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Va-t-on (trop) vite supprimer nos piécettes?

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Les pièces de 1 cent et de 2 cents ne sont pas une réussite du passage à l'euro. Tant les consommateurs que les commerçants s'en plaignent. Le projet de loi que prépare Koen Geens prévoit un arrondissement systématique du ticket de caisse aux "5 cents" les plus proches du montant total. La loi pourrait passer avant les élections. Mais un tel timing risque d'embêter les commerçants, vu les problèmes à régler...

Koen Geens, le ministre des Finances, prépare un projet de loi visant à supprimer les "petites pièces". Ces pièces dorées de 1 ou 2 cents qui encombrent souvent nos portefeuilles, quand elles ne sont pas amassées dans des pots fourre-tout qui jamais ne se vident mais toujours se remplissent... Sans compter qu'elles coûtent cher à produire. La loi pourrait déjà être votée avant les élections. Alors, comment leur dira-t-on adieu, à nos piécettes?

Il ne s'agira pas d'une suppression radicale. Il y a longtemps qu'on réfléchit à une solution, et certains pays ont montré l'exemple: la Finlande ne les fabrique pas, et les Pays-Bas, en 2004, ont opté pour la règle de l'arrondi.

A savoir

On compte en Belgique quelque 120 pièces d'1 et 2 centimes en circulation par habitant. Beaucoup de ces pièces ne sont utilisées qu'une seule fois. Si rien ne change, dans les années à venir, 60% des pièces frappées par la Monnaie royale seront des pièces d'1 ou 2 centimes.

Chez nous, depuis un moment, on sait que Koen Geens envisage "l'arrondissement symétrique": sur le ticket de caisse, on arrondit à 5 cents, soit vers le haut soit vers le bas, selon le montant total. En décembre, la BNB avait lancé une étude sur cette éventuelle solution. Les conclusions étaient positives pour ce système:

  • il n'aurait pas d'impact sur l'inflation,
  • il ferait diminuer le nombre de piécettes en circulation,
  • les consommateurs seraient satisfaits.

D'après le projet en préparation, en Belgique, le système choisi laisserait le choix au commerçant, qui devrait afficher en boutique s'il pratique ou non la règle de l'arrondi. L'arrondi se ferait bien sur le ticket de caisse, et non par produit.

• Qu'en pensent les commerçants?

Pas d'accord: Le Syndicat des Indépendants et des PME (SDI) a mesuré l’impact de cette nouvelle mesure sur le commerce de détail: "Contrairement au discours du gouvernement, l'opération ne sera pas blanche pour les commerçants!" explique le syndicat dans un communiqué. Le SDI relève plusieurs problèmes à régler avant la mise en œuvre de la mesure:


· la mise à jour des caisses enregistreuses: coûteuse en temps et en argent
· la révision nécessaire de l'article 6 de la loi sur les pratiques du marché (affichage des prix exacts à payer par les consommateurs)
· une productivité réduite et de l'impatience: le système entraînerait des ralentissements aux caisses, suite aux questions des clients, et cela pèserait sur la patience des chalands...

D'accord: Le Syndicat Neutre des Indépendants (SNI) s'exclame "Enfin" dans un communiqué. Selon lui, 9 commerçants sur 10 sont satisfaits de la disparition des pièces de 1 et 2 cents. Le SNI soulève néanmoins les mêmes problèmes que le SDI: "Bien sûr, les caisses enregistreuses et autres factures devront être adaptées pour coller à cette nouvelle réalité. Il faudra également modifier la loi sur les pratiques du commerce puisqu’elle détermine que le prix indiqué est le prix total que le consommateur doit payer. Vu les règles l’arrondissement, ce ne sera pas toujours le cas, ", selon la présidente, Christine Mattheeuws. Néanmoins, ce syndicat plaide pour un système d'arrondissement.

A noter que les deux syndicats s'interrogent sur deux aspects spécifiques de cette réforme:


· les conséquences sur la TVA: "à quel taux doit être soumis l'arrondi en cas d'achat de produits pour lesquels le taux de TVA n’est pas uniforme?" demande le SDI.
· l'impact spécifique sur les prix pétroliers. "Dans des domaines où un plafond pour le prix maximum est imposé, il risque d’y avoir des problèmes. C’est par exemple le cas dans le secteur pétrolier", explique le SNI.

 

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