L'or, la sécurité pour votre portefeuille?

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Depuis le début de l’année, l’or a signé une belle remontée. Après quelques hésitations, les actions des mines d’or ont fini par suivre le mouvement. Si nul ne sait combien de temps ce rally durera, certains gestionnaires sont toutefois d’avis que les mines d’or recèlent du potentiel.

La définition de l’or pour Evy Hambro? "Une protection pour votre portefeuille". Le Britannique dirige depuis 2002 le BlackRock World Gold Fund, un fonds géant qui investit dans les mines d’or et qui comptabilise près de 5 milliards de dollars d’actifs sous gestion. "On peut comparer l’or à une assurance auto ou habitation. Dans un portefeuille d’investissement, il permet de garder les risques sous contrôle. En gros, quand les actifs de votre portefeuille se portent bien, l’or preste un peu moins bien. Mais en cas de revers et de recul des cours, il agira comme un contrepoids."

L’évolution des derniers mois a confirmé le statut de valeur refuge de l’or. Depuis le début de l’année, le métal jaune a regagné 13,6%, pour s’échanger à 1.308 dollars l’once. Il est encore loin de son pic de 2011  soit 1.900 dollars l’once  mais il a le vent en poupe. "Malgré le recul au début du mois  après son plus haut niveau de 2017  le cours de l’or dépasse encore de 120 dollars l’once le prix plancher de début juillet. Cette récente remontée s’explique en partie par les tensions géopolitiques, entre autres avec la Corée du Nord", estime Frédérique Dubrion, qui gère depuis la Suisse le fonds Share Gold USD pour le compte de Degroof Petercam (63 millions de dollars d’actifs sous gestion).

L’an dernier, le cours du métal jaune a par ailleurs profité du Brexit et de l’élection de Donald Trump. "Les récentes élections dans plusieurs pays européens et les attaques terroristes ont créé des incertitudes sur les marchés financiers", poursuit Frédérique Dubrion.

Corrélation avec le dollar

"La faiblesse actuelle du dollar joue également en faveur du prix de l’or, qui présente une corrélation négative avec la devise américaine. Lorsque le billet vert recule, l’or gagne du terrain et vice-versa", ajoute Evy Hambro. Et les hésitations de la Fed (la banque centrale américaine) sur le rythme des hausses des taux américains mettent précisément le dollar sous pression: depuis le 1er janvier 2017, ce dernier a déjà perdu 11% de sa valeur par rapport à l’euro. "Le départ inattendu du vice-président de la Fed, Stanley Fisher, début septembre, a augmenté les incertitudes sur la gestion de la Fed et l’avenir de la politique monétaire des Etats-Unis, ce qui a mis encore davantage de pression sur le dollar. Les discussions en cours sur le relèvement du plafond de la dette américaine pèsent également sur le billet vert", estime James Butterfill, spécialiste en matières premières chez ETF Securities, qui gère 23,5 milliards de dollars d’actifs (dont près de 13 milliards de dollars investis dans l’or). ETF Securities est spécialisé dans les trackers  fonds qui répliquent un indice  et a été le premier à lancer un tracker or en 2003.

Frédérique Dubrion voit également les Exchange Trade Funds (ETF) comme l’une des causes du rally sur le prix de l’or. C’est en Europe que la demande de trackers or est la plus importante. La hausse du métal jaune plus tôt ce mois-ci a permis aux investisseurs d’engranger des bénéfices. "Pendant la première semaine de septembre, 350 milliards de dollars sont sortis des trackers or, explique James Butterfill. Au cours de la deuxième semaine, les flux entrants ont légèrement repris."

Levier

"Les mines d’or réagissent d’habitude avec un levier de 2 à 3 aux fluctuations du prix de l’or."
Frédérique Dubrion
Degroof Petercam

Ces derniers mois, les actions des mines d’or ont profité de la hausse du prix du métal jaune. Depuis le début de l’année, l’indice FTSE Gold Mines a augmenté de 13,5%, dont 20% pendant l’été. Mais ces hausses doivent être remises en perspective. Sur 5 ans, la perte se situe encore à 53%. "Les mines d’or réagissent traditionnellement avec un levier de 2 à 3 aux fluctuations du prix de l’or", explique Frédérique Dubrion. En d’autres termes: si le prix de l’or augmente ou baisse de 1%, les actions de mines d’or suivent le même mouvement, mais avec une amplitude de 2 à 3%. "L’évolution du prix de l’or a par ailleurs un impact direct sur la rentabilité minière. Il faut savoir que les cours de change jouent eux aussi un rôle: si l’or est coté en dollar américain, les coûts des sociétés minières sont souvent exposés dans une autre devise, comme le dollar canadien, australien ou le rand sud-africain."

