analyse

Un signal de vente s'est enclenché sur les marchés

©AFP

La courbe des taux américains s'est inversée pour la première fois depuis la crise financière de 2008. Ce qui a provoqué une onde de choc sur les marchés actions. Pour certains observateurs, ce n'est pas le moment de chercher des opportunités d'achat.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Mardi, alors que les marchés actions saluaient le report de nouvelles taxes américaines sur des produits chinois, le marché obligataire faisait comme si rien ne s'était passé. Comme si ce léger apaisement des tensions commerciales ne pouvait empêcher l'inéluctable, c'est-à-dire le ralentissement de l'économie mondiale.

"Historiquement, l'inversion de la courbe américaine a toujours été perçue comme un signal de récession et il reste à voir si c'est toujours le cas. Ce qui est certain, c'est que le monde semble moins sûr."
Tim Graf
Stratège macro chez State Street Global Advisors

Un message que certains investisseurs refusent d'entendre. Du moins jusqu'à ce mercredi. Un signal symboliquement fort a retenti dans toutes les salles de marché: la courbe des rendements obligataires américains à deux et dix ans s'est inversée pour la première fois depuis 2007. Le mot "récession" est à présent sur toutes les lèvres. "Historiquement, l'inversion de la courbe américaine a toujours été perçue comme un signal de récession et il reste à voir si c'est toujours le cas. Ce qui est certain, c'est que le monde semble moins sûr", commente Tim Graf, stratège macro chez State Street Global Advisors.

Cette inversion de la courbe a provoqué un électro-choc sur les marchés actions. Les principaux indices européens ont clôturé dans le rouge, perdant entre 1,5% et 2%. À Wall Street, les investisseurs ont connu leur pire séance de l'année avec un Dow Jones effaçant 800 points sur la journée. 

Wall Street a connu sa plus mauvaise séance de l'année avec un Dow Jones  en baisse de 800 points, soit un repli de 3,05% pour terminer sous les 25.500 points. Le S&P-500 a cédé 2,93% à 2.840,60 points et le Nasdaq   3,02% à 7.773,94 points. Les 11 grands indices sectoriels S&P 500 ont fini dans le rouge, emmenés parle compartiment de l'énergie (-4,12%) et celui des financières. 

"Don't buy the dip!"

Les quelques investisseurs durs d'oreille - ou très optimistes - pourraient se dire que la chute des Bourses n'est que temporaire et que cela offre de nombreuses opportunités d'achat. Une stratégie, appelée "buy the dip" dans le jargon financier, que la banque UBS déconseille ce mercredi. Selon ses stratégistes, la combinaison de mauvais indicateurs économiques et de facteurs tels que les faibles perspectives de bénéfices et le contexte peu favorable de taux bas suggère une réelle aversion au risque.

31%
Une récession aux USA en 2020?
L'antenne new-yorkaise de la Réserve fédérale évalue à 31% la possibilité d'une récession aux États-Unis au cours des 12 prochains mois. Ce qui représente son plus haut taux de probabilité depuis la crise financière.

"Alors que le marché boursier est sur le point d'entrer dans une phase d'aversion pour le risque, nous qualifierions le ratio risque/récompense de cette stratégie "buy the dip" comme extrêmement pauvre à ce stade", expliquent François Trahan et Samuel Blackman dans une note. Et ajoutent que, si les investisseurs ont bien fait d'acheter des actions après la chute des marchés en décembre, l'environnement était à l'époque plus porteur.

Aujourd'hui, investisseurs professionnels et banquiers centraux estiment que la probabilité d'une récession a bien augmenté. Selon l'enquête mensuelle réalisée par Bank of America Merrill Lynch début août, un tiers des gérants s'attendent à à une récession mondiale au cours des 12 prochains mois. Du jamais vu depuis 2011. De son côté, l'antenne new-yorkaise de la Réserve fédérale évalue à 31% la possibilité d'une récession aux États-Unis dans ce même laps de temps. 

Des marchés actions encore performants

Ce signal d'alarme ne signifie pas pour autant que les investisseurs doivent retirer toutes leurs billes des marchés actions dans les prochaines heures. Selon les calculs de Credit Suisse, les actions génèrent encore un rendement jusqu'à 18 mois après l'inversion de la courbe des taux. Pour mémoire, elle s'est inversée pour la première fois le 30 décembre 2005 avant la crise financière. Mais les marchés ont enregistré un gain cumulé de 18,4% au cours des 18 mois suivants.

"Parfois, le S&P 500 culmine à un sommet deux à trois mois après une inversion de la courbe, mais cela peut aussi prendre de un à deux ans."
Stephen Suttmeier
Bank of America Merrill Lynch

"Parfois, le S&P 500 culmine à un sommet deux à trois mois après une inversion de la courbe, mais cela peut aussi prendre de un à deux ans", signale de son côté Stephen Suttmeier de Bank of America Merrill Lynch. Selon lui, le schéma typique est:

  • Une inversion de la courbe des taux, 
  • Un indice S&P 500 au sommet quelque temps après 
  • Enfin, l'économie américaine qui entre en récession six à sept mois après ce sommet

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