Taux bas et pétrole déprimé, cocktail amer pour les banques

©Bloomberg

Le secteur bancaire européen devrait encore traverser quelques années difficiles, selon Moody’s, à cause d’une rentabilité en baisse. Les investisseurs en actions risquent d’être déçus.

Les investisseurs en actions bancaires européennes ne sont pas bien lotis. Selon Guillaume Lucien-Baugas, analyste senior de l’agence de notation Moody’s, le secteur fait face à de nombreux risques. "Le risque que les banques européennes soient dans l’incapacité de payer certains coupons sur leur dette ‘additional tier 1’ ainsi que des dividendes à leurs actionnaires a augmenté du fait des contraintes réglementaires plus élevées que prévu sur leur capital", souligne-t-il. Par contre, il juge, du côté de la dette bancaire, que l’investisseur est relativement protégé. Avec un bémol toutefois, pour les contingent convertibles (coco bonds), ces obligations à haut rendement émises par les banques, au cœur des problèmes de Deutsche Bank . "Le risque qu’un coupon saute est non-négligeable. Or les gens ont mal mesuré ce risque. A un moment où les spreads de crédit baissaient, les investisseurs en quête de rendement ont acheté ces obligations pour le coupon de 8% en moyenne, mais si celui-ci saute, ce sera un gros choc", indique-t-il. Pourtant, ce coupon est optionnel, comme il le rappelle. "Mais quand on a calculé le maximum de montant distribuable par rapport au niveau de fonds propres exigés fixé par les régulateurs, ce niveau n’était pas connu. Les investisseurs ont acheté ces titres sans savoir comment on calcule ce maximum", indique-t-il. Il ajoute que le niveau d’exigences de fonds propres n’a été connu qu’en décembre. "La panique que l’on a connue (sur les coco bonds) est due au fait que les minimums réglementaires ont été plus hauts que prévu", explique Guillaume Lucien-Baugas. Mais selon lui, cette panique est exagérée. "La majorité des banques ont des coussins de capital suffisants pour payer leurs coupons de dette hybride ainsi que des dividendes à leurs actionnaires" indique-t-il, mais en conséquence, ces exigences de régulation pèsent sur leur capital.

91 milliards €
Depuis 2013, les volumes d’émissions des coco bonds ont explosé. Mais les investisseurs n’ont pas pris en compte tous les paramètres.

Pressions sur les bilans

Les années qui viennent seront difficiles pour les banques européennes à cause de la régulation. "Elles doivent retenir des bénéfices pour pouvoir augmenter leur capital. Elles vont devoir faire des choix dans leurs activités" souligne Guillaume Lucien-Baugas. "Même si une banque est bien capitalisée (ce qui n’est pas le cas de BNP Paribas selon lui), les contraintes réglementaires sont telles qu’elles mettent de la pression sur les bilans des banques, mais celle-ci n’est pas forcément insoutenable", nuance-t-il.

L’analyste relève aussi deux risques pour les banques, à commencer par les taux bas. "Quand les taux d’intérêt sont bas, la pression sur les marges est importante et crée la tentation d’aller chercher du rendement vers des classes d’actifs historiquement plus risquées. À terme, cette recherche de rendement risque de créer des pertes dans les bilans des banques", indique-t-il.

Le deuxième risque repose sur les cours des matières premières. "La chute des prix du pétrole et du gaz a engendré des craintes sur la solvabilité de nombreux acteurs pétroliers et gaziers, ce qui a causé une forte volatilité sur les marchés obligataires aux Etats-Unis ainsi que le gel d’un fonds à haut rendement. Cette volatilité pourrait impacter la capacité des entreprises à se refinancer", souligne-t-il. "Il se peut que beaucoup de banques aient touché un point bas en terme de coût du risque. Les résultats des banques commencent à montrer une hausse des provisions, notamment dans les secteurs pétrolier et gazier et sur les expositions aux matières premières, comme chez HSBC et Standard Chartered ", ajoute-t-il. "Société Générale et Crédit Agricole ont aussi dû relever leurs provisions à cause du pétrole et du gaz". Mais l’analyste constate que cette hausse du coût du risque concerne surtout la division banque d’investissement des banques. "La division retail, ou consommateur, n’est pas touchée", relève-t-il. De quoi déprimer les marchés d’actions.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés