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Une chute sans fin des cryptomonnaies?

©REUTERS

Les cryptomonnaies ont perdu 80% depuis le début de l’année, mais pour le bitcoin, ce krach doit être remis en perspective.

Les monnaies virtuelles comme le bitcoin et l’ethereum ont connu une année difficile jusqu’à présent. L’indice MVIS CryptoCompare Digital Assets 10, qui reprend la performance des dix plus grandes cryptodevises, a perdu près de 80% depuis le début de l’année, dépassant le recul du Nasdaq entre mars 2000 et mars 2003. Derrière le recul des monnaies virtuelles se trouvent différents facteurs d’explication.

La dernière baisse du bitcoin s’explique par la décision de Goldman Sachs de reporter son desk de transactions en cryptomonnaies, une mauvaise nouvelle pour ceux qui espèrent plus d’acteurs financiers sur les monnaies virtuelles, qui ne sont pas régulées. Le ton plus sévère des régulateurs à l’égard des plateformes de transactions en cryptomonnaies a également pesé sur le cours de celles-ci. Récemment, trois plateformes, Bitstamp, itBit et Kraken, ont été épinglées par les autorités américaines pour leur manque d’outils pour éviter la manipulation. Car la forte hausse du bitcoin et des autres monnaies virtuelles à la fin de l’année dernière a soulevé des questions sur une manipulation du marché. L’Université du Texas a révélé dans une étude que le boom des cryptodevises à la fin 2017 résulte d’une manipulation.

Toutefois, tous les observateurs ne sont pas convaincus d’une manipulation sur les cryptodevises. Car celles-ci ont attiré beaucoup d’investisseurs non expérimentés à la fin de l’année dernière, alléchés par la progression importante des cours des monnaies virtuelles. "Depuis le début de l’année, on a assisté à l’éclatement d’une bulle spéculative. Les cours du bitcoin restent plus élevés qu’au début de 2017", souligne Jean Wallemacq, cofondateur et codirecteur de la Belgian Bitcoin Association.

"Les cryptodevises (ou plus largement cryptoactifs) restent non régulées. Fin 2017, on a connu une bulle alors que plusieurs produits financiers ont été lancés autour du bitcoin et que des journées d’information sur la monnaie virtuelle ainsi que sur les applications blockchain pullulaient en novembre et décembre", observe pour sa part Jean-Luc Verhelst, auteur du livre "Bitcoin, the blockchain and beyond" et cofondateur de HIVE.Brussels. "Fin 2017, on a connu une bulle dont les acteurs se demandent toujours quels en étaient les tenants et aboutissants. Elle a explosé. On revient à plus de raison", constate Jean Wallemacq. "Le mouvement ne concerne pas seulement le bitcoin. L’ensemble des cryptomonnaies a connu une baisse très importante. À partir du moment où le bitcoin est utilisé comme une réserve pour acheter d’autres cryptomonnaies, quand la demande pour celles-ci diminue, cela provoque une baisse du bitcoin", ajoute-t-il. "Le bitcoin a déjà connu plusieurs grandes corrections dans le passé. Par contre, les autres cryptoactifs expérimentent une telle baisse pour la première fois", remarque Jean-Luc Verhelst.

En revanche, l’explosion du nombre de cryptomonnaies n’a pas eu d’influence négative sur le bitcoin. Le site Coinmarketcap relève 1.977 cryptodevises différentes. "On pourrait penser que le nombre grandissant d’altcoins a fait baisser le prix du bitcoin, et il est vrai que la part de marché du bitcoin (dans le marché des cryptoactifs) a diminué de 90 à 50%. Mais cela a également eu un effet renforçant car, bien souvent, il faut du bitcoin pour pouvoir acheter d’autres cryptoactifs et pour pouvoir participer à une Initial Coin Offering", souligne Jean-Luc Verhelst. "Ce n’est pas un nouveau phénomène. Dès le début, on comptait déjà des centaines de cryptomonnaies. Mais l’attention s’est centrée sur quelques grosses devises. L’explosion du nombre de cryptodevises n’est donc pas une cause de la baisse du bitcoin", affirme Jean Wallemacq.

Une baisse de la demande

La chute du bitcoin s’explique aussi par la baisse de la demande pour les Initial Coin Offering (ICO), ces levées de fonds en bitcoins pour acheter d’autres cryptomonnaies ou financer une start-up. "Au-delà des cryptomonnaies, on a connu une période d’échauffement médiatique et de hype autour de la blockchain et des projets financiers financés par Initial Coin Offering (ICO). Mais la demande pour les ICO a baissé car certains projets ne se sont pas avérés aussi importants que prévu. Comme il y a moins de demande pour les ICO financées en cryptomonnaies, le prix du bitcoin diminue", relève Jean Wallemacq. "Sur les altcoins, pas mal ont été créées grâce aux ICO, mais beaucoup n’ont pas abouti. On estime à 50-60% le taux d’échec au jour d’aujourd’hui", note Jean-Luc Verhelst. Il relève que l’année passée, les ICO ont drainé des millions de dollars par opération. Mais il estime que 83% des ICO ne sont pas de sérieuses initiatives. 15% ont échoué à cause d’un manque de technologie, de personnes qualifiées ou d’un business plan suffisant. Seules 2% des ICO ont atteint leur objectif selon lui.

