"Un bon investissement doit être le plus ennuyeux possible"

Mikael Petitjean, professeur de finances à l'UCLouvain et l'Ieseg à Lille, est l'un des 4 participants vedettes du Rallye Boursier. ©Dieter Telemans

La stratégie d’investissement du professeur de finances Mikael Petitjean est loin de faire grise mine face aux stratégies plus agressives de ses concurrents. Les fonds diversifiés lui permettent d’obtenir un rendement de 2,4%.

Si les trois autres participants vedettes du Rallye Boursier ont opté pour une stratégie plus agressive avec la présence d’actions de croissance ou de biotechs au sein de leur portefeuille, notre quatrième investisseur a préféré une stratégie d’investissement plus défensive. Et il n’a pas à rougir de la performance de son portefeuille. À l’heure de boucler ces lignes, jeudi soir, avec un rendement de +2,37%, Mikael Petitjean se classait 3e parmi nos participants vedettes.

"J’ai constitué mon portefeuille le plus rapidement possible au début du concours et depuis je n’ai plus fait aucune transaction. Du moment où un portefeuille est constitué, il faut laisser le temps au temps", explique le professeur de finances à l’UCLouvain et l’Ieseg en France, qui n’investit que dans des trackers dans la vie réelle et ne compte pas bouger d’un iota son portefeuille durant le concours. Il rappelle: "La bourse n’est pas un jeu, il faut tout faire pour éviter la banqueroute et pour cela il faut diversifier son portefeuille et allonger le plus possible son horizon d’investissement, à au moins 10 ans."

Fonds diversifiés ISR

Nos quatres participants vedettes cette année. De gauche à droite: Fanny Jandrain, Marc Collet, Mikael Petitjean et Nathanaël Dumortier. ©Dieter Telemans

Le portefeuille de Mikael Petitjean applique une stratégie dite de "cœur satellite", c’est-à-dire un cœur investit principalement en fonds diversifiés en actions et un satellite de 20% de l’entièreté du portefeuille qui est investi dans des actions spécifiques. "Puisqu’il n’y a pas de trackers dans le jeu et qu’on ne peut pas investir plus de 10% de la valeur du portefeuille dans un actif, j’ai donc été contraint d’acheter plus de 10 lignes. Au total, j’ai 70-75% de mon portefeuille composé de fonds diversifiés ISR, c’est-à-dire socialement responsables, 15-20% investit en actions et 10% de cash", détaille notre participant vedette, qui espère pouvoir bénéficier d’une correction boursière pour investir le cash restant.

Les fonds qui composent son portefeuille sont tous labellisés "ISR" et ont donc une bonne performance en matière environnementale, sociale et de gouvernance. "Il n’existe plus de différence significative en termes de rendement entre des fonds diversifiés classiques et des fonds diversifiés ISR", pointe l’investisseur, qui constate que les fonds au sein de son portefeuille ont mieux performé que les actions qui le composent.

Il n’existe plus de différence significative en termes de rendement entre des fonds diversifiés classiques et des fonds diversifiés ISR.
Mikael Petitjean
participant vedette du Rallye Boursier

Actions "value" et "momentum"

"J’ai appliqué deux facteurs de risques pour déterminer quelles actions choisir: le facteur de risque value (actions sous-valorisées, dites de rendement, NDLR) et le facteur de risque momentum (des actions qui ont bien performé par rapport à leurs pairs dans le passé et qui ont tendance à continuer à performer, NDLR). Je n’ai donc pas acheté par coup de cœur, j’évite de tomber dans ce biais comportemental." 

Les actions "satellites" que notre investisseur a achetées et qui répondent donc à ces deux critères sont Biogen , Axa , Saint-Gobain , Michelin et Signify ."Mais je constate que ces titres n’ont pas super bien performé. Les facteurs de risque (value et momentum, NDLR) jouent sur le court terme. Il faut plus de temps, car ce sont des facteurs de risque intéressants sur, au minimum, le moyen terme", explique le professeur de finances, qui tient à rappeler "qu’il faut savoir investir en bon père de famille et donc éviter la banqueroute. Pour cela, il faut éviter les expositions sur des titres spécifiques. Un bon investissement doit être le plus ennuyeux possible", conclut-il.

L’avis du coach Youry Huygen (L’Investisseur)

Alors que nos trois autres participants vedettes ont clairement opté pour le "stockpicking", à savoir le choix de valeurs individuelles (parfois plus risquées), le professeur de finances Mikael Petitjean applique vraisemblablement la politique d’investissement qu’il se doit d’inculquer à ses étudiants.

Les principes d’investissements proposés sont pleins de sagesse. Pensons à l’horizon de placement de 10 ans pour un investissement en actions, "laisser le temps au temps" ou encore éviter les banqueroutes (cf. la chute d’Asit Biotech en début du concours boursier qui a fait mal à beaucoup de participants).

Et puis, il y a son choix pour les fonds SRI. Sur une longue durée, ces fonds (ou trackers) "durables ou éthiques" performent mieux que les fonds d’actions classiques. Le fameux "green deal" qui vient d’être proposé par la Commission européenne devrait sans aucun doute tirer davantage vers le haut les entreprises qui jouent à fond la carte du durable et du socialement responsable. Le choix du professeur Petitjean pour les fonds SRI est donc logique… mais plutôt sur une longue durée.

Étant donné que le portefeuille est déjà composé à près de 90% (dont surtout 80% de fonds indiciels) et que notre participant vedette ne compte pas le modifier, la performance de ce portefeuille sera à peu de chose près équivalente à l’évolution des marchés sur la durée de ce concours. Mikael Petitjean ne quittera donc pas sa zone de confort pour aller à la recherche des "perles rares".

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