"Un taux US à 2% serait digne d'achat pour les Européens"

Le dollar devrait rester stable face à l'euro, selon Nicolas Forest (Candriam), ce qui rendrait un investissement dans les obligations américaines à dix ans pertinent en cas de franchissement du seuil de 2%. ©ANP XTRA

Les taux d'intérêt poursuivent leur ascension, en particulier aux États-Unis. Cette montée est "sous le contrôle de la Fed", rassure Nicolas Forest (Candriam).

Les taux d'intérêt montent encore, surtout aux États-Unis. Jeudi, les rendements américains ont franchi de nouveaux seuils symboliques. Si cette tendance continue, une opportunité d'achat d'obligations américaines se dessinerait pour les investisseurs européens, estime Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam. La montée des taux des Treasuries, les obligations gouvernementales des États-Unis est, en effet, impressionnante, surtout en comparaison avec les taux affichés en Europe.

2,5%
Taux US à 30 ans
Le taux des obligations des États-Unis arrivant à échéance dans trente ans a atteint 2,5% jeudi, pour la première fois depuis août 2019.

Jeudi, le taux des titres de dette des USA qui arrivent à échéance dans 10 ans a dépassé 1,7% pour la première fois depuis janvier 2020, alors qu'il avait clôturé à 1,64% la veille. Le taux des Treasuries à 30 ans, qui se situait à 2,42% mercredi soir, a quant à lui franchi la barre des 2,5%, ce qui n'était plus arrivé depuis un an et demi. Ce regain de tension des rendements américains est dû à la position adoptée par la Réserve fédérale (Fed) mercredi. Le président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, a estimé que la hausse des taux des obligations à long terme n'était pas préoccupante. Les investisseurs semblent en conclure que la Fed laissera les rendements s'apprécier.

"Rôle de stabilisateur"

"Aujourd'hui, la hausse des taux longs ne pose pas de problème à la banque centrale américaine", analyse Nicolas Forest (Candriam). "Ce qu'elle a fait hier, c'est rassurer pour éviter que les taux courts ne montent, en laissant les taux longs faire le travail." Autrement dit, la Fed veille à maintenir les taux à court terme stables pour préserver des conditions de crédit favorables pour la relance économique, tout en laissant les taux à long terme s'apprécier.

"Le taux américain à dix ans peut monter à 2% sans poser de problème."
Nicolas Forest
Responsable de la gestion obligataire chez Candriam

Pourquoi? "Cela va rendre un peu de marge de manœuvre aux banques (qui gagnent de l'argent grâce à la différence entre les taux qu'elles perçoivent sur les prêts à long terme et les taux auxquels elles rémunèrent les placements à court terme, NDLR)", explique Nicolas Forest. "De plus, la hausse des taux longs va freiner le marché immobilier qui s'est un peu trop enflammé aux États-Unis. La montée des taux va jouer un rôle de stabilisateur."

"La hausse des taux longs est sous le contrôle de la banque centrale", assure-t-il. "Ça ne conduit pas à une forte poussée des taux des crédits. C'est donc raisonnable. Le taux américain à dix ans peut même aller jusqu'à 2% sans poser de problème."

Taux belge stable

La montée des taux en Europe n'inquiète pas non plus Nicolas Forest car, selon lui, la Banque centrale européenne (BCE) veillera au grain: "La BCE ne veut pas que les taux longs montent trop parce que la croissance des pays de la zone euro est beaucoup plus fragile et parce que leurs plans de relance sont plus faibles."

"Si les investisseurs européens voient 2% sur les Treasuries à dix ans, cela pourrait constituer une fenêtre d'achat pour eux."
Nicolas Forest
Responsable de la gestion obligataire chez Candriam

Il faut donc qu'ils puissent continuer à emprunter à des taux réduits. Nicolas Forest observe que l'écart entre les taux à trente ans des États-Unis et de l'Allemagne est particulièrement élevé, signe que le taux allemand a beaucoup moins grimpé que le taux US (voir l'infographie). Le taux belge est stable par rapport au taux allemand.

Si les taux américains continuent à grimper, cela pourrait faire réfléchir les investisseurs européens. "S'ils voient 2% sur les Treasuries à dix ans, cela pourrait constituer une première fenêtre d'achat d'obligations américaines en dollar", estime Nicolas Forest. Miser à ce moment sur les titres de dette US aurait d'autant plus de sens que, selon lui, le billet vert devrait rester stable face à l'euro. L'investisseur belge a donc intérêt à garder un œil sur les taux américains.

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