Une première hausse de taux cette année en Europe? Oubliez...

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Pour de nombreux observateurs, la BCE ne va resserrer la vis que fin 2020. Le ralentissement économique que connait actuellement la zone euro dure plus longtemps que prévu. La banque centrale pourrait par contre lancer de nouveaux TLTRO prochainement.

"Décevante". La situation économique en zone euro préoccupe, à tel point que les banques se succèdent pour annoncer un report de leurs prévisions d'une première hausse de taux en Europe. Chez Deutsche Bank, on estime que le début du cycle de resserrement de la Banque centrale européenne (BCE) n'aura pas lieu en mars 2020, comme prévu auparavant, mais en décembre 2020. "Cela s'explique d'un côté par la détérioration des perspectives de croissance économique et de l'autre, par la très lente normalisation de l'inflation. Selon nos prévisions révisées, l'inflation de base n'atteindra le seuil de 1,5% en glissement annuel que tardivement en 2020; l'inflation de base s'élève actuellement à 1,1%", indique la banque allemande dans une note publiée lundi matin. 

On pensait que le ralentissement économique ne serait que de courte durée, mais il n'en est rien. Les derniers chiffres macroéconomiques sont décevants en zone euro.
Bernard Keppenne
Chief economist de CBC Banque

Si beaucoup pressentaient depuis plusieurs mois que le mandat de Mario Draghi (le président de la BCE) serait marqué par l'absence de hausse de taux, ils espéraient encore une annonce à l'automne prochain. Mais "le scénario a changé" aujourd'hui, souligne Bernard Keppenne, économiste en chef de CBC Banque. L'étincelle qui a provoqué ces révisions en cascade provient de la Commission européenne. L'institution a abaissé la semaine dernière ses prévisions pour l'année en cours, tablant désormais sur une croissance de 1,3% en zone euro contre 1,9% prévu en novembre dernier. "On pensait que le ralentissement économique ne serait que de courte durée, mais il n'en est rien. Les derniers chiffres macroéconomiques sont décevants en zone euro", déplore Bernard Keppenne, tout en insistant sur le fait que nous ne sommes pas en récession. "C'est d'ailleurs assez frustrant car on se rend compte que l'Europe est touchée en première ligne par des événements externes et/ou non économiques comme le Brexit et la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine". Au final, environ 60% des observateurs pensent qu'il n'y aura pas de hausse de taux en 2019.

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"La messe n'est pas encore dite"

Quelques irréductibles gardent l'espoir d'un resserrement monétaire cette année. "La messe n'est pas encore dite", affirme Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez Candriam. "Tout peut encore changer en trois mois. Beaucoup de mauvaises nouvelles sont déjà intégrées dans les prix". Selon lui, de bonnes nouvelles restent possibles. Il pointe entre autres un taux de change  faible qui pourrait porter les exportations européennes, la fin de facteurs saisonniers en Allemagne, ainsi que la mise en oeuvre de stimuli budgétaires dans plusieurs pays.

Philip Lane, actuel gouverneur de la banque centrale d'Irlande ©REUTERS

Plusieurs membres de la BCE sont d'ailleurs sorti du bois ces derniers jours pour rassurer les investisseurs. À commencer par le (très probable) futur économiste en chef de l'institution, Philip Lane. "En ce début d'année 2019, nous ne devons pas réagir exagérément à une annonce en particulier ou à une nouvelle publication de données et adopter une approche mesurée de l'ensemble des données", a déclaré l'actuel gouverneur de la banque centrale d'Irlande. S'il a reconnu que les risques tendent à la baisse, il a affirmé que "l'économie intérieure reste solide" en Europe. "Nous aurons de nouvelles prévisions complètes en mars et à ce stade, je pense que la BCE pourra décider de la prochaine étape".

"Si jamais les indicateurs économiques repartent à la hausse, Mario Draghi fera tout son possible pour relever une première fois les taux directeurs de la BCE", ajoute de son côté Nicolas Forest. C'est pourquoi il pense que les rendements obligataires vont remonter pendant la seconde partie de l'année.

De nouveaux TLTRO en mars?

Une majorité d'observateurs s'accorde à dire que la banque centrale pourrait renouer avec les opérations de refinancement à long terme, ciblées ou pas ("Long term refinancing operations" ou LTRO, "Targeted longer-term refinancing operations" ou TLTRO), tout en se donnant plus de latitude par rapport au programme de 2016. Au lieu d'une échéance de quatre ans, la BCE pourrait choisir une échéance plus courte, de deux ans probablement. "Ce sera un événement important car cela pourrait définir la politique monétaire de la BCE pour les prochaines années", explique Bernard Keppenne. "Si elle décide de doter les TLTRO d'un taux fixe, cela voudra dire qu'elle ne touchera pas à ses taux directeurs pendant deux ans. Par contre, avec un taux variable, cela signifie qu'elle se donne la possibilité de relever ses taux".

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