David Ross (Echiquier World Equity Growth): "L'Europe est une catastrophe en devenir"

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Obtenir en 2018 un rendement de 12,6% peut être considéré comme une prouesse. C’est pourtant le résultat de David Ross avec son fonds Echiquier World Equity Growth. Mais il tire à boulets rouges sur l’économie européenne.

A la Financière de l’Echiquier (LFDE), ils sont trois à gérer le fonds d’actions Echiquier World Equity Growth: l’Américain David Ross, le Bolivien Rolando Grandi et le Français Louis Bersin. David Ross, qui peut se targuer d’un impressionnant palmarès, a joué un rôle clé dans le succès du fonds. En bref, le fonds investit dans des actions du monde entier, pour autant qu’il s’agisse d’entreprises affichant une stratégie de croissance claire, qu’elles soient leaders de leur secteur et pleinement investies dans l’innovation. Il s’agit par ailleurs d’un "conviction fund", en d’autres termes, d’un fonds dont chaque position a été choisie sur la base de convictions, sans restriction régionale ou sectorielle.

Au cours d’une journée médias organisée récemment à Paris à l’intention des journalistes, David Ross a expliqué pourquoi il ne choisissait que des sociétés leaders de leur marché. "Partout dans le monde, les grandes entreprises bénéficient d’un avantage concurrentiel, stimulent la croissance mondiale en misant sur les méga tendances et, grâce à la forte croissance de leurs résultats, elles offrent des valorisations intéressantes sur le long terme." Parmi les principales positions du fonds, on trouve Microsoft et Amazon, mais aussi l’assureur chinois Ping An, la société de logiciels d’entreprises Salesforce, le spécialiste en paiements digitaux Visa et la société chinoise de commerce en ligne Alibaba.

"Je viens de visiter Microsoft et je n’avais plus vu une telle énergie depuis les années 80-90, lors du lancement de Windows."

David Ross ne tarit pas d’éloges à propos de Microsoft, qui a récemment raflé à Apple le titre très convoité d’entreprise américaine la plus valorisée. Dans le passé, la firme cherchait surtout à vendre un maximum de produits ("unit sales"), souligne-t-il. Avec l’arrivée de Satya Nadella au poste de CEO, la société se focalise aujourd’hui sur les utilisateurs ("users"). "La question que Microsoft se pose aujourd’hui, c’est ce qu’il faut faire pour attirer davantage d’utilisateurs vers sa plate-forme." Le géant américain a trouvé un nouveau souffle. "J’ai visité l’entreprise il y a quelques semaines et je n’avais plus vu une telle énergie depuis les années 80-90, au moment du lancement du système d’exploitation Windows." Il souligne également la position centrale de Microsoft dans le segment des données et son rôle de précurseur en matière d’intelligence artificielle (IA). "L’IA va changer notre façon de faire des affaires et les grandes entreprises qui rateront le train auront du mal à survivre."

22 entreprises

Pour pouvoir prétendre à une place au sein du portefeuille de World Equity Growth, les entreprises doivent répondre à des conditions très strictes. Seules sont éligibles les sociétés dont la capitalisation boursière se monte au moins à 10 milliards d’euros et dont le chiffre d’affaires est supérieur à 5 milliards d’euros. Il peut s’agir aussi bien d’entreprises actives au niveau mondial que de leaders régionaux de pays émergents. De plus, elles doivent afficher une croissance annuelle – réelle ou attendue – de plus de 8%. Ces filtres quantitatifs permettent de dégager une "liste d’attente" de près de 300 sociétés, qui sont ensuite soumises à un screening qualitatif, avec des questions portant sur l’innovation "disruptive", leur leadership, la crédibilité de leurs estimations de croissance et leur avantage concurrentiel. Suite à ces tests, l’équipe dégage une liste de 125 candidats potentiels, parmi lesquels elle ne retiendra finalement que 20 à 30 actions.

Cinq jours pour une bonne action

Quelques années après la création de La Financière de l’Échiquier, Didier Le Ménestrel, le président actuel, a décidé de faire quelque chose en retour pour la société. "On ne peut manger que trois fois par jour", a-t-il expliqué en marge de la journée consacrée aux médias. La première étape a consisté à soutenir une association luttant contre l’illettrisme. "À l’époque, j’avais de jeunes enfants et j’étais sensible à cette problématique."