Comment le prix de l’or va-t-il évoluer? "L’or a franchi le seuil de 1.300 dollars l’once. Un autre plafond à percer est le record de 2016, soit 1.370 dollars l’once, explique Frédérique Dubrion. Le prix de l’or restera soutenu à cause des risques géopolitiques (imprévisibles), qui poussent la demande d’or vers le haut. Dans le contexte actuel, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée d’injecter un peu d’or dans son portefeuille." James Butterfill ne dit pas autre chose, mais nuance: "Pour ceux qui souhaitent profiter des hausses des prix, le timing n’est peut-être pas idéal pour acheter."

Frédérique Dubrion souligne également que les derniers mois de l’année sont traditionnellement marqués par une plus forte demande de métal jaune. "Les bijoutiers font leurs stocks pour Noël et en Inde, la saison aurifère commence en octobre", explique Frédérique Dubrion. Toute augmentation de la demande entraîne bien entendu une hausse de prix.

1.300
L’or a franchi le seuil des 1.300 dollars l’once. Prochain seuil à tester, le pic de 2016: 1.370 dollars l’once.

James Butterfill: "Dans le calcul de nos estimations, nous tenons très peu compte des données sur la demande en or. Nous considérons qu’elle n’a qu’un impact limité sur le prix. L’or a beau être une matière première, il n’est pas consommé de la même manière que, par exemple, le pétrole. Il est possible de conserver de l’or pendant longtemps avant de le revendre. C’est pourquoi nous considérons le métal jaune comme une devise, et nous voyons quatre facteurs susceptibles d’impacter son prix: l’inflation, les taux d’intérêt américains, le cours du dollar et les positions short en or."

Vers 1.250 dollars l’once?

ETF Securities s’attend à ce que le prix de l’or se rapproche du niveau de 1.260 dollars l’once vers la fin de l’année. "Nous voyons peu de raisons pour que le prix baisse en dessous de ce seuil, mais nous nous attendons à une reprise du dollar et à une baisse des tensions géopolitiques, ce qui est moins favorable à l’or." Pour l’an prochain, ETF Securities estime que le prix de l’or se maintiendra à un niveau comparable, soit 1.250 dollars l’once. James Butterfill, de son côté, ne pense pas que le cours retrouvera les sommets atteints en 2011. "Pour revenir à ces prix élevés, il faudrait que les Etats-Unis retombent en récession et que les banques centrales soient à nouveau obligées d’intervenir de manière agressive. Et nous ne croyons pas à ce scénario."

"Entre-temps, nous constatons une reprise des investissements dans la production  après un récent recul  mais le retard n’a pas été comblé. La question se pose concernant l’évolution future de la production", poursuit James Butterfill.

James Bateman de Fidelity International joue, lui aussi, la carte de la prudence. "Les tensions avec la Corée du Nord ont poussé l’or vers le haut pendant l’été. Mais au dernier trimestre de l’année, le vent pourrait tourner, dans la foulée d’une hausse des taux réels. On s’attend à ce que les banques centrales appliquent une politique plus stricte, vu la forte croissance économique et la baisse du chômage."

Efficacité et régions accueillantes

Evy Hambro ne fait aucun pronostic. "Au début de l’année, nous nous attendions à un cours de 1.200 à 1.300 dollars l’once. Nous avons également investi dans des mines d’or. Nous avons bien profité de la hausse du prix de l’or et nous sommes satisfaits de son cours actuel, car nous voyons suffisamment de valeur ajoutée dans nos investissements, même en l’absence d’une nouvelle hausse du cours de l’or." Evy Hambro souligne notamment les réductions de coûts réalisées par les mines d’or au cours des dernières années. "Nous privilégions les entreprises qui affichent une croissance, pas nécessairement au niveau de leur production, mais en termes de valeur par action. Des entreprises qui produisent peut-être moins, mais de manière plus efficace."

Pour Frédérique Dubrion, si les mines d’or sont aujourd’hui en meilleure forme, les années de vaches grasses sont cependant révolues. "Ces dernières années, les minières ont fait le maximum pour assainir leurs bilans. Ce sera plus difficile de s’améliorer encore et d’afficher de la croissance." Evy Hambro en est également conscient. "Mais en gérant bien les risques, nous espérons améliorer nos rendements."

"En 2017, certaines sociétés minières ont été confrontées à des risques politiques et à une hausse des incertitudes dans certaines régions. Eldorado menace par exemple de geler ses investissements en Grèce, Freeport a été obligé d’abandonner le contrôle de la plus grande mine d’or au monde à l’Indonésie et en juillet, Theo s’est vu retirer sa licence au Guatemala. La licence a été restituée, mais la mine est toujours bloquée", explique Frédérique Dubrion. La gestionnaire essaie dès lors de se focaliser davantage sur les entreprises actives dans des régions plus accueillantes.

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