Une guerre commerciale néfaste

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Les marchés d’actions redoutent le déclenchement d’une guerre commerciale après l’annonce de Donald Trump de taxer les importations d’acier et d’aluminium.

Les investisseurs redoutent le déclenchement d’une guerre commerciale depuis que le président américain Donald Trump a annoncé l’imposition de droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium. Il souhaite imposer une taxe de 25% sur ces importations, sans exception, sans plus de détails. Mais Donald Trump pourrait passer prochainement à l’offensive contre la Chine en taxant cette fois lourdement les importations en provenance de ce pays, accusé de dérober la propriété intellectuelle des entreprises américaines et de largement subventionner ses exportations.

"L’Europe n’est pas censée sortir gagnante de cette guerre commerciale"
Frank Vranken
Responsable de la stratégie d’investissement chez Puilaetco Dewaay

Le Président américain envisagerait en effet d’imposer à Pékin des droits de douane sur un volume d’importations équivalentes à 60 milliards de dollars, ont rapporté les médias américains. "Jusqu’à présent, les mesures protectionnistes américaines n’avaient rien de très préoccupant, mais si elles viennent à cibler directement la Chine et que cette dernière réagit à son tour, le commerce international, qui se rétablit péniblement, connaîtrait un brutal coup d’arrêt", a jugé Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque.

"Mais pour l’instant, les gouvernements sont en mode ‘wait and see’ en attente du résultat des négociations", relève Paul Springmeyer, directeur chez Bank Private Wealth Management.

Europe mal placée

"Pour l’instant, il n’y a pas encore de guerre commerciale. Mais si celle-ci se concrétise, les Etats-Unis pourraient imposer des droits de douane sur les voitures allemandes, et l’Union européenne pourrait répondre en imposant des droits de douane sur les jeans et les Harley Davidson, indique Frank Vranken, responsable de la stratégie d’investissement chez Puilaetco Dewaay. L’Europe n’est pas censée sortir gagnante de cette guerre commerciale car une plus grande partie de la croissance économique européenne est liée aux exportations. 30 à 40% du PIB européen sont liés aux exportations, contre 11 à 12% aux Etats-Unis. La croissance économique américaine est plus orientée sur elle-même."

Donald Trump a indiqué qu’il pourrait faire une exception pour l’Union européenne si celle-ci abandonne "ses horribles barrières et droits de douane". Mais si l’Union européenne n’obtient pas un accord avec les Etats-Unis, les droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium importés pourraient amener de l’inflation en Europe et toucher les constructeurs automobiles et l’industrie en raison d’une hausse des prix des métaux de base. Bloomberg Intelligence a calculé que le secteur automobile et l’industrie comptent pour presque 25% de la capitalisation boursière de la zone euro. Tim Creaghead et Laurent Douillet, analystes pour Bloomberg Intelligence, ont placé DaimlerChrysler, BMW, Renault, Atlas Copco, Sandvik, Siemens, Volvo et ABB parmi les sociétés européennes qui courent le plus de risque avec une guerre commerciale.

"Ce sont surtout les entreprises exportatrices qui seront touchées."
Bruno Colmant
Directeur de la recherche économique chez Degroof Petercam

Tim Creaghead et Laurent Douillet pointent en outre que les marges bénéficiaires des sociétés de la zone euro représentent seulement deux tiers des marges bénéficiaires des sociétés américaines, qui profitent d’une plus grande efficacité selon eux, et surtout d’un secteur technologique très développé. "Les marges bénéficiaires ne sont pas le point fort des sociétés européennes et toute pression sur les prix ou des contraintes sur les revenus ne seraient pas bienvenues", écrivent les analystes dans une note. "Les règles du travail et autres pratiques structurelles en Allemagne et en France tirent vers le bas la profitabilité des sociétés de la zone euro. Et le biais sectoriel en faveur de l’industrie et des discrétionnaires présente un challenge", ajoutent-ils.

Bruno Colmant, directeur de la recherche économique chez Degroof Petercam, estime, lui aussi, que l’Europe est mal placée en cas de guerre commerciale. "L’Europe a peu de moyens de pression. Elle n’est pas unifiée, les intérêts de chaque pays priment. Les menaces d’une taxation du beurre de cacahuète et des Harley Davidson relèvent de l’anecdote. Cela n’a aucune cohérence, car ces biens sont facilement substituables, comme le Nutella à la place du beurre de cacahuète et les Yamaha à la place des Harley Davidson", indique-t-il. "L’Europe est aussi, globalement, la plus grande exportatrice d’acier. Avec une hausse des droits de douane américains, elle sera la plus touchée", ajoute-t-il.

Guerre des changes

Bruno Colmant souligne que la menace d’une hausse des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis "signe peut-être le début de quelque chose de plus massif. La guerre commerciale pourrait se développer et toucher l’Europe de plein fouet. La relation commerciale entre les Etats-Unis et l’Europe est plus fragile que celle de la Chine avec le continent américain puisque la Chine est un des créanciers majeurs de la dette publique américaine. L’Europe va sans doute exporter moins de voitures et dans le même temps, elle pourrait voir arriver tous les biens chinois à bas prix qui étaient exportés aux Etats-Unis jusqu’à présent", indique-t-il. "Le risque ne repose pas que sur une guerre commerciale. Une guerre monétaire pourrait aussi se déclencher. Le sentiment de marché semble l’indiquer. Certains investisseurs pensent que les Etats-Unis ne vont pas voir leur taux d’intérêt remonter autant que prévu car le dollar doit rester faible pour rester une devise universelle. En Europe, le programme de rachats d’actifs devrait s’arrêter en décembre, et l’euro risque de remonter face au dollar. La Banque centrale européenne serait mal prise", ajoute-t-il.

Frank Vranken estime, lui, que les mesures de Donald Trump pourraient conduire à une hausse de l’inflation dans la zone euro. "Cela devrait amener la Banque centrale européenne à relever ses taux d’intérêt plus rapidement que prévu", indique-t-il.

Tim Creaghead et Laurent Douillet soulignent que les attentes inflationnistes dans la zone euro remontent déjà. "Une bataille sur les droits de douane due à la politique protectionniste des Etats-Unis pourrait exacerber la situation. Les taux d’intérêt pourraient remonter dans ce cas", et affecter le cours de l’euro face aux autres devises, craignent-ils.

Ils notent également un impact sur les taux obligataires à long terme. "Les investisseurs anticipent déjà un taux allemand à 1,1%, mais si la situation sur l’inflation se détériore, les taux longs pourraient encore monter" préviennent-ils.

Impact sur les Bourses

Frank Vranken souligne qu’une escalade d’une guerre commerciale "ne peut pas être bonne pour les marchés d’actions". "Les risques vont s’empiler et vont empêcher l’augmentation des multiples, car les investisseurs vont avoir moins envie de payer pour des cours/bénéfices trop élevés" relève-t-il.

Bruno Colmant estime que l’impact ne sera pas complètement négatif pour les marchés d’actions européens. "Ce sont surtout les entreprises exportatrices qui seront touchées à la marge. Les sociétés européennes centrées sur l’Europe subiront nettement moins les conséquences d’une guerre commerciale", indique-t-il.

En d’autres termes, les grandes multinationales européennes risquent de souffrir en cas de guerre commerciale, alors que les petites et moyennes entreprises, centrées sur leur marché domestique, devraient mieux résister.

La volatilité, de retour sur les marchés d’actions depuis le mois de février, devrait donc continuer à affoler les investisseurs.

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