Ruée sur les obligations d'entreprises en Europe

Le coût pour s'assurer contre un éventuel défaut de remboursement du groupe brassicole AB InBev a sensiblement diminué. ©REUTERS

Les rachats d'obligations d'entreprises programmés par les banques centrales provoquent un afflux de nouvelles émissions. Celles-ci rencontrent un vif succès auprès des investisseurs.

Les investisseurs se ruent sur le marché primaire des obligations d’entreprises, celui sur lequel ces dernières effectuent leurs émissions de dettes. Sur la seule semaine passée, ils ont souscrit à des obligations pour un montant de 43,3 milliards euros, portant à plus de mille milliards d’euros le montant prêté aux entreprises depuis le début de cette année. À 1.081,09 milliards pour être précis, selon un décompte réalisé par Bloomberg. Soit un total 36,8% plus élevé que celui enregistré pour la période correspondante de 2019.

Bilan renforcé

Les investisseurs sont pour l’heure friands d’obligations. Et les entreprises en sont bien conscientes. Elles en profitent pour émettre de la dette afin de renforcer, pour certaines d’entre elles du moins, leur bilan affaibli par la pandémie. La crise sanitaire a paralysé durant des semaines leurs affaires, les privant de la capacité d’engranger des bénéfices.

Vu l’intérêt soutenu des investisseurs pour les obligations d’entreprises, AB InBev ne devrait guère rencontrer de difficultés à se refinancer à bon compte.

Elles en profitent d’autant que les taux d’intérêt qu’elles doivent consentir pour attirer les investisseurs restent à de bas niveaux. Cela leur permet en même temps de ne pas devoir émettre de nouvelles actions à des prix bradés en raison de la chute des cours sur les marchés boursiers. BP et ThyssenKrupp, pour ne citer qu'eux, se retrouvent dans cette catégorie.  

D’autres sociétés mettent à profit l’engouement des investisseurs pour le papier obligataire pour financer des acquisitions, à l’instar d’AMS ou Alstom qui cherche à acquérir la branche chemin de fer de Bombardier. Ou, comme Fiat qui refinance la dette arrivée à échéance.

Vu l’intérêt des investisseurs pour les "corporate bonds" (obligations d’entreprises), AB InBev ne devrait guère rencontrer de difficultés à se refinancer à bon compte. C’était une des craintes du marché, comme pour de nombreuses sociétés lourdement endettées, lorsque les cours des obligations avaient sensiblement rétrogradé au pire de la crise sur les marchés en mars.

Les banques centrales rassurent

Qu’est-ce qui fait donc bien courir les investisseurs sur le marché primaire de la dette d’entreprise? Car finalement, bien davantage que lors de la crise de la dette souveraine dans la zone euro de 2012, les entreprises sont nombreuses à voir leur notation financière se dégrader en Europe. La qualité du crédit "Investment Grade", celui des entreprises les mieux notées par les agences de notation financière, est en chute libre. Il y a près de 3 fois plus de déclassements que de relèvements de ratings cette année contrairement à ce qu’on a observé entre 2018 et 2019.

Le secteur pétrolier a compté parmi les plus actifs sur le plan des émissions de dettes au cours des dernières semaines.

C’est que les décisions prises par les principales banques centrales d’acquérir de la dette d’entreprise ont atténué le risque de crédit. Un sentiment que conforte la chute ces dernières semaines des coûts pour s’assurer contre un éventuel défaut de paiement d’une société sur le marché des CDS (Credit Default Swap). Un exemple? Le CDS à 5 ans d’AB InBev était de 179 points de base en mars. Il est à présent revenu à 75. Cela signifie qu’un investisseur souhaitant se protéger contre le risque de ne pas être remboursé par le groupe brassicole ne débourse, à titre d’assurance, plus que 7.500 dollars pour un investissement de 1 million de dollars.

Les décisions des banques centrales ramènent une certaine confiance sur le marché des obligations d’entreprises. Cela a contribué en partie à la remontée des marchés boursiers. Les rachats d’obligations d’entreprises programmés par les banquiers centraux font aussi naître la perspective pour les investisseurs de réaliser rapidement des plus-values.

L’intérêt soutenu des investisseurs fait baisser le rendement d’une obligation, ce qui entraîne à l’inverse une hausse de sa valeur sur le marché secondaire de la dette, celui sur lequel sont cotées les obligations une fois émises et que s’échangent les investisseurs.

Les secteurs les plus actifs

Selon des données fournies par Bloomberg, les sociétés qui ont été les plus actives ces dernières semaines sur le marché obligataire européen ont été celles qui disposent des meilleures notations financières (94,8%). Elles sont issues du secteur de l’énergie (25,7%), suivi par ceux de la consommation non cyclique (22%) et des entreprises technologiques (20,9%), avec notamment Infineon.

Bien davantage que la livre sterling (10,8%), l’euro est la devise privilégiée (86,7%) pour les émissions qui ont quasi toutes été lancées avec un taux fixe. Dans 28% des cas, la maturité sollicitée a été celle de 10 ans et plus, tandis que celle allant de 7 à 10 ans l’a été dans un cas sur quatre.

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