Vers une faible réaction des marchés au vote sur le Brexit

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Seule l’hypothèse d’un vote largement défavorable à l’accord sur le Brexit pourrait déstabiliser les marchés, selon Peter Vanden Houte, d’ING.

En Bourse, on ne panique pas à l’approche du vote de ce mardi sur l’accord qui met en œuvre le Brexit. "Un rejet de cet accord est déjà largement anticipé, explique Peter Vanden Houte, chef économiste chez ING Belgique. La seule hypothèse qui pourrait avoir un effet négatif sur les marchés mardi serait un vote négatif de grande ampleur, par exemple s’il manquait plus de deux cents voix pour que le texte passe." Dans ce cas, la crédibilité et la légitimité de Theresa May, la Première ministre du Royaume-Uni, seraient remises en cause, ce qui ajouterait à l’incertitude déjà élevée qui affecte les actifs britanniques depuis des mois.

Une défaite de grande ampleur pourrait contraindre Theresa May à passer la main. L’hypothèse de nouvelles élections reviendrait sur la table. Or, c’est l’incertitude qui mine les actifs britanniques. La livre sterling a reculé de 15% en un an face à l’euro. Le taux des obligations gouvernementales à dix ans du Royaume-Uni s’est tendu de 9 points de base (0,09 point de pourcentage) l’an dernier, alors que le taux du Bund allemand à dix ans, référence du marché de la dette, s’était détendu de 19 points de base. L’indice des actions d’entreprises britanniques de moyennes capitalisations a reculé de 15,5% en 2018, davantage que les grands indices boursiers européens.

Selon Peter Vanden Houte, ces évolutions déjà négatives ne s’accentueront pas si l’échec du gouvernement britannique devant le Parlement ne prend pas des proportions trop grandes: "Tout le monde est convaincu que les parlementaires rejetteront le texte. Si l’ampleur de la défaite n’est pas trop importante, il y aura, certes, de l’incertitude dans les semaines à venir, notamment parce qu’une récente motion impose au gouvernement de Theresa May de revenir avec une solution en trois jours, ce qui semble intenable, mais je pense que les marchés vont tout de même anticiper la possibilité qu’un accord soit voté d’ici la fin du mois de mars", moment où le Brexit doit entrer en vigueur.

Dans une note intitulée "Guide du Brexit en 2019", publiée la semaine dernière, Nomura penche aussi pour une future approbation de l’accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni au Parlement britannique. Le courtier accorde encore 50% de chances à cette issue, tandis qu’un "hard Brexit" (sortie du Royaume-Uni de l’UE sans accord) n’est évalué qu’à 10% de probabilité, l’hypothèse d’un maintien du pays dans l’Union récoltant quant à elle 40% de chances.

Comme en décembre?

Selon Nomura, un futur vote de l’accord ferait remonter le taux britannique à dix ans de 25 points de base et la livre de plus de 3% face à l’euro; un "hard Brexit" ferait chuter ce taux de 50 points de base et la livre de 8%; un maintien du Royaume-Uni dans l’UE ferait bondir le taux de 60 points de base et la livre grimperait de 8%.

La réaction des marchés après report du vote sur le Brexit le 10 décembre dernier serait un bon indicateur de la faiblesse de la réaction attendue à l’occasion du vote de ce mardi. "Après ce report de décembre, les marchés avaient à peine réagi, rappelle Peter Vanden Houte. À l’époque, le consensus était qu’un vote positif aurait lieu dans un deuxième temps. Personne ne table sur une approbation de l’accord mardi. Mais en cas de petite défaite de Theresa May, ce sera la porte ouverte à un vote favorable plus tard. Il y aura peut-être de l’incertitude mais elle est déjà anticipée, en quelque sorte. La Première ministre pourrait revenir devant les parlementaires dans quelques semaines, juste avant la date limite, en agitant avec succès la menace d’un hard Brexit."

En Bourse aussi, la saga du Brexit est loin d’être terminée.

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