1

Battre l'indice MSCI Monde en investissant dans 41 actions

David Dudding, gestionnaire du Global Focus Fund de Threadneedle. ©Sofie Van Hoof

Pour les gestionnaires du Global Focus Fund de Threadneedle, la "valeur" est plus importante que la croissance. Mais comme toujours, il s’agit de faire le bon choix.

Prenons l’exemple d’une grande entreprise qui jouit d’une marque forte et possède un excellent management, mais qui est sous-évaluée par le marché. Sa croissance est dans ce cas un facteur moins important que sa position sur le marché et un rendement durable. C’est le cas de la banque indienne HDFC. "En fait, nous ne sommes pas vraiment intéressés par les banques", explique le gestionnaire de fonds David Dudding, d’un air pince-sans-rire, lors d’une présentation qu’il a faite à Bruxelles face à des investisseurs et quelques jeunes loups d’une banque belge. Les banques sont en effet un peu trop cycliques à son goût. Avec une pondération de 19%, les valeurs financières sont pourtant les mieux représentées dans le fonds, après la technologie (33%). Mais il s’agit en fait d’assureurs (AIA) et de fournisseurs de services financiers (S&P Global), non pas de banques européennes ou américaines. Par contre, on y trouve donc une banque indienne.

HDFC est une banque privée qui gagne systématiquement des parts de marché dans le segment des prêts hypothécaires, au détriment des banques publiques et ce, au sein d’une des économies les plus dynamiques au monde. La banque investit beaucoup dans le numérique, ce qui lui permet de réduire ses coûts et de fidéliser les clients. D’après les estimations, le ratio coûts/bénéfice devrait passer de 49,6% en 2013 à 36,7% en 2019. La notoriété de HDFC est en constante augmentation et le groupe profite de la vigueur de l’économie indienne, ce qui a permis d’afficher ces dernières années un ROE (Return on Equity ou rendement des capitaux) de plus de 18%. Par ailleurs, sa gamme de produits est très diversifiée.

La banque indienne répond aussi aux différents critères que David Dudding et son équipe utilisent pour sélectionner les actions: des actifs immatériels, comme les brevets ou la notoriété de la marque qui compliquent la tâche des nouveaux entrants potentiels, un avantage concurrentiel et un effet réseau (la valeur augmente lorsque plus de clients achètent les services ou produits). HDFC ne devrait pas souffrir rapidement de "disruption" et elle est en bonne voie pour jouer un rôle de plus en plus important dans le secteur bancaire indien.

Plus généralement, David Dudding indique que le fonds "cherche des entreprises qui jouissent d’un avantage concurrentiel, génèrent de généreux cash-flows et arrivent à maintenir leurs prix. Nous passons au crible les marchés mondiaux, sans être limités par les frontières ‘artificielles’ entre les pays et les régions. Nous pouvons ainsi investir dans les meilleures entreprises du monde", explique-t-il.

Il s’agit dès lors de trouver des entreprises de qualité, qui s’appuient sur un modèle opérationnel solide et offrent un rendement élevé à long terme. Le tout à un prix acceptable, ce qui est loin d’être évident aujourd’hui. Malgré tout, les gestionnaires s’en tiennent à leur ligne de conduite, à savoir, acheter avec une décote importante par rapport à la valeur intrinsèque de l’action.

Les cinq forces de Porter

David Dudding et son équipe font pour cela appel au modèle "Porter’s Five Forces": la menace potentielle de nouveaux entrants, la qualité des clients, le danger de "disruption", le pouvoir des fournisseurs et la position concurrentielle. Pour limiter les risques, les gestionnaires choisissent des entreprises dans tous les coins du monde et qui sont actives mondialement (Alphabet, Mastercard) ou sur d’importants marchés (HDFC en Inde, AIA en Asie du sud-est). Avec une sélection limitée à 41 actions, le Global Focus Fund est convaincu de couvrir la totalité du spectre. En fait, les gestionnaires se diversifient en investissant dans de nombreux secteurs. Sur le plan géographique, les actions nord-américaines sont surpondérées (58%), tandis qu’au niveau sectoriel, les actions technologiques dominent clairement (33%).

