A contre-courant, le fonds d'actions Agressor conserve 20% de liquidités

Guillaume Dalibot, gestionnaire de fonds et gérant d'Échiquier Agressor. ©Christophe Majani D'Inguimbert

Agressor, le premier et principal fonds du gestionnaire de patrimoine français La Financière de l’Échiquier, n’a pas usurpé son nom. Même si pour l’instant, il mise plutôt sur la prudence: "Nous gardons 20% de cash", explique son gestionnaire, Guillaume Dalibot.

La Financière de l’Échiquier (LFDE) a été créée à Paris en 1991 par l’analyste financier Didier Le Menestrel, qui en assure toujours la direction. Aujourd’hui, le gestionnaire de fonds est actif dans neuf pays et gère 8,8 milliards d’euros d’actifs, répartis sur 17 fonds d’investissement. En France, LFDE occupe la 5e place du classement des gestionnaires de patrimoine indépendants. Lors du séminaire annuel dédié aux médias et organisé dans la capitale française, le fonds Agressor s’est retrouvé sous les projecteurs. Le portefeuille d’Agressor – le premier fonds lancé par LFDE – est investi uniquement en actions. Même si sa composition a beaucoup évolué au fil des ans, sa philosophie de base n’a pas changé.

12,7%
Depuis sa création en 1991, le fonds Agressor a réalisé un rendement annuel moyen de 12,7%.

Pour faire mieux que le marché, le fonds Agressor adopte une position contrariante: l’équipe de gestion se positionne à l’opposé du consensus général et essaie de détecter des "anomalies". Exemple: les entreprises qui sont délaissées par les investisseurs parce qu’elles ont annoncé de mauvaises nouvelles, mais qui sont en train de prendre un virage à 180° sans que le marché n’ait intégré ce revirement.

Volontariste

Cette approche "contrariante" est clairement visible dans "l’active share", c’est-à-dire le pourcentage du portefeuille qui s’écarte de son indice de référence. Chez Agressor, cet "active share" se monte à pas moins de 95,6%!

"Nous croyons fermement que les intérêts du management et ceux des actionnaires convergent."
Guillaume Dalibot
Gestionnaire de fonds

Autres principes appliqués par le fonds: l’opportunisme et la réactivité du gestionnaire. Pas de règles impératives à respecter: "stock picking" est le mot d’ordre. En termes de secteurs et de pays, Agressor dispose d’une liberté totale, si ce n’est que les entreprises doivent être européennes.

Gouvernance

Principe suivant: l’importance accordée à la gouvernance. Pour être prises en considération, les entreprises doivent être bien gérées. "Nous accordons beaucoup d’importance à la gouvernance, souligne Guillaume Dalibot, gestionnaire du fonds Agressor de La Financière de l’Échiquier. "Nous croyons fermement qu’il y a convergence entre les intérêts du management et ceux des actionnaires". Deux exemples d’investissements réussis dans des entreprises ayant connu un changement de management: le grossiste français en matériel électrique Rexel et le spécialiste néerlandais de l’éclairage Philips Lighting.

L’objectif sous-jacent qui justifie cette liberté totale – "sans philosophie d’investissement" – est de réaliser de (bons) résultats, quelles que soient les conditions du marché. Détail amusant: le nom du fonds, Agressor n’était au départ qu’un sobriquet. Vu la réussite de son approche volontariste, le surnom est resté et fait aujourd’hui la fierté de l’équipe.

Sur la liste

Comment le fonds fonctionne-t-il concrètement? Guillaume Dalibot et son équipe commencent par appliquer plusieurs filtres quantitatifs, comme un seuil minimum en termes de capitalisation boursière, ce qui laisse encore quelque 2.000 entreprises "candidates". Ils étudient ensuite plusieurs ratios de valorisation et la dynamique des entreprises, mais aussi des facteurs qualitatifs comme l’actionnariat, le management, la composition et le fonctionnement du conseil d’administration, ainsi que l’évolution des secteurs. L’équipe aboutit ainsi à une liste d’une cinquantaine d’actions. LFDE soumet ensuite ces entreprises à une analyse fondamentale, suivie par la décision d’investir ou non dans l’action. Sa propre base de données – Phoenix – joue un rôle important dans la sélection.

