Voici l'indice qui a surperformé en silence

  • L'AEX 25
  • Une hausse de 400%
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L’indice de la Bourse d’Amsterdam vient de fêter ses 35 ans. Ceux qui ont misé sur les valeurs qui le composent ont toutes les raisons de jubiler. L’AEX 25 a surperformé les principaux indices des Bourses voisines.

C’est un fait connu: les investisseurs francophones en Belgique, s’ils ne sont pas uniquement accros aux actions cotées à la Bourse de Bruxelles ont tendance à se tourner vers le sud de l’Europe plutôt que vers le nord, pour assurer une répartition géographique à leur portefeuille d’investissement. Et en particulier, vers la Bourse de Paris. S’activer sur les marchés boursiers du nord de l’Europe n’est pas en tous les cas leur premier réflexe.

Et pourtant, ceux qui se sont aventurés sur la place d’Amsterdam qui fête actuellement les 35 ans de son indice AEX 25, ont toutes les raisons de jubiler. En prenant comme point de départ la date de création de l’indice Bel 20 (fin décembre 1990), l’AEX 25 a réalisé une performance supérieure à celle de l’indice belge. L’AEX 25 totalise une hausse qui frôle les 400%! Ce pourcentage équivaut à un gain de 9,4% chaque année, calcule Bloomberg.

La prestation du Bel 20 se limite, elle, à 290%. Celle du CAC 40 à Paris est encore moindre. Elle est de 245% seulement.

Mieux que le DAX aussi

Plusieurs éléments peuvent justifier la surperformance de l’AEX 25 sur celles de ses plus proches voisins. La croissance de son économie qui a été supérieure ces dernières années à celle de la Belgique et de la France est une explication plausible.

En prenant comme point de départ la date de création de l’indice Bel 20 (fin décembre 1990), l’AEX 25 a réalisé une performance supérieure à celle de l’indice belge.

Par ailleurs, il est connu que les actions néerlandaises sont généralement qualifiées de "valeurs dollars" en raison de l’internationalisation poussée des sociétés bataves. Ce facteur est toutefois à prendre avec précaution. D’abord, parce que le niveau moyen de l’euro (1,22 dollar) depuis 2000 est supérieur à son cours d’émission en 1999 (1,16 dollar). Ce qui tend à défavoriser les affaires réalisées par les groupes néerlandais exportateurs.

Ensuite, parce qu’on s’expliquerait mal la moins bonne performance de l’indice DAX 30 Cours de la Bourse de Francfort. Contrairement au DAX 30, cet indice allemand qui ne tient pas compte de la distribution des dividendes tout comme la grande majorité des principaux indices européens, n’a gagné que 340% depuis 2000. L’Allemagne est pourtant l’économie de la zone euro – à la croissance soutenue aussi –, qui exporte le plus vers les Etats-Unis.

Liquidité élevée

Parmi les éléments favorables, outre le projet du gouvernement néerlandais de ne plus précompter les dividendes à partir de 2019, il y a celui de la liquidité de l’indice AEX 25 qui est nettement plus importante que celle du Bel 20. C’est un plus dans la mesure où cela attire davantage d’investisseurs internationaux à Amsterdam. 17 sociétés (68%) sur les 25 que compte l’indice, affichent une valeur supérieure à 10 milliards d’euros en Bourse, contre 8 (40%) dans le Bel 20 belge.

Huit sociétés de l’indice AEX 25 comptent parmi les 500 plus grosses entreprises cotées au monde.

Parmi elles, deux grosses pointures, Unilever et AkzoNobel, avaient fait récemment l’objet d’une tentative d’offre de rachat. En même temps, 8 sociétés de nationalité néerlandaise se retrouvent parmi les 500 plus grosses entreprises cotées au monde. À la Bourse de Bruxelles, elles ne sont que 2 de droit belge à s’y trouver (AB InBev et KBC).

Par ailleurs, la prépondérance du secteur bancaire qui conserve toujours des stigmates de la crise financière comme à peu près sur toutes les places de la zone euro, n’est pas aussi forte dans l’AEX 25 que dans l’indice belge. Elle détient une pondération de 13% dans l’AEX 25 contre 25% dans le Bel 20. À cela s’ajoute pour l’indice belge la sous-performance persistante des valeurs liées au secteur des utilities. Un souci dont l’AEX 25 est exempt.

