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Attention aux fonds aux noms alléchants

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Vous êtes à la recherche d’un investissement susceptible de donner un coup de pouce à votre portefeuille tout en protégeant votre capital? Les fonds alternatifs répondent souvent à ce souhait. Malgré tout, soyez vigilants et n’achetez pas les yeux fermés.

C’est le moment idéal pour acheter des fonds alternatifs. Le cash ne rapporte plus rien et les investisseurs sont à la recherche de produits plus rentables. Au même moment, beaucoup de ces investisseurs ont le sentiment d’arriver trop tard pour acheter des actions. Depuis le creux de 2009, les Bourses européennes ont pratiquement doublé. En août, la crainte d’un ralentissement de la croissance chinoise a eu un impact douloureux sur les Bourses et, à leur niveau actuel, les marchés pourraient difficilement "digérer" de nouvelles déceptions.

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Selon une étude britannique, seul un fonds sur quatre a généré un rendement positif chaque année.

Il est donc bienvenu de proposer des fonds qui tentent de lisser les fluctuations de cours, tout en cherchant à atteindre des rendements positifs, quelle que soit l’orientation des marchés. Il s’agit souvent de fonds qui promettent un rendement comparable à un compte d’épargne, mais avec un bonus.

Depuis la crise de 2008, de plus en plus de sociétés de gestion offrent ce que l’on appelle des "fonds à rendement absolu" (en anglais: absolute return funds). La semaine dernière, le gestionnaire d’actifs Goldman Sachs a annoncé le lancement d’un tel fonds en Europe. Ces fonds sont appréciés par les investisseurs. En Grande-Bretagne, traditionnellement à l’avant-garde en matière de fonds, on a enregistré des investissements de 1,2 milliard de livres sterling (1,6 milliard d’euros) dans cette catégorie de fonds au cours du premier semestre. En termes de popularité, les "absolute return funds" se positionnent immédiatement après les fonds d’actions européennes.

La prolifération de ces fonds s’explique aussi par l’élargissement de l’arsenal des sociétés de gestion. Depuis la directive européenne UCITS IV, les fonds peuvent investir davantage dans les produits dérivés, instruments idéaux pour couvrir certaines positions ou lisser l’impact des fluctuations de cours.

Ces fonds permettent d’offrir au grand public européen des outils spéculatifs "nobles". Si les noms commerciaux de ces fonds varient — "absolute return", "market neutral", "equity long-short" —, tous ont un point commun: quelle que soit l’orientation des marchés, ces fonds se targuent d’obtenir un rendement positif.

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Confiance

Ces fonds méritent-ils votre confiance? Même s’ils visent à obtenir un "rendement absolu" sur base annuelle, le mois d’août fut un excellent "stress test" pour ce type de fonds, avec des pertes de 9% pour les actions européennes. Le tableau de la page suivante montre que seuls quelques rares fonds ont pu éviter des pertes. Celles-ci ont parfois frôlé les 5%. À plus long terme, la plupart des fonds se retrouvent dans le vert, mais pas tous. Une enquête réalisée par FE Trustnet en juin a démontré que seul un fonds sur quatre tenait sa promesse d’afficher "chaque année un rendement absolu".

Les calculs de Lipper confirment ce constat. Le bureau d’analyses a réparti les fonds à rendement absolu selon leur niveau de risque. L’histogramme ci-dessus montre que les fonds à rendement absolu ont également subi des revers en 2008 et 2011, lorsque les Bourses se sont retrouvées dans le rouge. Les pertes étaient moindres, mais il faut mettre cela en regard du fait que lorsque les marchés sont haussiers, le rendement de ces fonds est beaucoup plus faible (voir graphique). La protection a donc un prix.

La prolifération de ces fonds s’explique aussi par l’élargissement de l’arsenal des sociétés de gestion.

Pour comprendre les raisons pour lesquelles ces fonds enregistrent malgré tout des pertes certaines années, il est important de comprendre leur stratégie d’investissement. Certains fonds utilisent la technique du "short selling", en d’autres termes, la vente d’actions "empruntées" qui consiste à miser sur une baisse de cours. L’action empruntée est immédiatement vendue au prix du jour. Si son cours baisse — comme attendu — alors elle peut être rachetée à meilleur prix et restituée à son propriétaire avec bénéfice.

