analyse

Une Fed consensuelle, une BCE divisée

Christine Lagarde, présidente de la BCE, a dû composer avec des gouverneurs aux positions divergentes. ©REUTERS

La Fed a décidé en consensus de maintenir sa politique, tandis que la BCE a connu des divisions sur son intervention.

Les résumés des dernières réunions de la Réserve Fédérale américaine et de la Banque centrale européenne ont porté les marchés d'actions. Le S&P 500 a franchi un nouveau record après les minutes de la banque centrale américaine. Ce compte-rendu a montré que les membres de l'institution ont noté qu'ils devraient attendre un certain temps avant de retirer progressivement son programme de rachats d'actifs.

Pour rappel, lors de la dernière réunion de politique monétaire de la Fed, celle-ci a décidé en consensus de maintenir ses rachats d'actifs à 120 milliards de dollars par mois et de laisser inchangés ses taux d'intérêt jusqu'à 2023. Elle avait pourtant relevé fortement ses prévisions économiques et ses perspectives pour l'emploi, ce qui a été compris par les investisseurs comme une indication que la banque centrale agirait plus rapidement pour relever ses taux d'intérêt.

"Nous nous attendons à ce que la Fed reste accommodante même si l'inflation grimpe pendant un certain temps au-delà des objectifs fixés par l'institution."
John Feeney
Manager chez Guardian Gold Australia

La Fed avait aussi relativisé les craintes du marché sur la hausse des taux obligataires et sur l'inflation. Depuis, les traders sur les marchés ont ravalé leurs inquiétudes autour de l'inflation et autour d'une hausse des taux d'intérêt de la banque centrale d'ici la fin de l'année. "Nous nous attendons à ce que la Fed reste accommodante même si l'inflation grimpe pendant un certain temps au-delà des objectifs fixés par l'institution", a indiqué John Feeney, manager chez Guardian Gold Australia.

Une embellie européenne

La Banque centrale européenne a aussi publié le compte-rendu de sa dernière réunion de politique monétaire ce jeudi. À l'issue de celle-ci, l'institution avait décidé d'augmenter de 20% durant un trimestre le montant de ses rachats d'actifs dans le cadre de son programme anti-crise, le PEPP. Elle voulait freiner la remontée des taux obligataires européens, alors que la situation économique diverge entre les États-Unis et la zone euro. Jerome Powell, président de la Fed, avait indiqué durant la conférence de presse de l'institution en mars, surveiller l'évolution des rendements obligataires américains, mais il avait surtout constaté que cette hausse reflétait les prévisions économiques au beau fixe aux États-Unis.

En Europe, la pandémie de Covid-19 qui a forcé les grands pays à devoir prendre de nouvelles mesures de confinement fait craindre un ralentissement économique. Le compte-rendu de la réunion de la BCE a cependant montré que certains de ses membres ont plaidé pour une augmentation plus limitée des rachats du PEPP, qui refléterait plus fidèlement l'équilibre des risques et les anticipations d'accélération de la croissance.

Toutefois, sur une plus longue période, la BCE se montre plus optimiste. Christine Lagarde a déclaré ce jeudi, en marge de la publication des minutes de l'institution, s'attendre à une embellie après la fin des mesures de confinement. "Dans l'ensemble, les risques entourant les perspectives de croissance de la zone euro sont devenus plus équilibrés, même si les risques à la baisse liés à la pandémie persistent à court terme." Elle a aussi répété ce qu'elle avait déclaré durant la conférence de presse de la BCE en mars au sujet de l'enveloppe du PEPP. Elle a rappelé que les 1.850 milliards d'euros disponibles pour ce programme pourraient ne pas être dépensés complètement.

"Dans l'ensemble, les risques entourant les perspectives de croissance de la zone euro sont devenus plus équilibrés, même si les risques à la baisse liés à la pandémie persistent à court terme."
Christine Lagarde
Présidente de la BCE

La BCE réévaluera le rythme de ses achats en juin et plusieurs membres du conseil, parmi lesquels le gouverneur de la banque centrale néerlandaise, Klaas Knot, et son homologue autrichien, Robert Holzmann, ont déjà exprimé l'espoir que les progrès concernant la vaccination et l'amélioration de la situation sanitaire permettent de commencer à les réduire au troisième trimestre.

Le compte-rendu de la réunion de la BCE a aussi indiqué que plusieurs membres ont interprété différemment la hausse des rendements obligataires européens. Certains ont jugé cette progression prématurée, et d'autres ont estimé que celle-ci reflétait une amélioration des perspectives d'inflation et noté que les taux obligataires restaient très bas malgré tout.

La prochaine réunion du comité de politique monétaire de la BCE aura lieu le 22 avril mais les intervenants sur marchés n'attendent pas d'évolution majeure de la stratégie de la banque centrale. La Réserve Fédérale américaine tiendra sa réunion le 27 et 28 avril. Les investisseurs ne prévoient pas de changement important, mais certains se positionnent déjà pour un tapering (un retrait progressif des rachats d'actifs) à partir de l'année prochaine.

Le résumé

  • La Fed a vu ses membres voter en consensus pour maintenir les rachats d'actifs.
  • Du côté de la BCE, les gouverneurs de banque centrale n'ont pas tous été d'accord pour augmenter temporairement le rythme du programme de rachats d'actifs adopté pendant la pandémie.
  • La hausse des rendements obligataires n'a pas été interprétée de la même manière au sein de la BCE.
  • Les prochaines réunions de la Fed et de la BCE d'avril ne sont pas attendues avec de grands changements.

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