Robinhood, l'app boursière de la génération mobile

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Rendre les marchés financiers accessibles à tous. Telle est la mission que s’est donnée Robinhood (Robin des Bois), une start-up de Palo Alto, située au cœur de la Silicon Valley, et qui fait fureur aux Etats-Unis. "Nous voulons démocratiser l’accès à la Bourse et inspirer une nouvelle génération d’investisseurs", explique son porte-parole, Jack Randall.

Robinhood offre à chacun la possibilité d’acheter et de vendre des actions gratuitement, sans commission. "Payer pour acheter et vendre des actions, c’est comme si on vous facturait les échanges d’e-mails. Ça ne tient pas la route." Il n’y a pas de montant minimum pour ouvrir un compte chez Robinhood. Ceux qui souhaitent épargner 100 dollars par mois et les investir sont les bienvenus.

Et tout est mobile: Robinhood n’existe que sous la forme d’une app pour smartphone et n’est pour l’instant accessible que sur les marchés américain et australien. "Nous espérons pouvoir lancer bientôt Robinhood en Europe, mais nous n’avons pas encore fixé de date", poursuit Jack Randall. La combinaison entre plate-forme mobile et absence de seuil d’entrée permet au nouveau courtier d’attirer un jeune public de "millenials" ayant parfaitement intégré le numérique. L’âge moyen des utilisateurs est de 28 ans.

Pour ceux que l’on appelle les "discount brokers" – qui facturent entre 5 et 10 dollars par transaction –, les frais facturés constituent une importante source de revenus. Robinhood prétend pouvoir travailler de manière plus rentable parce qu’elle est avant tout une entreprise de logiciels qui emploie actuellement 40 personnes. La start-up facture cependant des intérêts sur le solde de trésorerie des utilisateurs, et plus tard cette année, elle se lancera dans le "margin lending", en d’autres mots, l’octroi de crédits permettant d’acheter des actions, un service qui sera facturé.

Fondée par des déçus de Wall Street

À bien des égards, le parcours de Robinhood est typique de la Silicon Valley. Ses fondateurs, Vladimir Tenev et Baiju Bhatt, sont deux étudiants en informatique de l’Université Stanford, et des immigrants, respectivement de Bulgarie et d’Inde. Après leurs études, ils ont commencé à travailler dans l’industrie financière traditionnelle à New York, dans la programmation du trading à haute fréquence (High Frequency Trading ou HFT). Déçus par Wall Street, où les grandes banques et fonds spéculatifs travaillent exclusivement pour les riches, ils ont assisté à une implosion des coûts pour les investisseurs institutionnels, tandis que les petits investisseurs continuaient à payer des commissions élevées.

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Par-dessus le marché, le mouvement "Occupy" est littéralement né sous leurs yeux à Manhattan. Avec cet esprit révolutionnaire en tête, ils ont décidé de renoncer à leur emploi bien rémunéré pour lancer leur start-up en Californie et mettre au pied du mur les grands acteurs du marché du courtage.

Le nom de la start-up s’inscrit également dans cette philosophie. D’après certaines rumeurs, les investisseurs auraient clairement déconseillé de choisir comme emblème cette figure héroïque légendaire – Robin des Bois – qui vole les riches pour donner aux pauvres, par crainte que l’entreprise ne soit vouée à l’échec sur les marchés financiers. Mais les fondateurs ont persisté et ont décoré leurs bureaux avec des images de leur personnage fétiche. Robinhood a entre-temps levé 66 millions de dollars d’investissements, entre autres auprès d’Andreessen Horowitz et de Google Ventures.

Investir en douceur

Un an après son lancement, Robinhood annonce déjà plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs. Le service ne s’adresse pas uniquement aux jeunes qui font leurs premiers pas en Bourse. 25% des clients n’avaient jamais acheté ou vendu des actions, mais 75% disposaient déjà d’une certaine expérience. Les montants investis par les clients de Robinhood font également le grand écart, allant d’investisseurs disposant de plusieurs millions de dollars à des étudiants tout juste à même d’investir 200 dollars.

66 millions $
La start-up de Palo Alto fondée par des étudiants en informatique a déjà levé 66 millions de dollars, notamment auprès de Google Ventures.

Les opérations boursières traditionnelles étant vécues comme stressantes pour de nombreux candidats investisseurs, l’entreprise s’est focalisée sur le design de l’app, en la rendant aussi intuitive et minimaliste que possible pour permettre le placement d’un ordre en quelques "swipes" (glissements du doigt). Le mot clé: "Frictionless" (sans frictions). Tout est fait pour que l’expérience se déroule tout en douceur. La quantité d’informations, comme les graphiques de cours et les nouvelles boursières, sont limitées au strict minimum. C’est également vrai pour les couleurs: le fond d’écran est blanc lorsque la Bourse est ouverte, et noir après la clôture.

Robinhood suscite énormément d’intérêt de la part de personnalités à la recherche de bons investissements dans le secteur technologique. Les acteurs Ashton Kutcher et Jared Leto, tous deux investisseurs dans le monde de la technologie, ont déjà investi dans la start-up, tout comme les rappeurs Nas et Snoop Dogg. Ce dernier détient déjà une participation dans le forum internet Reddit et est connu pour ses investissements dans les start-ups de l’industrie de la marijuana. Au moment de l’annonce, Snoop Dogg a immédiatement expliqué sa stratégie en matière d’investissement: "Buy low. Stay high."

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