En 2001, soit dix ans après la création de l’entreprise, la "Fondation Financière de l’Échiquier" a vu le jour. Elle est dirigée par la sœur de Didier Le Ménestrel et participe à de nombreux projets sociaux. Qu’ils s’agisse de promouvoir le sport auprès de jeunes vivant en ville, d’aider des anciens détenus à se réinsérer dans la société ou encore de soutenir des associations comme "Espérance Banlieues", une organisation qui construit des écoles primaires indépendantes dans les banlieues françaises.

Depuis 2010, la Fondation a développé son propre programme sous l’appellation "Maisons des Jeunes Talents", destiné aux jeunes moins fortunés désirant poursuivre leurs études dans les meilleures écoles françaises, avec hébergement gratuit et accompagnement sur mesure pendant les prépas. Ces "prépas" (officiellement CPGE ou classes préparatoires aux grandes écoles) permettent aux jeunes de se préparer aux examens d’entrée de plusieurs grandes écoles, comme polytechnique, Saint-Cyr ou HEC.

À souligner également: LFDE autorise ses collaborateurs à consacrer cinq jours par an à des projets utiles à la société. Pendant qu’ils réalisent ces "bonnes actions" – dans le cadre de projets choisis par la Fondation – ils perçoivent leur salaire habituel. Ces missions sociales peuvent être très variées: aider les enfants des banlieues à lire, aider les jeunes à poser leur candidature pour un premier emploi, repeindre des locaux pour des étudiants, passer une journée avec les SDF dans le quartier de La Défense à Paris, etc.

À l’heure actuelle, David Ross et son équipe n’en sont qu’à 22 entreprises. C’est la conséquence des critères de sélection très stricts et de leur volonté de se concentrer sur les leaders du marché. Mais c’est aussi un choix stratégique. Ce petit nombre d’actions ne constitue-t-il pas potentiellement un danger? "C’est dangereux si vous vous trompez d’entreprise. À une époque, j’ai géré un fonds qui comprenait 35 positions. Jusqu’à ce que je me rende compte que je pouvais faire mieux avec moins." En limitant le nombre de positions, leur pondération est logiquement plus importante, c’est-à-dire entre 3 et 9%. Les dix principales positions représentent de 50 à 60% du portefeuille. Mais cette pondération évolue en permanence. "Nous adaptons constamment nos positions sur la base du potentiel de chaque action."

Le portefeuille actuel compte 60% d’actions américaines. "Nous allons là où se trouve la croissance. S’il ne tenait qu’à moi, le poids des actions américaines pourrait même être plus élevé, jusqu’à 100% si nécessaire." Les entreprises en portefeuille réalisent cependant près de la moitié de leur chiffre d’affaires en Asie et près d’un tiers en Amérique du Nord.

Pit lane

À noter que le fonds n’est que très peu investi en actions européennes. Le vilain petit canard du moment est ASML, la société technologique néerlandaise qui produit des machines pour la fabrication des puces électroniques.

La faible représentation des entreprises européennes s’explique surtout par l’économie du Vieux Continent, envers lequel David Ross n’est pas tendre. "Europe is a disaster waiting to happen", déclare-t-il sans état d’âme. Pour montrer le manque de ressort de l’économie européenne par rapport à la Chine et aux États-Unis, David Ross les compare à une course de Formule 1: "La Chine s’est hissée très rapidement à la première place, qu’elle occupe toujours, mais commence à ralentir. Les États-Unis sont juste derrière. Ils ont dû s’arrêter au stand pour changer de pneus, faire le plein et ont ainsi perdu un peu de terrain. L’Europe par contre n’a pas encore compris que la course avait démarré et s’est retirée dans le pit lane."

Pour l’instant, il n’est pas question de reprise pour l’économie européenne, au contraire, car la croissance ralentit. Deux moteurs importants ont des ratés: l’économie allemande et le secteur automobile. "Les Chinois achètent moins de voitures. Vous ne pouvez donc plus compter comme avant sur le secteur automobile pour tirer l’économie européenne." David Ross indique qu’il n’attend aucune éclaircie en Europe en 2019, à cause de la longue liste d’incertitudes, comme le Brexit, les problèmes budgétaires italiens, l’affaiblissement de la position de Merkel, le resserrement de la politique monétaire par la BCE et les problèmes liés à la guerre commerciale de Trump. "Je ne vois aucune bonne raison d’investir en Europe."

Lorsque nous rappelons à David Ross qu’il vit et travaille en Europe, il nuance quelque peu ses propos: "J’aime bien l’Europe et on y trouve sans aucun doute d’excellentes entreprises, mais leur croissance est plutôt modérée et ce n’est pas ce que je recherche. Seules quatre entreprises européennes se trouvent sur notre liste d’attente."


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