Soulagement temporaire des marchés après les élections européennes

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Les résultats des élections européennes ont reçu un bon accueil des marchés financiers. Mais ce soulagement pourrait n'être que de courte durée, car les problèmes du Brexit ou de l'Italie restent encore sans réponse.

"Le scénario du pire est évité." C'est en quelque sorte un ouf de soulagement que les marchés financiers ont exprimé ce lundi, au lendemain des élections européennes. Le raz-de-marée populiste craint par certains observateurs ne s'est pas matérialisé. Même si les partis eurosceptiques ont obtenu un quart des voix, leur poids n'est pas suffisant pour bloquer les institutions européennes. "Les populistes n'ont pas réussi leur pari: ils n'ont obtenu aucune capacité de nuisance", résume Vincent Juvyns, stratégiste chez JPMorgan Asset Management. 

"Le résultat [des élections européennes] est bon pour les marchés pour deux raisons principales: la forte participation et le fait que les partis eurosceptiques sont loin d’atteindre une majorité"
Jaume Puig
GVC Gaesco Gestion

Selon les derniers résultats, le PPE (démocrates chrétiens) reste la première famille politique d'Europe avec 178 sièges. Son "spitzenkandidat", l'Allemand Manfred Weber, pourrait théoriquement être le prochain président de la Commission. Mais rien n'est moins sûr car en coulisses, les deux autres grands partis - les sociaux-démocrates (S&D) et les libéraux (ALDE) - jouent des coudes pour imposer leur candidat. 

Quelle institution sera dirigée par un Allemand?

"Le PPE a vu son nombre de sièges diminuer [par rapport à 2014], donnant ainsi aux libéraux un rôle décisif dans la formation d'une coalition et la nomination du prochain président de la Commission", note Maeva Cousin, économiste pour Bloomberg Economics. "Cela réduit les chances que Manfred Weber dirige la Commission européenne." D'un autre côté, "cela pourrait être une chance pour Jens Weidmann - son compatriote - de succéder à Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE)".

Pour de nombreux observateurs, la question de savoir quelles personnalités prendront les rênes des différentes institutions européennes est la clé pour les marchés financiers ces prochaines semaines. Car l'effet de chaise musicale pourrait modifier en profondeur l'avenir de la politique monétaire de la BCE. L'éventuelle arrivée de Jens Weidmann à sa tête "pourrait donner une inflexion vers une politique monétaire moins accommodante et pourrait faire bondir l'euro  ", estime Maeva Cousin.

Des risques encore présents

Tout n'est pas rose pour autant. Le cas britannique interpelle particulièrement les observateurs. Selon les analystes de Commerzbank, la probabilité d'une sortie sans accord du Royaume-Uni a grimpé suite aux résultats des élections européennes. Le parti du Brexit de Nigel Farage (ex-Ukip) aurait obtenu un tiers des voix dans son pays. "Bien que l'UE s'est montrée peu disposée à faire sortir le Royaume-Uni sans un accord commercial, la Grande-Bretagne pouvait encore choisir de le faire de son propre chef", craint Thu Lan Nguyen, stratégiste devises.

Pour elle, le prochain grand événement à suivre est la nomination du successeur de Theresa May. Entre-temps, la livre sterling  restera sous pression. "La livre ne commencera pas à prendre une direction précise tant que nous ne saurons pas quel genre de Brexit nous aurons."

"A court terme, on a du soulagement mais à moyen terme, il n'y a pas que des bonnes nouvelles pour l'Europe. La visibilité reste faible sur l'Italie, le Brexit est toujours un risque et cette majorité plus fragmentée va rendre les choses plus compliquées pour avancer"
Nadège Dufossé
responsable de l'allocation d'actifs chez Candriam

Le cas grec

Notons enfin la performance de la Bourse d'Athènes ce lundi, dont l'indice ASE a bondi de 6,09%. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé la tenue d'élections anticipées fin juin ou début juillet après sa défaite aux élections européennes. Le parti d'opposition New Democracy a obtenu 10% de plus que le sien. "Les investisseurs saluent une victoire claire du parti New Democracy, dans l'espoir qu'une nouvelle administration orientera la politique fiscale vers une approche plus favorable à la croissance et attirera beaucoup mieux les investissements, y compris les investissements directs étrangers si nécessaire", explique Thanassis Drogossis, de Pantelakis Securities.

Sur le marché obligataire, le taux grec à 10 ans est tombé sous la barre symbolique des 3% en cours de séance. Du jamais vu.

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