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Trop d'engouement pour les actions? Ou pas assez?

Chroniqueur, newsmanager

Une certaine frénésie des particuliers américains pour les actions crée des vagues à Wall Street. L'Europe reste à la traîne.

Les chiffres proviennent d’une note toute fraîche de la Banque centrale européenne (BCE) et sont très parlants. Actuellement, seulement 9% de la population adulte dans la zone euro détient des actions cotées en bourse, un chiffre qui se compare à 52% aux États-Unis! Il y a encore du chemin à parcourir afin de convaincre les ménages européens de s’intéresser aux marchés boursiers. Comme il reste du chemin avant de créer cette vraie union des marchés des capitaux qui pourrait tirer la croissance économique de la zone euro, comme l’a encore rappelé cette semaine Luis de Guindos, le vice-président de la BCE. Le but: faciliter l’accès aux actions et obligations des sociétés afin pour ces dernières de moins dépendre du seul crédit bancaire. Et dans le même temps proposer aux épargnants une alternative aux dépôts.

Actuellement, seulement 9% de la population dans la zone euro détient des actions cotées, contre 52% aux États-Unis!

Pendant la période de confinement, bloqués chez eux, certains particuliers se sont rués vers les courtiers en ligne, surtout après la chute des cours intervenue de mi-février à mi-mars. Aux Etats-Unis, on peut parler de "Robinhood-mania", avec des ouvertures massives de comptes-titres sur cette application de trading qui ne fait pas payer (ou très peu) de commissions sur les transactions. Résultat: des actions comme Tesla ont été véritablement portées par les investisseurs individuels qui certains jours représentent 25% des transactions totales sur les marchés US. On est loin des 10% en moyenne en 2010. Cet apport des particuliers est véritablement en train de transformer les marchés américains. Au point de créer certaines bulles prêtes à exploser, comme on l'a vu jeudi avec la chute du Nasdaq de 5% et celle de 9% de l'action Tesla.

Marko Kolanovic, stratège chez JP Morgan, souligne que les flux venant des particuliers sont généralement considérés comme un indicateur "contrarian". Les particuliers achètent lors des moments d'exubérance boursière et vendent lorsque c'est la panique. Certains professionnels se font une joie d'agir en sens contraire...

Changement de culture

En Europe aussi, pendant le confinement, les particuliers ont acheté des actions. On a même vu un net rajeunissement du type d'acheteurs. En Belgique, au cours du premier trimestre, les particuliers ont ainsi investi pour 2 milliards d’euros nets en actions cotées, selon les comptes financiers de la BNB. Et la tendance devrait s'être poursuivie au deuxième trimestre (les chiffres définitifs n'ont pas encore été publiés). Mais nous sommes loin de la frénésie américaine. D'ailleurs, l'indice Bel 20 demeure en baisse de 15% depuis le début de l'année.

Les Européens pourront-ils un jour rivaliser avec les Américains? L’économie comportementale nous apprend que si nous voulons que les gens fassent quelque chose, il faut que cela soit facile pour eux. Robinhood l'a très bien compris aux USA. Pas étonnant que certains veulent imiter ce Robin des bois boursier.

Selon une note de la firme Schroders, c'est toutefois un vrai changement de culture qui s’impose pour convaincre les Européens d’investir. Car contrairement aux fils de l'Oncle Sam, les Européens n’aiment pas parler argent et ne sont pas vraiment à l’aise avec les investissements. Leur réticence à investir peut être attribuée à plusieurs facteurs tels que l’aversion pour le risque, la peur de l’inconnu, le manque de confiance ou des connaissances insuffisantes en finance.

Dans son étude, Schroders avance que cette réticence des gens à investir est un élément inquiétant à la lumière de taux d'intérêt qui restent désespérément au plancher. Car ces taux bas (voire négatifs) appauvrissent l'épargnant.

Même si elle ne le dira jamais ouvertement, la BCE, par sa politique monétaire, encourage les particuliers à prendre davantage de risques et à investir en bourse. C'est un message subliminal. Il convient simplement d'éviter les excès américains.

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