Fonds: Forte croissance des investissements durables

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D’après une enquête de la rédaction, les principaux acteurs du secteur en Belgique ont enregistré en trois ans une hausse de 72% des actifs sous gestion investis durablement.

Les investissements durables représentent en Belgique un secteur en forte croissance dans un marché qui n’a généralement pas la vie facile, en particulier si l’on songe au succès des investissements passifs, à la pression sur les rémunérations des gestionnaires et au renforcement des réglementations.

Notre tableau illustre l’importance des investissements durables auprès des gestionnaires de patrimoine qui sont ou étaient liés à une des quatre grandes banques belges et auprès de Degroof Petercam AM. S’il n’existe pas de définition officielle de l’investissement durable, il dépasse toutefois, sans exception, le seul respect d’une liste noire. En Belgique, c’est d’ailleurs plus ou moins le cas de tous les fonds, suite à l’application de la Loi Mahoux sur les armes controversées.

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Chez Candriam, la part de marché des investissements durables est particulièrement élevée: les 28 milliards d’euros d’investissements durables représentent aujourd’hui 26% du total des actifs sous gestion, contre 22% en 2014. "La croissance de l’ensemble du marché est assurée par les investisseurs institutionnels. C’est le cas chez nous comme chez nos concurrents, explique Wim Van Hyfte, responsable de la durabilité chez Candriam. Mais les particuliers ne sont pas en reste. Chez nous, ils représentent 20% des actifs durables, le solde étant aux mains des institutionnels."

FACTEURS DE NATURE à soutenir LES INVESTISSEMENTS DURABLES:
  • Renforcement des règles pour les gestionnaires de fonds. En France, les gestionnaires sont obligés de publier les données concernant leur empreinte carbone.
  • Renforcement des règles pour les entreprises. En 2018, plus de 6.000 entreprises européennes de plus de 500 travailleurs devront publier un rapport sur leurs résultats non financiers.
  • Hausse de la demande des particuliers sous l’impulsion des femmes et des millenials.

Les chiffres sont comparables chez BNP Paribas Asset Management, qui comptabilise aussi 28 milliards d’euros d’investissements durables. La différence, c’est qu’ils ne représentent que 5% des actifs sous gestion de la plus grande banque belge. Un chiffre assez représentatif du secteur. À souligner que la moitié des actifs durables sont détenus par des clients particuliers, un chiffre bien supérieur à celui des autres acteurs. "Grâce à notre vaste réseau d’agences et de banque privée en Europe et à nos efforts dans ce domaine, nous avons pu convaincre de nombreux clients d’opter pour la durabilité."

BNP Paribas apporte ici une solide pierre à l’édifice. Lors des résultats semestriels de la banque fin août, il est apparu que la gestion d’actifs durables avait augmenté de 31% au cours des six premiers mois de l’année, pour atteindre 8 milliards d’euros. Il faut dire que la division private banking de BNP Paribas Fortis se focalise depuis plusieurs années déjà sur les investissements durables. Et au début de l’année, ces efforts se sont élargis au réseau d’agences Retail.

Depuis sa fusion avec Delta Lloyd Asset Management, NN Investment Partners gère plus de 9 milliards d’euros sous forme d’investissements durables, ce qui représente une part de marché de 8 à 9%. Cette ancienne filiale d’ING souligne que les fonds durables affichent depuis leur lancement de meilleurs rendements que leur indice de référence. "De plus en plus de clients constatent que durabilité et rendement peuvent aller de pair. Cela aide", explique Adrie Heinsbroek, responsable des investissements durables chez NN IP.

Chez KBC Asset Management, les actifs sous gestion investis dans le secteur durable ont augmenté de 90% en un an, pour atteindre 4,9 milliards d’euros. "Nous veillons à ce que notre offre de fonds durables permette à tous nos clients d’investir dans ce domaine. Il est cependant important que les clients puissent encore choisir entre un fonds durable et un fonds traditionnel. C’est au client qu’il revient de décider en connaissance de cause ce qui lui convient le mieux."

Degroof Petercam Asset Management gère 2,1 milliards d’euros de "solutions d’investissement responsables". La majeure partie des actifs, soit 1,4 milliard d’euros, sont investis dans des produits à rendement fixe. "Ces trois dernières années, nous avons connu une forte croissance. Le succès de notre stratégie en obligations de pays émergents – sélectionnées via des filtres de durabilité – a certainement joué un rôle important", explique le porte-parole Jurgen Vluijmans. La stratégie en matière d’obligations de pays émergents a été lancée en mars 2013 et comptabilise aujourd’hui 772 millions d’euros. "Parmi les questions des investisseurs institutionnels, une sur quatre concerne des critères de durabilité", ajoute Jurgen Vluijmans.

Chez Axa Investment Management, les fonds 100% durables représentent 7,8 milliards d’euros, soit une hausse de 81% en un an. Les critères éthiques occupent une place importante dans le processus de sélection des investissements. "Nous avons l’ambition d’intégrer des critères éthiques dans tous les actifs, en collaboration avec nos clients". Allianz Global Investors gère 24,7 milliards d’euros d’actifs durables, soit 5% du total. En Belgique, le géant allemand s’adresse aux professionnels. "Nous investissons indirectement 300 millions d’euros d’actifs durables pour le compte de nos clients belges."

Optimisme

Les gestionnaires de fonds envisagent l’avenir avec optimisme. La première raison est sans aucun doute l’impact des législations. "À partir de 2018, l’Europe comptera plus de 6.000 entreprises de plus de 500 collaborateurs, qui seront obligées de publier un rapport sur leurs résultats non financiers", explique Jurgen Vluijmans. Les sociétés ne seront pas les seules à devoir accorder plus d’attention à la durabilité, cela vaudra également pour les gestionnaires. Dans ce domaine, la France joue un rôle de premier plan. Les gestionnaires de fonds y sont depuis peu obligés d’expliquer comment ils intègrent les critères éthiques dans leurs investissements et de publier leur empreinte écologique.

Plusieurs gestionnaires comptent aussi sur une hausse de la demande sous l’impulsion des millenials et des femmes. "On constate un transfert de la prospérité en faveur des femmes et des millenials. Leur tendance à opter pour des investissements dans des entreprises ayant un impact positif sur la société est deux fois plus élevée que chez les hommes", explique John McKinley, directeur Impact Investing chez Blackrock.

"Alors que le marché était auparavant surtout influencé par les investisseurs institutionnels, les particuliers sont de plus en plus conscients des enjeux des investissements responsables, reconnaît Jurgen Vluijmans de Degroof Petercam AM. Ils veulent que leur patrimoine soit investi de manière durable, dans les deux sens du terme."

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