Tout le monde n’est pas partisan de cette méthode. "Ces techniques ne fonctionnent pas systématiquement. Parier sur l’évolution négative d’une action n’est pas chose aisée et la plupart des gestionnaires de fonds ne disposent pas de l’expertise leur permettant de prendre les bonnes décisions", estime Martin Bamford, un planificateur financier d’Informed Choice. Pour Patrick Connolly, conseiller chez Chase de Vere, les fonds sont dans ce cas davantage corrélés aux marchés d’actions. "C’est pourquoi il est essentiel que les investisseurs soient parfaitement conscients de ce qu’ils achètent et des risques associés. Le nom de ces fonds peut donner une impression de sécurité et faire penser qu’ils afficheront des rendements positifs en toutes circonstances. Mais c’est extrêmement peu probable."

Autre facteur important à considérer: les différences entre les fonds à rendement absolu peuvent être importantes. Par exemple, on trouve des fonds d’actions, mais aussi des fonds obligataires ou des fonds mixtes qui visent un rendement absolu. De plus, les techniques utilisées par les différents fonds sont très différentes. "Ce que nous faisons chez DNCA, c’est essayer d’obtenir un rendement positif en créant de l’alpha sur les actions européennes. En d’autres mots, nous investissons dans des actions et nous vendons au même moment des ‘futures’ sur indices. Cela nous permet de limiter notre exposition au marché", explique Cyril Freu, gestionnaire de fonds chez DNCA Invest Miuri. "Le fonds n’offre aucune garantie formelle de rendement positif, mais ces dix dernières années, nous avons réussi à obtenir systématiquement un rendement supérieur à 5%. Ce n’est qu’en 2011 que nous avons affiché une légère perte", explique-t-il.

Les fonds "absolute return" sont souvent confondus avec les fonds "total return" qui investissent dans des obligations très diversifiées pour essayer d’obtenir un rendement élevé, quel que soit le contexte boursier. Ils investissent même dans des obligations plus risquées.

Le fonds Total Return de Candriam s’est donné comme ambition d’obtenir des rendements positifs sur une période de trois ans à travers tous les cycles boursiers. "Nous pouvons le faire, vu que nous disposons d’une très grande flexibilité et que nous pouvons nous diversifier. Dans un environnement de taux bas, ce fonds peut être une solution pour les investisseurs qui cherchent à obtenir de meilleurs rendements", nous explique-t-on chez Candriam.

Le fonds Total Return de Franklin Templeton, très populaire auprès des investisseurs belges, ne vise pas un rendement absolu. "Nos fonds portent le nom de Total Return parce qu’ils peuvent investir dans tous types d’obligations, sans limite. Certaines sont plus risquées, mais offrent aussi un meilleur rendement. Il s’agit donc d’une approche qui nous permet de chercher les solutions obligataires les plus rentables dans tous les climats boursiers", entend-on chez Franklin Templeton.

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Risque

Autre point important à prendre en compte: le niveau de risque des fonds. Par exemple, Schroders propose une gamme de fonds sous le label GAIA qui visent un rendement positif. Un de ces fonds investit dans des "obligations catastrophe". Il s’agit d’obligations offrant un rendement plus élevé, mais dont le remboursement du capital est lié à l’absence de catastrophe comme des tremblements de terre ou des inondations. Si la catastrophe survient, l’investisseur risque de perdre son investissement. "Le fonds investit dans plusieurs obligations et est donc suffisamment diversifié pour faire face à un désastre. Mais nous expliquons clairement aux investisseurs que dans certaines circonstances, le fonds peut perdre 20% de sa valeur. À ce jour, nous n’avons jamais été confrontés à cette situation. Des catastrophes d’une telle ampleur se produisent une fois par siècle. Dans le passé, nous avons toujours obtenu des rendements positifs", poursuit Tim van Duren, product manager Insurance-Linked Securities chez Schroders. "Un avantage non négligeable de ce fonds réside dans l’absence de corrélation avec les marchés d’actions. Les inquiétudes chinoises qui ont poussé les Bourses vers le bas n’ont eu aucun impact sur ce fonds. Nous ne le considérons pas comme un produit de base pour un portefeuille, mais comme un moyen de diversification", ajoute-t-il.

Les investisseurs qui souhaitent investir dans un fonds de type "absolute return" doivent connaître les types d’investissement réalisés par le fonds et les risques associés. Ceux qui ne comprennent pas la construction du fonds feraient mieux de s’abstenir. Dans tous les cas, il est important de souligner que ces fonds ne garantissent pas formellement le capital.

Dernier point d’attention: les frais. Ces fonds sont souvent critiqués à cause du niveau élevé de leur commission de performance. N’hésitez pas à demander quelle partie de votre rendement sera absorbée par ces frais. Et posez aussi la question de savoir ce qu’il advient de ces frais si les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes.

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