Un nouveau label pour les produits financiers durables

©Photo News

Febelfin, l’association qui représente le secteur bancaire belge, a lancé un label pour les produits de placements durables, qui n’exclut toutefois pas le secteur de l’énergie. Elle estime qu’une centaine de produits sur les 364 répértoriés actuellement décrocheront le label à l’automne.

Fort critiqués pour leur manque de transparence, les fonds durables ont désormais un label à viser. Febelfin, l’association qui représente le secteur bancaire belge, a présenté ce jeudi une nouvelle norme pour les produits financiers durables. "Il y a une vraie demande sociétale pour les aspects climatiques. On a connu deux marches pour le climat et cinq jeudis de manifestation des étudiants, et lundi passé, les patrons de sociétés ont lancé "sign for the future", souligne Karel Van Eetvelt, CEO de Febelfin. "De plus, nos clients nous ont demandé plus de clarté. Car il y a de plus en plus de produits durables , mais nos clients ne sont pas sûrs de leur qualité" ajoute-t-il. 

"Le secteur de l’énergie peut être inclus dans les fonds durables à condition qu’il soit en ligne avec les accords de Paris."
Karel Van Eetveldt

Ce label, qui remplace une norme datant de 2001, a été élaboré sur base de consultations du secteur financier mais aussi du public. Mais il n’empêche pas les produits financiers d’investir dans le secteur de l’énergie, ni dans des sociétés qui tirent profit du tabac et des armes. "Le secteur de l’énergie peut être inclus dans les fonds durables à condition qu’il soit en ligne avec les accords de Paris", indique Karel Van Eetvelt, autrement dit, que les entreprises du secteur tirent 40% de leurs revenus des énergies alternatives.

→ La carte blanche de Thomas Van Craen, directeur de la Banque Triodos en Belgique Le nouveau label de durabilité pour les produits et les services financiers place la barre beaucoup trop bas

"Les fonds durables peuvent aussi investir dans des sociétés qui tirent profit des armes et du tabac, à condition qu’elles ne dépassent pas le seuil maximum de 10% de leurs revenus de ces activités", ajoute-t-il. Il insiste sur l’aspect transition vers une politique durable des sociétés choisies dans les fonds durables. Ainsi, par exemple, une société pétrolière pourra figurer dans un fonds estampillé durable si elle consacre une partie de ses revenus au développement des énergies alternatives, comme l’énergie solaire.

Karel Van Eetveldt estime que dès l’automne, les premiers labels seront attribués. Dans les prochaines semaines, un comité d’experts indépendants, qui sera chargé du contrôle du label, sera nommé. Une agence centrale de label, qui doit surveiller l’évolution du label, doit également être mise sur pied. "Nous sommes convaincus que le secteur financier va demander cette norme", indique Karel Van Eetvelt. Plus d’une centaine de produits financiers sur les 364 répertoriés durables par Febelfin peuvent déjà prétendre au label selon lui.

Un label déjà contesté

Du côté du secteur financier, BNP Paribas Asset Management, leader du marché des fonds ISR (Investissements Socialement Responsables) en Belgique, a accueilli ce nouveau label "comme une étape importante pour créer une société plus durable", selon un communiqué.

"Ce n'est certainement pas au secteur de s'autoréguler, mais bien aux pouvoirs publics de légiférer sur cette question."
Réseau Financité

Mais du côté de Triodos, le directeur pour la Belgique Thomas Van Craen indique que la banque n’adhérera pas à ce "quality standard", car le label n’exclut ni le gaz, ni le pétrole. "Le label considère le pétrole et le gaz comme des "énergies de transition" et envoie de ce fait un message contradictoire à l’égard de celui du rapport du Giec", a-t-il souligné. Il estime que la barre n’a pas été placée haut.

Même son de cloche du côté du Réseau Financité, organisme qui milite pour une finance plus durable en Belgique: "Ce n'est certainement pas au secteur de s'autoréguler, mais bien aux pouvoirs publics de légiférer sur cette question", indique le Réseau Financité dans un communiqué publié ce jeudi après-midi. Il rappelle que, selon la méthodologie à l'aide de laquelle il réalise chaque année un classement des meilleurs fonds ISR, "seulement 16 % de l'encours des fonds se prétendant éthiques le sont réellement. En d'autres termes, 84 % ne le sont pas."

Actuellement, les fonds ISR ne pèsent que 6,34% du volume des fonds commercialisés en Belgique, selon les chiffres de l’association belge des assets managers (Beama).

Karel Van Eetvelt souligne que ces cinq dernières années, les volumes ont triplé, passant de 7,7 milliards d’euros à la fin 2013 à 24,1 milliards d’euros à la fin 2017. Le nombre de produits a lui aussi augmenté, passant de 267 en 2016 à 364 en 2017. Il s’est félicité de la définition très précise de l’investissement durable, "plus qu’en Europe". 

Il reste à voir si le public va suivre ce label, alors que les investisseurs sont de plus en plus soucieux de l’impact du changement climatique.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect