le sondage des Maisons Blavier, 20% des personnes interrogées recherchent des moyens de financement hors du secteur bancaire. 28% d’entre elles financent leur projet immobilier grâce au soutien financier parental ou familial tandis que 18% empruntent de l’argent à des proches ou des amis.

"Les gens sont beaucoup plus disposés à aider leurs enfants ou leurs petits-enfants à acheter un bien immobilier, qu’il y a dix ou quinze ans, confirme Pascal Lasserre. L’idée de transmission du patrimoine, avant le décès, a beaucoup progressé, suite à l’allongement de l’espérance de vie. Nous voyons plus de dossiers où les parents interviennent via un prêt ou un don." Les Belges ne renoncent donc pas facilement à leur rêve immobilier. Reste à savoir si le regain d’appétit envers la brique se concrétisera dans les prochains mois. 

Pas d’effet Batibouw

"Auparavant, le salon Batibouw entraînait un afflux de demandes de crédit. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’effet Batibouw sur le crédit est désormais marginal", explique Pascal Lasserre, président de l’association professionnelle des courtiers de crédit.

BNP Paribas Fortis, le leader du crédit hypothécaire, constate tout au plus un "frémissement dans les demandes" durant cette période. "La demande de crédit s’est considérablement lissée sur l’ensemble des douze mois", précise la banque. BNP Paribas Fortis n’occupe d’ailleurs pas de stand au salon cette année et ne présente pas d’offre spéciale pour le crédit logement. "Vu la situation des taux, cela reste très intéressant de souscrire à un crédit hypothécaire chez BNP Paribas Fortis", explique la banque.

Globalement, les offres spéciales à l’occasion de Batibouw sont des plus limitées cette année. La banque Axa se démarque et se montre particulièrement active. L’institution a lancé un nouveau prêt à tempérament "Safe & Energy", "destiné à financer des travaux visant à économiser l’énergie et/ou à protéger contre l’effraction". Les montants à financer s’échelonnent entre 1250 et 75 000 euros. Le taux s’élève à 3,50% pour des durées de maximum 5 ans et à 3,70% pour des durées de maximum 10 ans. Axa insiste aussi sur les atouts de son crédit logement, dont la durée peut atteindre 25 ou même 30 ans, alors que la plupart des banques rechignent à prêter au-delà de 20 ans. Selon VDV Conseil, Axa offre aussi le meilleur taux du marché du moment (avec conditions): 3,32% pour un 20 ans fixe et 2,71% pour un révisable annuel.

Bellfius commercialisera dès le 26 février le "Crédit-logement pour Construction Économe en Énergie" pour financer l’achat ou la construction d’une nouvelle habitation passive ou basse énergie. Le taux d’intérêt de ce prêt est réduit de 0,25%.

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