Flop pour la première émission allemande à 30 ans à taux négatif

Angela Merkel, Chancelière. ©REUTERS

L’Allemagne avait l’objectif de vendre de la dette pour un montant de 2 milliards d’euros. Le compteur s’est arrêté à 824 millions d’euros.

Le "jeu" des rendements obligataires négatifs a-t-il atteint ses limites? L’Allemagne avait programmé pour mercredi matin l’émission de la première obligation à 30 ans au monde offrant un coupon zéro. Le pays ambitionnait de lever un montant de 2 milliards d’euros. Mais contre toute attente, les investisseurs, pour l’essentiel des institutionnels, ne se sont pas rués sur ce papier arrivant à échéance en 2050. Investir sans que cela ne rapporte 1 euro à celui qui souscrit durant 30 ans, ce terme a dû indéniablement paraître trop long pour beaucoup de monde.

Le taux négatif de -0,11% ressorti lors de l'émission de ce matin se situe à un niveau inférieur à celui de -0,276% qui avait été atteint sur le marché secondaire des obligations le 15 août.

Résultat des courses, les souscriptions n’ont atteint qu’un montant total de 824 millions d’euros, la Bundesbank prenant à sa charge les deux tiers de la dette proposée. Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne émettait de la dette sans coupon. Mais les échéances de ces dettes n’allaient pas au-delà de 10 ans.

Les experts de la Commerzbank s’attendaient à ce que la demande provienne des assureurs-vie et des macro-investisseurs, malgré l’aplatissement de la courbe des taux ces dernières semaines. Pour eux, les obligations allemandes à long terme restent attrayantes pour les investisseurs américains. Lorsqu’elles sont couvertes contre les fluctuations des changes, elles offrent un rendement d’environ 2,6%, contre 2% sur un bon du Trésor à 30 ans.

Marge de manœuvre réduite pour la BCE?

Le peu d’engouement dont les investisseurs ont fait preuve pour l’émission de mercredi, incite certains observateurs à se demander si les rendements négatifs ne finiront pas par affecter sérieusement à l’avenir l’attrait pour ce papier de long terme. "C’était un test décisif sur la volonté du marché de détenir des Bund à 30 ans avec un coupon à 0%, et il y a eu un manque d’engagement, de volonté, qui est clair", a commenté Matt Cairns, responsable de la stratégie de taux chez Rabobank à Londres et cité par Reuters. Pour Michael Leister, chargé de la stratégie taux auprès de Commerzbank, "la question essentielle est désormais de savoir ce qui va advenir de la demande institutionnelle avec toute la courbe des rendements des obligations allemandes inférieure à zéro".

"C’était un test décisif sur la volonté du marché de détenir des Bund à 30 ans avec un coupon à 0%, et il y a eu un manque d’engagement, de volonté, qui est clair."
Matt Cairns
Responsable de la stratégie de taux chez Rabobank

Cette situation, la Banque centrale européenne (BCE) pourrait bien devoir la prendre en compte. Dans les coulisses des marchés, on prête aux autorités monétaires la possibilité de prendre à la rentrée une série de mesures destinées à revigorer les économies dans la zone euro. Parmi elles, outre une nouvelle baisse du taux de dépôt actuellement fixé à -0,4%, il y aurait une reprise des achats de dettes sur les marchés secondaires. Ces deux mesures à elles seules ont pour effet de mettre la pression sur les rendements obligataires.

La marge de manœuvre de la BCE sera-t-elle plus étroite que ce que d’aucuns pensaient? On en saura davantage sur la question lors de sa prochaine réunion prévue pour le 12 septembre prochain.

Un taux plancher record

Pas de collecte record donc pour l’émission à 30 ans de mercredi. En revanche, le rendement moyen auquel elle a été adjugée a été fixé à un plancher record de -0,11%. Lors de la précédente opération qui s’était déroulée le 19 juin, le taux moyen avait été pointé à + 0,26%.

Précisons tout de même que le rendement négatif ressorti lors de l’opération de mercredi se situe à un niveau supérieur à celui de -0,276% atteint sur le marché secondaire des obligations le 15 août. Ce jour-là, on se rappellera que la courbe des rendements des bons du Trésor américain à 2 et 10 ans s’était inversée durant quelques heures pour la première fois depuis la fin 2015. Cette courbe avait fait craindre un basculement prochain de l’économie américaine dans la récession.

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