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Quelles actions privilégier dans l'ère post-Merkel?

La meilleure protection contre les turbulences politiques ne devrait pas venir du désormais très large indice phare allemand, mais des indices de "mid et small caps".

Interrogé sur la façon dont il gérait son argent, le grand favori des élections, Olaf Scholz (SPD), a répondu qu’il préférait le laisser sur un compte courant. Avec des taux négatifs et une inflation qui font aujourd’hui perdre aux Allemands de 400 à 500 euros par an par tranche de 10.000 euros, cela en dit long sur l’attitude du potentiel futur Chancelier par rapport à la création de richesse via le capital à risque. Les questions financières ont été les grandes absentes dans la campagne des sociaux-démocrates et de leurs adversaires. Le rôle que Scholz a joué en tant que ministre des Finances dans l’effondrement de la société technologique Wirecard et lors de la fraude CumEx dans le secteur bancaire allemand n’a pas entaché sa réputation, au contraire. Pour de nombreux électeurs, ces sujets sont considérés comme trop complexes pour peser dans l’isoloir.

"Au lieu de permettre à de larges pans de la population de participer à la prospérité productive via des incitants fiscaux, un 'je-sais-tout' idéologique comme Scholz qualifie les fonds de retraite des particuliers de 'jouets diaboliques'."
Robert Halver
Analyste chez Beierse Baader Bank

L’attitude de Scholz est typique du scepticisme allemand et de son "Vorsichtprinzip" (principe de précaution) envers la bourse. Depuis 2000 déjà, le nombre de ménages détenteurs d’actions est en baisse. Le Deutsche Institut für Wirtschafsforschung à Berlin a donné une explication dans laquelle de nombreux Belges pourront se retrouver. À l’instar de la société technologique yproise Lernaut & Hauspie en Belgique, les Allemands ont, avec Deutsche Telekom, subi "leur" traumatisme boursier. Le géant des télécoms allemand avait été fortement mis en avant lors de son introduction en bourse en 1996 en tant que "gute-Familienvater" (action de bon père de famille) pour se crasher quelques années plus tard lors de l’éclatement de la bulle des dotcoms. Les Allemands qui ont vu leurs économies disparaître dans la crise ont définitivement tourné le dos à la bourse, révèle l’étude.

Par ailleurs, certains clichés sur la nature du peuple allemand ont la vie dure. Aussi brillants soient-ils en tant qu’industriels, ingénieurs et scientifiques, ils ne sont pas connus pour être de bons investisseurs. "Stupid German Money" est le terme moqueur utilisé autrefois par les patrons de studios de l’industrie cinématographique américaine, qui ont réussi à financer avec de l’argent allemand les projets de films les plus désespérés. Ce cliché comporte cependant une part de vérité. En 2019, l’Université de Bonn a démontré que, depuis 1975, les investissements allemands à l’étranger fournissaient en moyenne un rendement annuel inférieur de respectivement 3 et 5% aux investissements des autres États membres européens et des Américains.

Tout comme les Belges, les Allemands sont connus pour leur taux d’épargne élevé. Sous Merkel, leur appétit pour la bourse ne fut pas important et n’augmentera pas si Scholz devient chancelier, indique Robert Halver, un observateur de la bourse pour la Beierse Baader Bank. "Au lieu de permettre à de larges pans de la population de participer à la prospérité productive via des incitants fiscaux, un 'je-sais-tout' idéologique comme Scholtz qualifie les fonds de retraite des particuliers de 'jouets diaboliques'", explique Halver, connu à Francfort pour la férocité de ses interventions.

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L’indice DAX a connu sa plus grande métamorphose depuis les années 1980, en passant de 30 à 40 membres.

Parallèlement au changement de pouvoir à Berlin, les rapports de force sur la place financière de Francfort devraient également se modifier. Lundi, l’indice boursier allemand DAX a connu sa plus grande métamorphose depuis les années 1980. Le panier de stars est passé de 30 à 40 membres, dans une grande opération d’élargissement qui permet à des start-ups comme Zalando et HelloFresh de se faire une place parmi des géants industriels comme Bayer et Volkswagen . Malgré tout, l’Allemagne ne pourra se débarrasser de son ADN industriel d’un claquement de doigts.