échiquier agressor

· Taille du fonds: 1.282,6 millions d’euros

· Rendement depuis début 2017: 9,6%

· Frais courants: 2,79%

· Code ISIN: FR0010321802

· Principales positions: Volkswagen, Eiffage, Peugeot, CNH Industrial, Rexel, Altice, Smurfit Kappa, Alstom, Altran Technologies et UniCredit

Lorsqu’une entreprise semble intéressante, LFDE contacte le management. "Ces contacts améliorent notre relation avec l’entreprise et permettent, le cas échéant, d’éliminer les discordances entre la conception du marché et la réalité, générant ainsi des opportunités d’investissement", explique Guillaume Dalibot. Lorsqu’une entreprise se retrouve dans le portefeuille, les contacts s’intensifient. "Nous essayons de comprendre la vision stratégique de chaque entreprise et de nous mettre à la place du management. Pour obtenir une image complète de l’environnement stratégique, nous contactons également les fournisseurs, les clients et les distributeurs."

En redressement

Au final, 30 à 40 entreprises se retrouvent dans le portefeuille. Les dix principales lignes – les "core conviction weightings" – représentent 40 à 45% du fonds. Lors de la composition du portefeuille, Guillaume Dalibot essaie de miser sur quelques "tendances prospectives", par exemple des entreprises en voie de redressement.

Un bel exemple est Volkswagen. Après le "dieselgate" en septembre 2015 et suite à l’ampleur du scandale, le constructeur automobile a été "lâché" par de nombreux investisseurs. LFDE a laissé passer l’orage calmement et a analysé l’action au début de cette année. "Notre conclusion, c’est que oui, ils ont commis de grosses erreurs, mais certains signes indiquent qu’ils veulent véritablement changer les choses. Le plus important pour nous fut le maintien à son poste de Herbert Diess, un ancien de BMW qui a rejoint VW au milieu de 2015, et son mandat de redresser Volkswagen ."

Gagnants structurels

Un deuxième facteur déterminant dans la sélection d’une action, c’est le concept de "gagnants structurels". En d’autres termes, il s’agit d’entreprises bénéficiant de solides perspectives de croissance grâce à des avantages concurrentiels qui ne sont pas entièrement intégrés par le marché. Ryanair en est peut-être le meilleur exemple: "La compagnie aérienne continue à être rentable, quoi qu’en pense le marché. L’entreprise irlandaise a par ailleurs mauvaise réputation auprès des investisseurs, ce qui maintient l’action à des niveaux de valorisation raisonnables."

Dernier facteur important pour Agressor: les changements prometteurs dans la gouvernance. Ainsi, l’arrivée d’un nouveau CEO "à l’excellent palmarès" à la tête de Rexel fut décisive et l’action s’est retrouvée dans le portefeuille. Autre exemple, la fusion des activités ferroviaires de Siemens et d’Alstom , qui offre de belles opportunités de croissance, rend le groupe français à nouveau attrayant.

Reste la question de savoir si la stratégie d’Agressor fonctionne. À long terme – l’horizon de placement du fonds est de cinq ans – les résultats sont positifs. Depuis sa création en 1991, le fonds affiche un rendement annuel moyen de 12,7%, soit plus du double de son indice de référence – le MSCI Europe Total Return – qui n’affiche guère plus de 5,5% par an. Depuis le début de l’année, le rendement d’Agressor est de 9,6%.

Mais que se passera-t-il s’il devient plus difficile de trouver des opportunités d’investissement sur les marchés que nous connaissons aujourd’hui, en d’autres termes, qui flirtent avec les sommets? "Nous ne devons pas être obligatoirement investis à 100%. Nous pouvons détenir jusqu’à 40% de liquidités. Aujourd’hui, nous en sommes à 20%", nous répond le gestionnaire.

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