Mais David Dudding nuance en ce qui concerne la pondération géographique. "Ce qui nous intéresse d’abord, c’est l’endroit où les entreprises réalisent leur chiffre d’affaires, moins le pays où leurs actions sont cotées." De fait, on constate que, même si le fonds Global Focus se compose à 58% d’actions "américaines", "seuls" 39% des revenus de ces entreprises proviennent de cette région. Autre exemple: le fonds est investi pour à peine 6% dans des entreprises de pays émergents, mais les 41 sociétés du portefeuille réalisent 20% de leurs revenus sur ces marchés. En d’autres termes: la diversification sectorielle et géographique s’applique galement à l’origine du chiffre d’affaires.

Battre l’indice de 4%

Le benchmark du fonds est l’indice MSCI AC World, qui comprend logiquement des actions de croissance d’entreprises traditionnelles européennes, américaines et japonaises. La répartition géographique du fonds Global Focus est assez comparable à celle de l’indice MSCI World. On ne constate de divergences importantes qu’avec le Royaume-Uni (10% du fonds, contre 6% de l’indice), l’Europe continentale (10% versus 15%) et le Japon (3% versus 8%). Ces différences disparaissent lorsqu’on analyse l’origine des revenus.

fiche technique
fiche technique
  • Le Global Focus Fund ne comprend que 41 actions, contre 2.474 pour son benchmark, l’indice MSCI AC World. En cinq ans, le fonds a affiché un rendement moyen annuel de 13,9%, soit 1,2% de mieux que son indice de référence.
  • Les actions restent en moyenne 3,3 ans en portefeuille. Les 10 principales positions représentent 43,2% du portefeuille, avec Alphabet en première ligne (5,5%).
  • Le fonds a été lancé en mars 1993 et est dirigé par David Dudding depuis avril 2013. Il comptabilise 355 millions de dollars d’actifs sous gestion et est "domicilié" au Luxembourg.
  • 39% du chiffre d’affaires des entreprises du fonds sont réalisés en Amérique du Nord, 20% sur les marchés émergents et 16% en Europe. Le secteur technologique représente 33% du portefeuille, contre 19% pour les services financiers.

Le fonds s’écarte par contre sensiblement de l’indice MSCI World en termes de secteurs. Sa position dans le secteur technologique (33%) est presque deux fois plus importante que celle de l’indice (18%). Idem pour les biens de consommation non durables (17% versus 9%). Plus encore: le fonds n’a en portefeuille aucune entreprise active dans les secteurs des télécoms, des services aux collectivités, et – même si c’est étonnant! – de l’immobilier. Cela s’explique en grande partie par le fait que ces trois secteurs sont très "locaux", ce qui n’est pas du goût de David Dudding.

L’ambition du Global Focus Fund est de battre chaque année de 4% son indice de référence sur une période de cinq ans. Objectif qu’il n’a pas atteint ces quatre dernières années, à cause de résultats décevants en 2016. Depuis l’arrivée de David Dudding au poste de responsable du portefeuille en mars 2013, le fonds affiche cependant un rendement de 12,7%, soit 3% de mieux que l’indice. L’an dernier, le fonds a fait moins bien que l’indice (16,9% versus 19,3%), à cause de la sous-valorisation fin 2016 de nombreuses sociétés du portefeuille qui, depuis lors, ont rattrapé leur retard.

Conséquence logique des choix stratégiques de David Dudding et de ses collègues: pas de vente ni d’achat précipité d’actions. Les positions restent en moyenne en portefeuille pendant 3,3 ans. Mais s’il faut vendre, il n’y a aucune hésitation. "Nous pouvons décider de vendre par exemple en cas de changement de stratégie ou de politique malheureuse sur le plan des M & A", explique David Dudding. Par exemple, The Walt Disney Company, qui a rejoint le portefeuille en 2012, a été vendue trois ans plus tard. Les gestionnaires appréciaient la notoriété de la marque et l’excellence des contenus. Mais la baisse de la demande de télévision par câble et la perte de sa position concurrentielle en raison de la progression des médias en ligne, ont pesé lourdement dans la décision. Ce qui n’en fait pas pour autant un mauvais investissement: pendant sa présence dans le portefeuille, l’action est passée de 40 à 110 dollars. Depuis lors, elle oscille aux alentours de 100 dollars.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content