Lorsque lundi dernier - qui aurait dû être un jour faste pour le DAX - les bourses ont fortement chuté, les pertes du panier de stars allemandes cycliques étaient plus importantes que celles des indices plus défensifs. "L’élargissement de l’indice est une bonne chose. Mais investir en Allemagne restera toujours cyclique par définition, ce qui est logique et souhaitable", estime Alexander Domenicus, gestionnaire de portefeuille chez MainFirst, qui gère 5 milliards d’euros dans plusieurs fonds 100% allemands. "Même si on observe ces dernières années une plus grande inclinaison vers la technologique et l’essor de la culture des start-ups, l’Allemagne reste un pays exportateur fortement industrialisé, avec des racines profondes dans la construction mécanique et automobile."

Le cœur industriel allemand attend avec impatience le nouveau vent politique. La coalition la plus probable, qualifiée de "coalition des feux de signalisation" entre le SPD, les verts et les libéraux du FDP, s’annonce comme un gouvernement davantage orienté vers les investissements, mais aussi plus interventionniste. "L’État sera davantage présent par le biais de hausses d’impôts, de relèvement du salaire minimum et d’initiatives pour 'verdir' l’économie", explique Domenicus.

Il s’agit plutôt d’accents politiques. "Un partenaire de coalition comme le SPD libéral laissera au marché le soin de choisir les technologies qui donneront forme à l’économie verte du futur", poursuit le gestionnaire de fonds. "C’est une différence importante par rapport aux verts qui font surtout la promotion de l’électrification et qui souhaitent interdire tous les moteurs à combustion d’ici 2030."

"L’élargissement de l’indice est une bonne chose. Mais investir en Allemagne restera toujours cyclique par définition, ce qui est logique et souhaitable."
Alexander Domenicus
Gestionnaire de portefeuille chez MainFirst

"Le 'verdissement' de l’économie est un thème important bien accueilli par les investisseurs", poursuit Domenicus, "à condition que le pendule ne s’emballe pas. Une taxe sur le CO2 disproportionnée pourrait nuire à la compétitivité et aux sociétés industrielles allemandes et les pousser à délocaliser leur production en Chine où les émissions de CO2 sont moins taxées."

"L’accélération du plan de sortie du charbon, défendue par les verts, peut également mettre la pression sur les sociétés de services aux collectivités cotées en bourse", estime Marco Willner, stratégiste en chef chez NN Group. Ces derniers mois, RWE (une des sociétés leaders mondiales dans le domaine des énergies renouvelables) a fait moins bien que le marché.

Le secteur de la construction et de l’immobilier s’annonce comme un autre champ de bataille possible. La CDU/CSU souhaite supprimer le plafond actuel des loyers appelé "Mietendeckel" et promouvoir l’accès à la propriété. Le bloc de gauche souhaite au contraire un plafonnement plus strict des loyers, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur les géants de la location Deutsche Wohnen et Vonovia, qui préparent une fusion.

"L’arrivée d’un bloc progressiste fort au sein du gouvernement devrait également relancer l’idée d’une taxe sur les transactions financières."
Marco Willner
Stratégiste en chef chez NN Group

"L’arrivée d’un bloc progressiste fort au sein du gouvernement devrait également relancer l’idée d’une taxe sur les transactions financières", poursuit Willner, "avec un impact négatif possible sur les actions des banques et des assureurs".

Le principal épouvantail pour les investisseurs serait une coalition entre le SPD, les verts et le parti encore plus à gauche, Die Linke. "Car dans ce cas, il faudra s’attendre à des nationalisations rapides et à une hausse de la pression fiscale", prévient Domenicus. Le favori Scholz n’exclut pas cette coalition s’il est élu, mais ce n’est pas son scénario de base.