En raison de la chute des prix du baril de Brent entre juin 2014 et janvier 2016, Royal Dutch-Shell a peu contribué à la performance de l’AEX 25 ces derniers temps. Mais cet handicap a été plus que largement compensé par l’envolée de la société technologique ASML. L’action de cette dernière a progressé de 1.300% en 8 ans à peine. Ce titre a une pondération de 11% (16% pour Royal Dutch) dans l’AEX 25. Cela signifie qu’une progression de 10% de son cours fait monter l’indice de 1,1%. Et vice-versa bien sûr en cas de baisse.

Les actions qui gardent la cote auprès des analystes

À suivre l’appréciation positive des analystes envers une large majorité d’actions, la Bourse d’Amsterdam ne semble pas près de lâcher du lest au profit des autres principales places de la zone euro. Même s’il convient de faire preuve d’une certaine prudence, les recommandations à l’"achat" suggérées par les analystes l’emportent.

Tout cela dépendra pour une grande part de l’évolution à venir des prix du pétrole, Royal Dutch-Shell pourrait bien retrouver plus durablement son rôle de meneur dans l’AEX 25. ExxonMobil avait tout récemment exprimé son ambition d’investir pour 50 milliards de dollars dans les 5 prochaines années aux Etats-Unis et de doubler ses bénéfices d’ici 2025.

50
milliards
ExxonMobil avait tout récemment exprimé son ambition d’investir pour 50 milliards de dollars dans les 5 prochaines années aux Etats-Unis et de doubler ses bénéfices d’ici 2025.

Il serait surprenant que ces propos n’aient pas d’écho chez Royal Dutch. Il ne nous a pas échappé, pour ne citer que cet exemple, la nouvelle selon laquelle le pétrolier néerlando-britannique s’intéresse à des actifs que l’australien BHP souhaite céder dans le pétrole de schiste outre-Atlantique. Cette activité assure depuis quelque temps le succès des Etats-Unis dans le secteur de l’exploration pétrolière. D’ici quelques années, elle devrait faire de ce pays le premier producteur de pétrole au monde.

Pour l’action de ce groupe, qui a réalisé en 2017 le deuxième plus gros chiffre d’affaires au monde (300 milliards de dollars) derrière le distributeur américain Walmart (500 milliards de dollars), et qui a consacré le montant le plus élevé de dividendes à l’échelle mondiale, les analystes suivis depuis janvier par Bloomberg ont des objectifs de cours qui vont de 26 à 35,9 euros.

Enfin, il peut être intéressant d’avoir à l’esprit que Royal Dutch a très régulièrement augmenté le dividende, même quand les prix du brut ont plongé en 2014 et 2015. Le pétrolier va programmer des rachats d’actions pour 25 milliards de dollars d’ici 2020.

Unilever cherche à séduire

Deuxième poids lourd de l’AEX 25, Unilever a beaucoup contribué à la hausse de cet indice depuis 2009. L’OPA projetée par l’américain Kraft Heinz au début de l’année passée, abandonnée depuis, ne devrait pas changer cela, même si l’action a subi des prises de bénéfice ces dernières semaines.

Unilever s’active à étoffer la croissance de ses affaires. À cet effet, il accélère la création de nouveaux produits, ainsi que ses acquisitions (11 en 2007), principalement dans les soins personnels (produits de beauté) sur les marchés en croissance. De ce fait, la part de la branche alimentaire diminue au niveau du groupe. Les analystes sondés par Bloomberg depuis janvier visent des objectifs de cours compris entre 47,5 et 60 euros pour son action.

Parmi les valeurs qui ont aussi permis à l’AEX 25 d’accomplir les performances que l’on sait, ASML a toujours les faveurs des analystes.

Parmi les valeurs qui ont aussi permis à l’AEX 25 d’accomplir les performances que l’on sait, ASML a toujours les faveurs des analystes. Mais le cours de son action est en ce moment proche des objectifs de cours les plus optimistes. On ne peut exclure qu’il poursuive son ascension. Une pause dans la hausse n’est cependant pas à exclure. D’autant que ses dirigeants ont récemment fait part d’une guidance pour ses affaires sous les attentes du marché pour son premier trimestre de 2018.

Précisons que ce groupe technologique qui produit des machines de photolithographie pour l’industrie des semi-conducteurs, a décrété une hausse de 16,6% de son dividende. Tandis que les semi-conducteurs peuvent sous-performer le marché cette année, les conditions des sociétés d’équipement de microprocesseurs resteront soutenues, selon Goldman Sachs.

