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Série crypto 4/4 | Les banques centrales à l’ère numérique

Mi-juillet, la BCE a lancé la phase d'étude de son projet d'euro numérique. ©REUTERS

Dans la plupart des pays, les autorités monétaires songent à une monnaie électronique. Mais il faudra des années pour aboutir. Des questions restent en suspens.

Le succès grandissant des cryptomonnaies et autres actifs électroniques a conduit les banques centrales de nombreux pays à envisager le lancement de leur propre devise numérique. D'après les résultats d'une enquête de la Banque des règlements internationaux (BRI) dévoilés en janvier, les autorités monétaires sont de plus en plus nombreuses à travailler sur une monnaie numérique de banque centrale (CBDC : central bank digital currency).

86%
Part des Banques centrales travaillant à une CBDC
Sur 65 banques centrales sondées par la Banque des règlements internationaux, 86% ont déjà lancé un processus relatif à une monnaie numérique.

86% des 65 banques centrales interrogées dans le cadre de cette enquête sont déjà activement engagées, à des degrés divers, dans un processus relatif à une devise électronique. Pour 60% des banques centrales, le travail sur une CBDC se situe à un stade d'expérimentation ou de validation du concept, contre 42% en 2019. 14% des institutions sondées sont quant à elles déjà à l'étape du développement.

En octobre 2020, les Bahamas ont été le premier pays à lancer une monnaie numérique officielle, le "sand dollar" (dollar de sable). Parmi les plus grands pays, il faudra encore de la patience. La Suède, qui est la plus avancée dans ce domaine parmi les grandes économies occidentales, a fait savoir, en avril, que son projet pilote actuel ne serait pas terminé avant le début de l'année prochaine. La Riksbank, la banque centrale suédoise, se réserve même la possibilité de poursuivre ses expérimentations jusqu'en 2026.

Enjeu énorme

Mi-juillet, la Banque centrale européenne (BCE) a quant à elle lancé la phase d'étude de son projet d’euro numérique, qui doit durer deux ans. De son côté, la Chine expérimente déjà son e-yuan depuis mars: la devise électronique chinoise devrait être officiellement lancée l'année prochaine.

Jerome Powell, président de la Fed. ©Photo News

Aux États-Unis, la Réserve fédérale (Fed) n'est guère pressée. "Mieux vaut bien faire les choses que d’être les premiers", a déclaré son président, Jerome Powell.

Mais il est désormais clair que les banquiers centraux n'ont plus le choix, car ils sont poussés dans le dos par le succès croissant de cryptomonnaies telles que le bitcoin ou encore l'émergence de devises alternatives privées, comme le diem (ex-libra) que prépare Facebook. Ce dernier est un "stablecoin", c'est-à-dire une cryptomonnaie dont la valeur est fixe par rapport à une devise officielle de référence, comme le dollar.

Il plane une forme de menace sur le monopole des monnaies étatiques officielles.

La montée en puissance de ces monnaies électroniques a contraint les banques centrales à réagir. Car il ne s'agit pas, ici, d'une petite initiative locale sympathique destinée à favoriser les échanges commerciaux de proximité: l'enjeu est énorme, puisqu'on parle d'environ 100 millions de détenteurs de bitcoin et autres cryptomonnaies dans le monde, tandis que Facebook compte bien promouvoir sa propre devise auprès de ses 2,7 milliards d'utilisateurs actifs. Il plane donc une forme de menace sur le monopole des monnaies étatiques officielles.

Beaucoup de questions

Mi-juillet, Jerome Powell, le patron de la Fed, a souligné que l'avantage d'une monnaie électronique de banque centrale était qu'elle réduirait la demande pour les cryptomonnaies, décriées par les banquiers centraux à cause de leur volatilité (le cours du bitcoin, par exemple, a fortement diminué ces derniers mois), de leurs risques de sécurité (il existe des précédents de piratage de portefeuilles électroniques auprès d'intermédiaires en ligne) ou encore de leur utilisation à des fins criminelles (l'anonymat qu'offrent ces cryptomonnaies a favorisé leur usage lors d'opérations de blanchiment d'argent sale ou encore de demandes de rançon).

"Si on avait une monnaie numérique américaine, on n'aurait pas besoin de cryptomonnaies."
Jerome Powell
Président de la Fed

"Si on avait une monnaie numérique US, on n'aurait pas besoin de stablecoins, on n'aurait pas besoin de cryptomonnaies: je pense que c'est un des arguments les plus forts en sa faveur", a souligné M. Powell.

Les monnaies électroniques de banques centrales se justifient en outre de plus en plus dans un monde qui se numérise à grande vitesse. La crise sanitaire a encore accéléré cette transformation numérique. À l'avenir, de plus en plus de consommateurs souhaiteront réaliser leurs transactions de manière électronique, y compris pour les échanges qui sont encore actuellement réalisés en numéraire, c'est-à-dire avec des pièces et billets.

Les devises numériques officielles ont précisément pour objectif d'être l'équivalent électronique du cash. Mais tout cela pose encore beaucoup de questions, principalement au sujet de la confidentialité des transactions, car tout ce qui est électronique est traçable, contrairement à l'argent liquide. Ce qui explique aussi pourquoi la plupart des devises numériques officielles se feront encore attendre quelques années…

L'enjeu des CBDC pour le système bancaire

Nous sommes déjà nombreux à utiliser des moyens de paiement électroniques. Mais les transactions que nous réalisons de cette manière passent par le système bancaire: tout est lié à nos comptes ouverts auprès des institutions financières privées. C'est une différence fondamentale avec les pièces et billets qui, une fois émis par les autorités, peuvent circuler librement, en dehors du système bancaire.

La monnaie électronique de banque centrale (CBDC) aurait cette particularité qu'elle permettrait de réaliser des transactions électroniques sans passer par le système bancaire. Les consommateurs et commerçants détiendraient un portefeuille numérique directement auprès de la banque centrale.

Pour cette dernière, ce serait très intéressant parce que cela pourrait rendre la politique monétaire plus efficace: faire varier un taux d'intérêt officiel applicable à ces actifs numériques influencerait directement les acteurs économiques, sans devoir compter sur une transmission de cette politique monétaire par les banques.

Mais pour celles-ci, le risque est d’être confronté à une désintermédiation bancaire: les gens n’auraient plus besoin de passer par les banques pour épargner ou investir, ce qui entraverait les activités de prêt, qui dépendent des dépôts.

Ceci explique pourquoi les autorités monétaires envisagent généralement de fixer une limite maximale au montant de leur (future) devise numérique pouvant être détenu. En zone euro, la BCE (Banque centrale européenne) a déjà évoqué un montant maximum possible de 3.000 euros par personne.

Série | Plongée dans la cryptosphère

Le résumé

  • Les banques centrales sont de plus en plus nombreuses à plancher sur une future monnaie numérique. Seuls les Bahamas ont lancé officiellement la leur.
  • Les autorités monétaires sont poussées à développer leur propre devise électronique à cause du succès des cryptomonnaies et des stablecoins tels que le futur diem de Facebook.
  • L'enjeu est important car des millions d'utilisateurs potentiels sont concernés dans un monde qui se numérise à grande vitesse.
  • Dans les grandes économies, il faudra encore des années avant le lancement d'une devise numérique car beaucoup de questions se posent encore, notamment sur la confidentialité des transactions.

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