Vers un retour à la normale sur le marché des IPO

La société immobilière Inclusio est la dernière arrivée à la Bourse de Bruxelles en 2020. ©Tim Dirven

Depuis de nombreux mois, les annonces d'introduction en bourse fusent de toutes parts. Mais commencent à apparaître les premiers reports ou révisions à la baisse du prix.

L'effervescence autour des introductions en bourse (IPO) est-elle en train de retomber? Les mauvaises nouvelles commencent en tout cas à s’amonceler sur le marché primaire. Dernier exemple en date: Deliveroo qui a dû revoir à la baisse ses ambitions avant son entrée à la Bourse de Londres ce mercredi. Selon plusieurs sources bancaires citées par l'agence Reuters, la société de livraison de plats cuisinés a finalement fixé le prix de son IPO à 3,90 livres par action. Soit dans le bas de la fourchette de 3,90 à 4,60 livres évoquée précédemment.

"Compte tenu de la volatilité sur le marché des introductions en bourse, Deliveroo fait le choix d'un prix fixé de manière responsable et d'un point d'entrée qui optimise la valeur à long terme pour nos nouveaux actionnaires institutionnels et particuliers", a expliqué un porte-parole de l'entreprise.

"2020 a été une année exceptionnellement bonne en termes d'introductions en bourse."
Vincent Juvyns
Global Market Strategist chez JPMorgan AM

D'autres sociétés européennes ont récemment pointé des conditions de marché "défavorables" comme cause de la révision de leur prix d'introduction voire le report pur et simple de l'opération. Notamment à la Bourse de Bruxelles. Pour mémoire, le Club de Bruges a décidé la semaine passée de reporter son IPO "en raison de la situation sur le marché". La fourchette de prix était comprise entre 17,5 et 22,5 euros, valorisant le club à un maximum de 258 millions d'euros.

De son côté, la compagnie des eaux Ekopak a également dû modérer ses ambitions pour son arrivée sur le marché belge ce mercredi. Ses actions seront au final vendues à 14 euros l'unité, ce qui représente le bas de la fourchette de prix de 14 à 16,75 euros annoncée auparavant.

Essoufflement "logique" après une année 2020 exceptionnelle

Alors épiphénomène ou prémices d'une nouvelle tendance de fonds sur les marchés? Pour Vincent Juvyns, global market strategist chez JPMorgan Asset Management, cet essoufflement du marché des IPO est "logique". "Malgré la pandémie du Covid-19, 2020 a été une année exceptionnellement bonne en termes d'introductions en bourse. Et il est normal d'observer un ralentissement l'année suivante". Plus de 1.500 sociétés ont fait leur entrée l'an dernier, avec environ 331 milliards de dollars levés.

165
milliards de dollars
Selon les données compilées par Bloomberg, plus de 160 milliards de dollars avaient été récoltés à travers le monde entre janvier et la mi-mars. Du jamais vu!

Une tendance qui n'a fait que s'accélérer depuis le début de 2021 grâce à l'engouement croissant autour des SPAC ("Special purpose acquisition companies"). Selon les données compilées par Bloomberg, environ 165 milliards de dollars ont été récoltés à travers le monde entre janvier et la mi-mars. Du jamais vu! Et les entrées en bourse via une SPAC représente la moitié de toutes ces opérations. À titre de comparaison, les levées de fonds au premier trimestre 2020 s'élèvent seulement 37 milliards de dollars.

Lire aussi | Le boom des SPAC

Un contexte toujours favorable

Le stratégiste voit dans les derniers événements un "retour à la modération", alimenté également par les craintes liées à la hausse des taux. "Lors d'une entrée en bourse, les investisseurs font un pari sur la rentabilité future de l'entreprise. La remontée des taux change naturellement la donne".

Un avis partagé par Michel Ernst, stratégiste actions senior chez CBC Banque. "Dans certains secteurs comme l'hydrogène ou la technologie, les sociétés se sont montrées trop gourmandes dans leurs attentes. Mais à un moment donné, les investisseurs reviennent à la raison." Selon lui, il ne s'agit pas d'un véritable retournement de tendance, mais plutôt "d'un retour de manivelle". "Et c'est une bonne chose, c'est sain", ajoute-t-il.

Quant à savoir ce que cela présage pour les prochains mois, Vincent Juvyns estime que le contexte financier et économique reste très favorable pour les IPO. En cause: des rendements obligataires encore bas et des investisseurs ayant toujours un gros appétit pour les actions.

"Restez temporairement à l'écart d'Ekopak"

Ekopak - dans laquelle est investi l'homme d'affaires flamand Marc Coucke - débarque à la Bourse de Bruxelles ce mercredi sous le ticker "EKOP". L'opération s'adresse principalement aux investisseurs professionnels.

En tant que particulier, faut-il se ruer sur l’action dès sa première cotation? "Le modèle de service WaaS (Water as a service) a du potentiel à moyen terme, mais n’a pas encore fait ses preuves. L’IPO reflète les ambitions de la direction d’aller vite de l’avant", souligne-t-on à L'Investisseur. Le magazine spécialisé parle d'une entreprise "en croissance sans aucun doute, mais chère (comme toutes les valeurs ESG)". Elle a enregistré un chiffre d’affaires de 9,5 millions d’euros en 2020. Et L’Investisseur de conclure avec ce conseil: "Restez temporairement à l’écart et ne vous laissez pas tenter par une quelconque euphorie les premiers jours de négoce."

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