analyse

Trump relance la guerre commerciale

©AFP

Par un tweet, le président américain a relancé la guerre commerciale qui s’était calmée depuis le mois de mai. Les marchés d’actions ont mis fin à deux mois de hausse alors que les taux des obligations s’enfoncent toujours plus en négatif.

Le tweet du président américain Donald Trump, annonçant qu’une taxation de 10% sera appliquée sur 300 milliards de dollars d’importations chinoises jusqu’ici épargnées, a fait froid dans le dos des investisseurs. Sur le marché obligataire, les taux allemands à 30 ans sont tombés en négatif pour la première fois de leur histoire.

Désormais, l’ensemble de la courbe des taux de l’Allemagne s’est retrouvé en territoire négatif, les investisseurs partant à la chasse d’actifs jugés sûrs. Le taux allemand à dix ans a, lui, continué à s’enfoncer toujours plus bas.

300 milliards $
La nouvelle taxation des Etats-Unis sur les importations chinoises pas encore ciblées est importante.

Les marchés d’actions en Europe, en Asie et aux Etats-Unis ont, eux, réagi à la baisse. Sur le marché des changes, le dollar recule légèrement (-0,15%) face un panier de devises internationales, dont l’euro qui remonte à 1,11 dollar.

Actifs refuges traditionnels, le yen a gagné 0,46% face au dollar, à un pic de plus d’un mois, et le franc suisse a avancé de 0,47%. Les inquiétudes sur le front du commerce ont également pesé sur les cours du pétrole, qui ont perdu jeudi dernier plus de 4%.

Donald Trump a annoncé jeudi dernier qu’à partir du 1er septembre une taxe de 10% sera appliquée sur les importations chinoises qui n’ont pas encore été ciblées jusqu’à présent. À Pékin, le gouvernement chinois a réagi en déclarant que menacer de prélever des droits de douane supplémentaires n’est une voie ni appropriée ni constructive pour résoudre le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine.

Une volonté d’influencer encore la Fed

Les marchés d’actions se sont tout juste remis de la décision de la Réserve fédérale de baisser de 0,25% ses taux d’intérêt, au terme de sa réunion de politique monétaire mercredi dernier. "Cette annonce de Trump pourrait être encore plus machiavélique que cela et il aurait agi de la sorte parce qu’insatisfait de l’annonce de la FED il voudrait forcer cette dernière à baisser ses taux. Et d’ailleurs, la réaction a été immédiate avec une hausse des probabilités de baisse de taux en septembre qui se reflète bien évidemment dans les cours obligataires. Il suffit d’observer le mouvement sur le rendement du treasury 10 ans pour mesurer la stupeur du marché", souligne Bernard Keppenne, économiste en chef chez CBC Banque.

"Les nouveaux droits de douane pourraient être un coup rendu à la Fed de la part de Donald Trump qui estimait que la politique de la Fed n’était pas assez accommodante."
Saxo Banque

"Les nouveaux droits de douane pourraient être un coup rendu à la Fed de la part de Donald Trump qui estimait que la politique de la Fed n’était pas assez accommodante et ainsi créer de l’incertitude et des tensions supplémentaires qui pousseraient la Fed à baisser davantage ses taux lors de la prochaine réunion?", s’interroge également Saxo Banque dans une note.

Un début de mois chahuté

Après leur mois de juillet en positif, les indices d’actions mondiaux ont repris le chemin de la baisse à l’entame du mois d’août. Le calme était revenu sur les marchés depuis juin. Les deux derniers mois n’ont pas observé de baisse de plus de 1% du S&P 500. Mais dès mercredi dernier, la tendance s’est inversée. Les traders craignaient déjà une réaction de Donald Trump après la réunion de la Réserve Fédérale américaine, car Jerome Powell, son président, avait déclaré durant la conférence de presse que les tensions commerciales sont revenues au stade de frémissement. "Les commentaires de Jerome Powell ont trotté dans la tête des investisseurs", note Kim Forrest, responsable de la stratégie d’investissement chez Bokeh Capital Management.

"Compte tenu de la forte probabilité de nouvelles représailles de la part de la Chine et des répercussions possibles sur les bénéfices des sociétés, nous nous attendons à ce que ces développements fassent ombrage aux nouvelles légèrement positives des bénéfices du 2e trimestre."
Wim D’Haese
Responsable du conseil en investissement chez Deutsche Bank

"Compte tenu de la forte probabilité de nouvelles représailles de la part de la Chine et des répercussions possibles sur les bénéfices des sociétés, nous nous attendons à ce que ces développements fassent ombrage aux nouvelles légèrement positives des bénéfices du 2e trimestre, souligne Wim D’Haese, responsable du conseil en investissement chez Deutsche Bank. Par conséquent, la volatilité devrait selon nous demeurer élevée dans l’immédiat."

"Après les réunions des banques centrales, on pouvait espérer une fin d’été plus calme, mais manifestement il n’en sera rien. Comme le disait Amélie Nothomb, ‘l’avantage des nuisances est qu’elles poussent les individus jusque dans leurs derniers retranchements’, ce qui risque fort d’être le cas ces prochains mois", souligne Bernard Keppenne.

"Nous réitérons notre approche plutôt prudente de réévaluation des risques et invitons à revoir la composition du portefeuille."
Wim D'Haese

Wim D’Haese recommande la prudence aux investisseurs. "Nous réitérons notre approche plutôt prudente de réévaluation des risques et invitons à revoir la composition du portefeuille. Nous recommandons également de mettre l’accent sur le segment des obligations offrant du rendement (par exemple les obligations libellées en dollars des marchés émergents) et sur les tendances à long terme dans le secteur des actions." Les secteurs plus défensifs, comme l’alimentation, l’immobilier et la pharmacie, sont privilégiés dans ce contexte.

En outre, les investisseurs se réfugient dans les obligations. Des données de Tradeweb ont montré que l’encours d’emprunts souverains de la zone euro ayant un rendement négatif avait atteint 4.800 milliards d’euros en juillet, soit 60% environ du total, le pourcentage le plus élevé depuis août 2016. La tendance ne risque pas de s’inverser vu le contexte actuel chahuté sur les marchés.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés