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Vertus et mystères de l'anticipation boursière

Chroniqueur, newsmanager

Le Dow Jones a rebondi de 65% depuis ses plus bas niveaux de mars dernier. Que dire de Tesla, en hausse de 610% depuis janvier. Une question d'anticipations...

C’était l’événement de la semaine (outre bien entendu le décès de Diego Maradona...): l’indice Dow Jones a franchi mardi le cap des 30.000 points à la Bourse de New York, soit une hausse de 65% depuis ses plus bas niveaux de mars dernier.

Çà et là, on a entendu les sempiternelles critiques sur le décalage entre la situation  économique (hausse du chômage, faillites liées au confinement… ) et l’enthousiasme de la bourse américaine. La réponse tient en un seul mot : l’anticipation.

Les investisseurs à Wall Street ne sont pas aveugles, ils sont conscients des dégâts multiples (humains et économiques), causés par le Covid-19, mais ils anticipent les jours meilleurs grâce à l’arrivée des vaccins. N’oublions pas que ce cap des 30.000 points aurait probablement été atteint en début d’année si ce satané coronavirus n’avait pas envahi par surprise la planète entière. N’oublions pas non plus que l’indice avait connu en l’espace d’un mois une chute historique de quelque 40%. Rétrospectivement, on peut d’ailleurs se poser des questions. Au début juin, l’indice avait déjà rebondi de 50%. Qu’anticipait-on à l’époque? La réélection de Donald Trump? La disparition rapide du virus? C’est un peu un mystère, avouons-le. Toujours est-il que l’on a assisté au plus rapide et vaste renversement de tendance de l’histoire en passant d’un krach retentissant à un "rally" haussier d’ampleur.

N’oublions pas que ce cap des 30.000 points aurait probablement été atteint en début d’année si ce satané coronavirus n’avait pas envahi la planète entière.

À noter que si le Dow Jones se situe en territoire positif depuis le début de l’année (+5%), ce n’est pas encore le cas de l'indice Bel 20 de la Bourse de Bruxelles qui demeure lui en retrait de 6% environ.

Encore plus surprenante est la hausse particulièrement impressionnante de 35% de l’indice Nasdaq Composite cette année. Même si là aussi, il existe des explications. L’indice a été amplement tiré par les locomotives que sont les valeurs Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), les grandes gagnantes de ce confinement. Sans oublier Zoom Video Communications, portée par le boom des visioconférences, qui malgré son reflux des dernières semaines gagne encore 570% depuis le début de l'année. Oui vous avez bien lu : 570%.

Tesla-mania

Et que dire alors de Tesla: +610% depuis le début de l'année!  Dans ce dernier cas, c’est l’anticipation de son entrée dans l’indice Standard and Poor’s 500 qui explique le formidable bond en avant de ces dernières semaines. Mardi, le fabricant de voitures électriques a dépassé pour la première fois la barre des 500 milliards de dollars de capitalisation boursière. La société d’Elon Musk vaut autant aujourd’hui que le holding de Warren Buffett, Berkshire Hathaway.

Depuis l’annonce de son arrivée dans le S&P 500, le 17 novembre dernier, l’action a bondi de 45%. Cette inclusion dans l’indice, qui aura lieu le 21 décembre, n’est pas sans poser quelques problèmes vu la capitalisation de Tesla. De nombreux fonds qui sont calqués sur l’indice S&P 500 vont devoir acheter l’action. Et l'on parle ici de flux de 50 à 70 milliards de dollars.  

Outre cette inclusion dans l'indice S&P 500, d’autres raisons expliquent l’enthousiasme du marché pour Tesla, comme l’arrivée à la Maison-Blanche de Joe Biden qui a promis de favoriser le développement des véhicules électriques aux États-Unis.

Mais parfois, on a l'impression sur les marchés que l'action Tesla se comporte comme le bitcoin, en tant qu'objet spéculatif par excellence. Ce sont d'ailleurs peut-être les mêmes investisseurs qui parient sur ces deux types d'actifs.

Reste donc à voir si le marché n’a pas déjà anticipé beaucoup de nouvelles positives chez Tesla. Certains analystes soulignent d'ailleurs que l'inclusion dans le S&P 500 pourrait être l'occasion rêvée pour de gros investisseurs de prendre leurs bénéfices et de vendre l'action. Réponse le 21 décembre. Ou peut-être avant, si on anticipe sur les anticipations...

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