Une Amérique sans surprise, aux impacts contradictoires

Jerome Powell, le président de la Fed ©REUTERS

Les États-Unis ont une nouvelle fois été au centre de toutes les attentions sur les marchés financiers cette semaine.

Il y a tout d’abord eu les "midterms", les élections de mi-mandat, qui ont vu les démocrates remporter la majorité à la Chambre des représentants. Les républicains ont par contre réussi à conserver leur mainmise sur le Sénat. "Nous sommes donc en présence d’un ‘gridlock’ à l’américaine, qui compliquera la tâche des élus appelés à gouverner le pays et qui fera probablement du statu quo la nouvelle norme. Bref, pour prendre un sérieux raccourci: tout reste tel quel et il deviendra particulièrement difficile de changer quoi que ce soit", résume sur son blog Philippe Gijsels, de BNP Paribas Fortis. Le stratégiste estime que l’impact de ces élections sur les marchés financiers est "minime". En cause, la réalisation du scénario le plus attendu par les investisseurs. Le "tsunami bleu" (de la couleur des démocrates), craint par certains, n’a finalement pas eu lieu.

"Le véritable impact sera indirect, et il dépendra de la réaction de Donald Trump face à ce résultat. Une réaction qui, le connaissant, est par définition imprévisible", ajoute cependant Philippe Gijsels. Les investisseurs ont en tête la prochaine réunion entre le Président américain et son homologue chinois, qui doit avoir lieu à la fin du mois de novembre. Nombre d’observateurs espèrent que la victoire des démocrates va tempérer les projets les plus extrêmes de Donald Trump et que la menace d’une véritable guerre commerciale pourrait se volatiliser. Signe de leurs espoirs, le MSCI Emerging Markets Index a progressé de 0,57% mercredi avant de réduire ses gains le lendemain en raison de la vigueur du dollar. "Un Congrès divisé est le meilleur résultat possible pour les marchés d’actions aux Etats-Unis et dans le monde", écrit dans une note Marko Kolanovic, responsable de la stratégie quantitative et de dérivés chez JPMorgan.

La Fed maintient le cap

Autre grand événement, même s’il a beaucoup moins inquiété les investisseurs: la réunion de la Réserve fédérale qui s’est achevée jeudi. La banque centrale américaine a, sans surprise, laissé son principal taux directeur inchangé. Dans un communiqué presque similaire à celui publié après sa réunion de septembre, elle a acté une activité économique "forte", des gains d’emplois "solides" et des dépenses des ménages "en robuste augmentation". La Fed a cependant signalé que les investissements des entreprises ont marqué le pas après leur augmentation rapide en début d’année. Un constat qui ne l’a pas empêché de confirmer que "d’autres hausses graduelles" seront appropriées pour accompagner "une expansion économique durable". "Clairement, certains participants au marché s’étaient attendus à des mots beaucoup plus prudents", ont commenté les analystes de Commerzbank, soulignant la hausse du dollar en fin de semaine.

Les grands indices actions à Wall Street ont par contre piqué du nez. Une performance négative que certains observateurs attribuent à une prise de bénéfices après leur envolée mercredi. "Le résultat de la réunion de la Fed et son communiqué n’ont pas fourni de surprises importantes mais ils ont permis de renforcer les anticipations d’une hausse de taux en décembre et cela a pesé sur les actions", explique de son côté Masahiro Ichikawa, stratège chez Sumitomo Mitsui Asset Management. On notera d’ailleurs la réaction du marché obligataire, où le taux américain à 2 ans a grimpé jusqu’à 2,97%.

La question reste de savoir si le resserrement monétaire entamé par la Réserve fédérale va se poursuivre au rythme actuel l’année prochaine. "2019 s’annonce comme une année charnière, au cours de laquelle les marchés guetteront en particulier les actions de la Fed, estime William de Vijlder, chef économiste de BNP Paribas. L’arrêt du cycle de resserrement pourrait être interprété comme un reflet d’une inquiétude qui monte à la banque centrale quant aux perspectives de croissance".

Cette Europe mal aimée

Si les États-Unis ont retenu l’attention des investisseurs, l’Europe reste désespérément le vilain petit canard à leurs yeux. Le dernier rapport hebdomadaire de Bank of America montre que les fonds investis en actions européennes ont subi 34 semaines de sorties nettes sur les 35 dernières à hauteur de 2,6 milliards de dollars sur la période sous revue. Outre les traditionnels sujets d’inquiétude comme le Brexit ou le budget italien, les investisseurs craignent également une confirmation d’un ralentissement économique en zone euro. Les données macroéconomiques publiées la semaine prochaine seront donc particulièrement scrutées.

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