Investir dans le "Mittelstand"

Dans la nouvelle Allemagne politique, le salut des investisseurs devrait donc davantage se situer auprès des PME allemandes et non pas des grandes entreprises du DAX. "Le Mittelstand allemand typique est un territoire peu exploré par les investisseurs", poursuit Domenicus, "même si c’est là que l’on peut faire les meilleures affaires".

3,5
millions
Le nombre d’entreprises allemandes qui appartiennent au Middelstand, soit plus de 99% du total.

Le Mittelstand est le nom générique donné aux petites et moyennes entreprises allemandes qui réussissent et qui sont souvent leaders dans leur niche: des success stories de deuxième et troisième rang et qui, pour la plupart, sont largement négligées. Ces entreprises sont rarement citées dans les médias, mais elles affichent une solide croissance, sont rentables, distribuent des dividendes et créent en permanence de la valeur pour les investisseurs. Elles ont souvent un actionnaire de référence dont la stratégie est axée sur le long terme, un bilan sain et se cachent au sein de petites communautés.

Plus de 3,5 millions d’entreprises allemandes - soit plus de 99% du total - appartiennent à cette catégorie. Le Mittelstand représente la moitié de la richesse allemande, 60% des emplois et 80% des possibilités de formation pour les jeunes. Elles sont connues dans les régions où elles sont actives. Elles sponsorisent souvent des clubs d’amateurs ou des associations et sont dirigées par des familles ancrées dans la politique locale. Mais leur visibilité est souvent réduite auprès des investisseurs internationaux. Tout le monde connaît aujourd’hui BioNTech, le partenaire de Pfizer. Les investisseurs sont moins nombreux à connaître Dermapharm , une "small cap" de Grünwald, en Haute Bavière, qui produit des substances vaccinales pour BioNTech.

Au cours des générations successives, les intérêts s’élargissent et finissent par diverger. "Cela rend le marché boursier de plus en plus intéressant pour les petites entreprises où les actionnaires existants peuvent ainsi monétiser une partie de leurs avoirs", explique Domenicus. "Mais ce ne sont pas nécessairement les entreprises les plus solides qui entrent en bourse. Il est donc indispensable de faire un travail d’analyse."

Ceux qui souhaitent limiter les risques et se diversifier peuvent acheter des "trackers" qui répliquent les indices MDAX (moyennes capitalisations) ou SDAX (petites capitalisations). Il faut cependant garder à l’esprit que ces indices reprennent des entreprises ou des filiales d’entreprises qui ne font pas partie du Mittelstand. Par exemple, un géant sidérurgique comme ThyssenKrupp , qui fait partie du MDAX, n’a pas grand-chose en commun avec une PME. Le MDAX comprend également des institutions financières dont l’appartenance au Mittelstand peut être discutée. Malgré tout, depuis le début de la semaine, le MDAX s'en est rapproché vu que dix de ses membres ont été promus et font désormais partie du DAX.

Cela fait des années que les indices des moyennes et petites capitalisations surperforment leur grand frère. Ces dix dernières années, le SDAX a affiché un rendement moyen de 16,5% par an, contre 10,3% pour l’indice de "mid caps", tandis que l’indice phare n’affichait qu’un rendement de 5,4% au cours de la même période.

Même les grands de ce monde sont convaincus de la force du Mittelstand. Louis Motorrad, une entreprise hambourgeoise de vêtements pour motards, et Wilhem Schulz, un fabricant de raccords de tuyauterie de Krefeld, ont été achetés il y a quelques années par Warren Buffett en personne. "Ces investissements sont plus petits que d’habitude", a indiqué l'oracle d'Omaha. "Mais nous pensons avoir déchiffré le code allemand."

Comment investir dans les "small & mid caps" allemandes ?

Les investisseurs disposent d’un large choix d’ETF qui répliquent les indices allemands MDAX et SDAX. Les principaux sont l’iShares MDAX UCITS ETF et le Lyxor SDAX (DR) UCITS ETF. Ceux qui souhaitent acheter spécifiquement des actions du Mittelstand pourront se tourner vers des fonds plus ciblés comme le Germany Fund de MainFirst et le fonds Mittelstand de Berenberg.

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