Carmignac Patrimoine met le cap sur la Chine

La principale position chinoise de Carmignac Patrimoine est JD.com, la deuxième plus grande société d’e-commerce du pays. ©YFC / Costfoto/Sipa USA

Cela fait près de deux ans que les deux successeurs d’Edouard Carmignac sont à la barre du fonds amiral Carmignac Patrimoine, présent dans de nombreux portefeuilles belges. Le tandem croit beaucoup à la Chine, s’attend à un recul du dollar et mise sur la hausse de l’or.

Depuis sa création il y a 30 ans, le fonds d’investissement mixte Carmignac Patrimoine a généralement tenu ses promesses, mais il a aussi connu quelques revers. Le dernier date de 2018 lorsque le fonds ne s’est pas montré à la hauteur au moment de la correction qui a touché les marchés d’actions au quatrième trimestre. Une correction due à l’ouverture des hostilités avec la Chine par le président américain Donald Trump, au ralentissement de l’économie et à la crainte que la Réserve Fédérale n’augmente les taux trop rapidement.

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Suite à ce fiasco, Édouard Carmignac a fait un pas de côté après 30 ans de gestion du fonds, pour devenir Chief Investment Officer et pour mettre son expérience au service du comité d’investissement stratégique. En janvier 2019, il a passé le flambeau à un duo franco-américain. David Older est devenu responsable des actions et Rose Ouahba est en charge des obligations. «Après 2018, nous avons décidé de nous recentrer sur nos points forts et d’apprendre des erreurs du passé. Nous avons passé à la loupe les domaines dans lesquels nous excellions et ceux où nous pouvions nous renforcer», explique Rose Ouahba.

La crise du coronavirus a servi de test grandeur nature aux gestionnaires. «Lorsque la pandémie a frappé l’Italie avec la force que l’on sait et alors que personne ne savait à quoi s’attendre, nous avons réduit notre exposition aux actions à un niveau proche de zéro pendant la première quinzaine de mars. Ensuite, lorsque nous avons vu la réaction des banques centrales, nous avons à nouveau augmenté notre exposition aux actions. Aujourd’hui, elles représentent un peu plus de 40% de notre portefeuille», explique David Older.

Le gestionnaire mise sur des secteurs comme internet, la technologie, les infrastructures de réseaux et le cloud computing. La crise du coronavirus a accéléré la percée de ces secteurs, qui affichent d’excellents résultats. «Je suis convaincu que cette tendance ne disparaîtra pas. Il suffit de voir ce qui se passe dans le monde: les achats en ligne explosent et les services de paiement suivent. Dans certains cas, nous avons donc élargi nos positions.»

La Chine est également plus présente dans le portefeuille. «Dans le passé, la Chine représentait de 4 à 5% du portefeuille d’actions. Lorsque nous avons vu l’efficacité de la réaction chinoise à la pandémie, nous avons doublé notre exposition», poursuit Older.

Il est remarquable de constater qu’il investit surtout dans des entreprises actives sur le marché domestique chinois, dans des secteurs comme l’e-commerce, les soins de santé et les voitures électriques. La principale position chinoise de Carmignac Patrimoine est JD.com, la deuxième plus grande société d’e-commerce du pays après Alibaba. Dans les soins de santé, le fonds a investi dans le producteur de vaccins Chongqing Zhifei Biological Products et Ping An Good Doctor, une entreprise qui met en contact médecins et patients via leur smartphone.

Europe

En Europe, Older a investi il y a quelques semaines dans des entreprises des secteurs du tourisme et du voyage. Il cite Amadeus, une plateforme de réservation de billets d’avion, l’exploitant d’aéroports Aena, présent en Espagne, mais aussi très actif en Amérique du Sud, et Booking Holdings, la maison mère de Booking.com. Le gestionnaire comptait sur une reprise de ces actions en cas de nouvelles positives concernant un vaccin, ce qui s’est effectivement produit le 9 novembre lorsque Pfizer et BioNTech ont annoncé que leur vaccin contre le coronavirus était efficace à plus de 90%. Depuis, ces actions ont d’ores et déjà enregistré une reprise significative.

«En période difficile, les entreprises ont tendance à réduire leur dividende et leurs investissements, mais elles continuent à rembourser leurs dettes.»
ROSE OUAHBA
gestionnaire de fonds Chez cARMIGNAC

Du côté obligataire – le ratio actions-obligations se situe en général autour de 40/60 –, la réaction à la crise fut totalement différente. «Nous avons décidé d’augmenter notre exposition aux obligations, en particulier aux obligations d’entreprises», explique Rose Ouahba. «Les valorisations étaient alors très intéressantes. À un moment donné, les entreprises travaillent toujours pour les détenteurs de leurs obligations. En période difficile, elles ont tendance à plutôt réduire leur dividende et leurs investissements, mais elles continuent à rembourser leurs dettes.»

Carmignac Patrimoine mise également sur les cours de change. «Les cours de change font naturellement partie de notre stratégie d’investissement», poursuit Ouahba. «Cette année, nous nous sommes solidement penchés sur la gestion des risques. Nous avons par exemple entièrement couvert notre exposition au dollar. Nous n’excluons pas qu’il perde du terrain l’an prochain.»

Si c’est le cas, certaines devises de pays émergents pourraient devenir intéressantes, précise Ouahba, qui cite comme possibilité le peso mexicain et le renminbi chinois. Elle s’intéresse aussi aux obligations chinoises. Le renminbi augmente et les taux chinois sont intéressants par rapport au reste du monde.

Le fonds amiral de la maison Carmignac est aussi très présent dans l’or. Non pas en or physique – ce qui n’est pas autorisé – mais dans les mines d’or. Près de 8% du portefeuille d’actions sont investis dans des groupes aurifères. Ouahba pense que le prix de l’or – qui a franchi pour la première fois le cap de 2.000 dollars l’once au troisième trimestre – devrait poursuivre sur sa lancée. Pour justifier sa position, elle se réfère à la politique ultra souple des banques centrales, à la forte augmentation des déficits publics et aux gigantesques mesures de relance qui devraient ralentir l’inflation. Cette situation – qui pourrait durer plusieurs années – devrait soutenir le cours du métal jaune.

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