chronique

Une crise sans précédent qui aurait pu être évitée

Le Fonds monétaire international (FMI) nous parle d'une crise sans précédent liée au Covid-19. Jacques Attali nous dit surtout qu'elle était évitable...

Mardi dernier, lors d’une visioconférence, Jacques Attali estimait que, dans ses prévisions chiffrées, le Fonds monétaire international (FMI) sous-estimait largement l’ampleur de cette crise, histoire sans doute de ne pas provoquer une peur démesurée. "Je préfère nettement les chiffres de l’OCDE. Ils me paraissent plus sérieux", disait l'auteur et économiste français à la tribune du cercle Ecofin Club Bruxelles.

Eh bien, Jacques Attali a été entendu par-delà les océans! Mercredi, l’institution de Washington a révisé de manière drastique ses chiffres pour 2020. Gita Gopinath, l’économiste en chef du FMI, a dévoilé une prévision de récession mondiale de 4,9% cette année. C'est bien pire que les 3% anticipés en avril. À l’époque, l’économiste du FMI avait donné à cette crise son petit nom, "Le Grand Confinement", tout en agitant le spectre de la Grande Dépression des années 30 si rien n’était entrepris pour soutenir l’économie. Pour une institution qui ne désire pas faire peur, ce n’est pas rien…

Mercredi, le FMI a frappé fort, très fort. La croissance française devrait chuter de 12,5%. Pour l’Espagne et l’Italie, le chiffre est de -12,8%. Les chiffres pour la Belgique ne sont pas donnés mais on devrait sans doute être proches de la prévision de la zone euro (-10,2%). Quant aux États-Unis, le recul devrait atteindre 8%. Dans la foulée, Gita Gopinath exhorte les gouvernements à rester vigilants car la crise n'est pas terminée. D’autant que le FMI agite aussi le risque d'une correction sur les marchés boursiers. Le décalage entre les marchés et l'évolution de l'économie réelle fait naître le spectre d'une nouvelle correction des prix des actions si l'attitude des investisseurs vis-à-vis du risque venait à changer. De quoi menacer la reprise économique. Pas très optimiste, tout cela...

Le FMI n’est pas loin de reprendre certains arguments de Jacques Attali, notamment en matière d'endettement.

Finalement, le FMI n’est pas loin de reprendre certains arguments de l’ancien président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Notamment sur la question du gonflement de l’endettement. "Une dette gigantesque qui constitue une bombe à retardement. Nous vivons à crédit au détriment des générations futures", tonne Jacques Attali. L'homme aux 80 livres vient de publier un nouvel ouvrage, "L’économie de la vie" (Fayard), où son constat est sans appel : nous avons subi un effondrement de l’économie qui aurait pu être évité si nous avions pris les mesures de la Corée du Sud. C'est-à-dire s’armer à temps de masques FFP2, de tests et de systèmes de traçage. Tout ce qui nous fait encore défaut aujourd'hui...

"Personne ne cite l'exemple coréen. Or, le pays n'a confiné que les écoles et les églises. Et l’économie a continué à fonctionner." "Il est plus que temps de se préparer à une deuxième vague ou à la prochaine pandémie, qui paraît inévitable. Ce serait une folie de ne pas entendre la leçon de cette crise", lâche-t-il.

Son message d'un point de vue économique? Il convient de passer de l'économie de la survie à "l'économie de la vie". Ceci en réorientant l'économie notamment vers les secteurs dont les productions ont fait cruellement défaut dans cette crise et dont on s'est aperçu qu'ils étaient vitaux. Parmi les secteurs d'avenir épinglés par l'auteur français: la santé, l’hygiène, l’alimentation, l’agriculture, la recherche et l’innovation, la logistique, le logement,  le recyclage des déchets, la gestion de l’eau, l'énergie propre, l'éducation, l’information, le crédit, l’assurance, la culture, la sécurité. ..

Puis, il y a tous les secteurs "zombies": les énergies non propres, la chimie, les plastiques, l'industrie pétrolière, l’automobile, l’aviation... Ce serait une erreur de les arroser d'argent. "Si on ne les aide pas à se reconvertir, ce sera de l’argent gaspillé." Or plus que jamais, conclut Jacques Attali, nous avons intérêt à penser aux générations futures.

Mais le monde politique peut-il réellement s'affranchir des prochaines échéances électorales? Poser la question, c'est malheureusement y répondre. À moins que cette crise ne constitue cette fois le vrai déclic. On peut toujours l'espérer...  

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