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analyse

Un (tout) petit pas vers un changement de cap de la Fed

Robert Kaplan, le président de la Fed de Dallas, veut un débat sur le futur ralentissement des achats de la Réserve fédérale américaine. ©REUTERS

Les minutes de la Fed montrent que certains banquiers centraux américains veulent évoquer un ralentissement des achats d'actifs. Avec quel impact en Europe?

Resserrement monétaire déjà en vue? Les minutes de la dernière réunion de la Réserve fédérale (Fed) montrent que certains banquiers centraux américains veulent en tout cas en discuter. Cette information a provoqué une hausse des taux d'intérêt des obligations des États-Unis. Le taux des Treasuries à dix ans est passé de 1,63% mardi à 1,67% mercredi soir. Cette tension ne s'est que très légèrement propagée en Europe. Ce jeudi, le taux du Bund allemand à dix ans est remonté légèrement au-dessus de -0,10%, contre -0,11% mercredi.

"Il pourrait être approprié de commencer à discuter d'un ajustement du rythme des achats d'actifs."
Plusieurs membres de la Fed
Extrait des minutes de la dernière réunion de la Fed

"Plusieurs participants (à la dernière réunion de la Fed, NDLR) suggèrent que si l'économie continue à progresser rapidement vers les objectifs, il pourrait être approprié, à un certain moment dans les prochaines réunions, de commencer à discuter d'un plan pour ajuster le rythme des achats d'actifs", indique ce compte rendu des derniers débats entre les banquiers centraux américains.

Cette annonce a surpris les investisseurs car, à l'issue de la dernière réunion de la Fed, Jerome Powell, le président de la banque centrale américaine, avait indiqué qu'il n'était "pas encore temps" de commencer à évoquer une diminution des achats d'actifs. Pour rappel, ces achats de 120 milliards de dollars par mois sur les marchés ont pour effet de faire pression sur les taux d'intérêt.

Inflation en hausse

Fin avril, Robert Kaplan, le président de la Fed de Dallas, antenne régionale de la banque centrale des USA, s'était prononcé en faveur de l'entame d'une discussion sur ce futur ralentissement des achats d'actifs. Mais il semblait être une voix isolée au sein du FOMC (Federal Open Market Committee), le comité de politique monétaire de la Fed. Les minutes de la dernière réunion laissent entrevoir qu'il n'est en réalité pas le seul à être de cet avis.

4,2%
Inflation aux USA
Aux États-Unis, l'inflation a atteint 4,2% le mois dernier, du jamais vu depuis 2008.

Ce qui préoccupe cette frange des banquiers centraux américains, c'est la progression rapide de l'inflation. Celle-ci a atteint 4,2% en avril, son plus haut niveau depuis 2008. La plupart des membres de la Fed pensent toutefois que cette flambée des prix sera temporaire, parce qu'elle est due à la comparaison avec les très faibles niveaux de prix qui ont suivi le début de la pandémie l'an dernier.

Mais cette thèse d'une poussée provisoire de l'inflation ne fait pas l'unanimité parmi les économistes. Certains, comme Nouriel Roubini, l'économiste qui avait prédit la crise financière de 2008, estiment que l'inflation risque d'augmenter durablement, notamment à cause de problèmes d'approvisionnement qui continueraient à peser sur l'offre de biens après la crise sanitaire.

Risque de contagion

Ce débat est capital pour les investisseurs, car son issue déterminera l'évolution future des taux d'intérêt, un paramètre fondamental pour évaluer l'opportunité d'acheter ou vendre des actions.

"En zone euro, l'inflation moins volatile est retombée à 0,7% en avril."
Bernard Keppenne
Chef économiste de CBC

Faut-il s'en inquiéter aussi en Europe? Dans la zone euro, la question d'un ralentissement des achats d'actifs est loin d'être sur la table car si l'accélération de l'inflation à 1,6% en avril a été confirmée mercredi, "l’inflation moins volatile (hors énergie et alimentation, NDLR) est retombée à 0,7%, contre 0,9% en mars", souligne Bernard Keppenne, chef économiste chez CBC. Or, c'est cette inflation sous-jacente que surveille en priorité la Banque centrale européenne (BCE).

Le problème est qu'en cas de montée des taux d'intérêt américains, un effet de contagion vers le marché obligataire européen n'est pas à exclure. Malgré l'augmentation des achats de la BCE, le taux du Bund à dix ans est tout près de redevenir positif alors qu'il se situait à -0,6% en début d'année.

Le résumé

  • D'après les minutes de la dernière réunion de la Fed, plusieurs banquiers centraux américains veulent discuter d'un futur ralentissement des achats d'actifs.
  • La flambée de l'inflation préoccupe certains économistes, mais la Fed continue à penser que celle-ci est temporaire.
  • En zone euro, une réduction des achats d'actifs est loin d'être à l'ordre du jour.
  • Mais attention à un possible effet de contagion entre les taux américains et européens.

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