Le Philips nouveau est arrivé

Frederik Philips ne reconnaîtrait plus la société qu’il a fondée en 1891. À l’origine fabricant de lampes incandescentes, Philips est devenue un équipementier médical à part entière. Finis la télévision, les fers à repasser, les friteuses, les machines à laver et autres. Le groupe d’Eindhoven vient encore de réduire davantage sa participation à 19% dans sa division éclairage Philips Lighting. Celle-ci entrera dans la composition de l’AEX 25 le 19 mars prochain en compagnie de ASR Nederland (ex-Fortis NL) en remplacement de SBM Offshore et de Boskalis.

Dans le secteur financier, les analystes ne prévoient pas de miracle. L’ex-division assurance d’ING, NN Group, semble être la valeur qui a le plus de potentiel.

Le Philips nouveau est arrivé. Cela suffira-t-il pour enfin faire décoller son action à la Bourse d’Amsterdam qui évolue depuis des lustres autour de 30-35 euros? Car la concurrence est bien là. Avec Siemens qui s’est aussi dégagé de son activité éclairage (Osram), Fresenius Medical et Agfa-Gevaert pour ne citer qu’eux. Philips prévoit de réaliser une progression de 4 à 6% de ses ventes sur une base comparable à moyen terme en regard de son carnet de commandes bien chargé et une amélioration de 100 points de base de son ebita ajusté.

Le P/E estimé sur la base des bénéfices que réalisera Philips en 2018 est de 19,4, contre 13,9 pour Siemens.

Dans le secteur financier, les analystes ne prévoient pas de miracle. L’ex-division assurance d’ING, NN Group, semble être la valeur qui a le plus de potentiel. Les analystes de JPMorgan Cazenove, les plus optimistes parmi ceux répertoriés par Bloomberg sur cette valeur, ont un objectif de cours de 43,7 euros. Ils justifient leur optimisme sur le fait que l’assureur est bien positionné pour faire remonter du cash à ses actionnaires, grâce à sa forte génération de cash flow. Suite notamment à l’acquisition de Delta Lloyd l’an passé, précisent pour leur part les analystes de Bloomberg Intelligence (BI).

Avec 60% de ses ventes réalisées aux Etats-Unis, Ahold Delhaize est une valeur dollar par excellence.

Parce qu’elle veut d’abord maîtriser l’impact de la nouvelle régulation sur ses performances, la banque ABN Amro, dont les actionnaires attendaient un "extra" au moment de la publication des résultats début février, a récemment déçu les investisseurs en ayant dit préférer se prononcer plus tard dans l’année sur le sujet. Comme ING, ABN Amro se traite en Bourse à 10,8 fois les bénéfices (P/E) attendus cette année.

Avec 60% de ses ventes réalisées aux Etats-Unis, Ahold Delhaize est une valeur dollar par excellence. Ces deux distributeurs qui ont fusionné en 2016 devraient afficher des marges soutenues à court terme, pensent les analystes de BI. Grâce à l’impact des synergies et des réductions de coûts supplémentaires qui devraient lui faire gagner 232 millions d’euros d’ici 2019. Soit l’équivalent de 9% de son bénéfice opérationnel de 2017. Mais, ajoutent ces analystes, Ahold Delhaize fait face à une intense concurrence qui met la pression sur ses prix.

Politique de dividende dopante

Avec une capitalisation boursière plus de 3 fois moins importante qu’AB InBev, Heinekengarde la cote auprès d’une toute grande majorité d’analystes. Certains analystes estiment que l’Europe (40%) occupe encore une place trop grande dans son portefeuille d’activités. Et lui reprochent de n’être pas suffisamment présent sur les marchés de croissance. Ce à quoi tente de remédier le brasseur qui a récemment fait l’acquisition de Kirin au Brésil.

Depuis 2004, le montant du dividende de Heineken est monté de 248%. Le cours de son action a gagné 267% sur cette période!

À l’exception des années de crise comme en 2009, Heineken pratique une politique de hausse continue de son dividende, année après année. De 0,40 euro par action en 2004, ce montant est passé à 1,47 euro (+ 267%) aujourd’hui. Le cours de son action est passé de 25 à 87 euros sur cette période (+ 248%)!

AkzoNobel paraît de son côté correctement valorisé à la Bourse d’Amsterdam. Le groupe envisage de vendre sa division chimie de spécialité. Cette opération fera d’AkzoNobel une société quasi uniquement active dans le secteur de la peinture. Elle fera aussi de ce groupe une proie plus facile à conquérir pour un prédateur, estime Degroof Petercam. Cela ranimera les rumeurs d’OPA. Mais, précise la banque privée belge, cela est déjà intégré dans sa valeur en Bourse.

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