La blockchain, système d’appariement des transactions en cryptodevises, a aussi provoqué son lot de déceptions. "Il y a eu beaucoup d’engouement autour de la blockchain où tout le monde se disait que c’était une technologie géniale", indique Jean-Luc Verhelst. Il souligne que 90% des projets blockchain démarrés sur la plateforme GitHub n’ont jamais abouti, ce qui signifie qu’une bonne partie de ceux-ci n’a pas connu de cryptomonnaie.

Régulation

Parallèlement à l’effondrement des cours des cryptomonnaies, le ton des régulateurs est monté d’un cran. Il flotte désormais dans l’air un parfum de future régulation. "Globalement, on réfléchit de plus en plus à un cadre réglementaire autour des cryptomonnaies. Mais une régulation est difficile car les cryptodevises n’ont pas de frontières, alors il faut une grande coordination entre les États", indique Jean Wallemacq. "Mais une régulation va dans le sens de l’histoire. Si on considère certains tokens comme des actions, on pourrait leur appliquer la loi sur les actions en demandant un prospectus. On voit que cela se développe. Pour des raisons de contrôle face au blanchiment d’argent, de plus en plus de plateformes de transactions contrôlent l’identité de leurs utilisateurs et l’origine de leurs fonds. C’est le plus grand volet le plus visible d’une certaine régulation qui se produit, ajoute-t-il. On assiste aussi à l’émergence de stable coins, dont le taux de change évolue plus en ligne avec les monnaies traditionnelles comme le dollar. Certaines de ces monnaies virtuelles reçoivent un certain contrôle étatique. Aux Etats-Unis, les projets GalaxyCoin Gemini dollars et Paxos Standard vont dans ce sens. En matière de régulation, le développement ultime serait qu’un État émette ses cryptomonnaies. Mais c’est pour plus tard."

Perspectives

Le bitcoin pourrait-il dépasser son record atteint le 17 décembre 2017 à 19.659,60 dollars? "En 2011 et début 2014, le bitcoin a connu une correction de 70% avant de rebondir plus haut", rappelle Jean-Luc Verhelst.

"Le cours actuel du bitcoin reste un petit miracle par rapport à il y a deux ou trois ans."
Jean Wallemacq
Cofondateur de la Belgian bitcoin association

"Une certaine illusion d’un eldorado des cryptomonnaies fin 2017 a disparu, souligne Jean Wallemacq. Certains acteurs ne sont pas mécontents que l’intérêt purement financier autour des monnaies virtuelles soit retombé. Mais les fondamentaux restent. Le cours actuel du bitcoin reste un petit miracle par rapport à il y a deux ou trois ans."

Toutefois, Jean-Luc Verhelst estime réaliste que le bitcoin repasse au-delà de son record, vu son historique. "C’est réaliste. On peut penser qu’une nouvelle hausse se répète. Mais la question est de savoir quand sera la dernière bulle. Car il y aura une dernière bulle", nuance-t-il. Il pointe des éléments favorables susceptibles d’influencer le cours de la monnaie virtuelle. "Parmi les éléments favorables, des pays comme le Venezuela ont vu le nombre de bitcoins utilisés augmenter car le système financier ne marche pas très bien. Toute crise financière pourrait faire monter le bitcoin. Les cryptomonnaies ne sont pas parfaites pour une politique monétaire, mais elles constituent une bonne alternative", souligne-t-il.

Car il note que le bitcoin est devenu surtout une réserve de valeur. "Pendant longtemps, la philosophie derrière le bitcoin était une monnaie acceptable par tout le monde, mais dans les faits, sa capacité de transaction limitée n’a pas rendu ceci possible. On est passé d’une idéologie de moyen de paiement à une réserve de valeur à cause du nombre limité de bitcoins", relève-t-il. Mais il observe que la capacité de transaction du bitcoin a augmenté. "Récemment, le lightning network s’est mis en place au-delà de la blockchain bitcoin, dont le nombre de transactions est limité à maximum 7 par seconde. Cette couche permet des transactions de pair à pair et est scalable. Grâce au lightning network, il est possible de faire quelques milliers de transactions par seconde", note-t-il.

Par contre, pour les autres cryptomonnaies, les perspectives ne sont pas forcément réjouissantes. "98% des cryptomonnaies vont disparaître, prédit Jean-Luc Verhelst. Une bonne partie disparaît déjà car, pour être listée sur une plateforme d’échange, cela coûte cher. De plus, la majorité des cryptomonnaies ont été créées n’importe comment, sans aucune utilité." Mais il estime que certaines cryptomonnaies sortent du lot. "On voit que les cryptodevises anonymes prennent de l’ampleur. Des monnaies virtuelles comme le zcash et le monero ne sont pas traçables et sont fongibles, contrairement au bitcoin. Un bitcoin ne vaut pas un autre bitcoin. Si vous êtes confronté à un bitcoin détenu par un dealer de drogue ou par le pape, en fonction de votre sensibilité, vous allez préférer un bitcoin en particulier. D’ailleurs, certains bitcoins sont refusés sur des plateformes d’échange, alors que pour les cryptodevises anonymes, non. Il est probable de voir ce marché grandir." Les cryptomonnaies n’ont donc pas fini de faire parler d’elles.

©MEDIAFIN

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