Choisissez des fonds mixtes adaptés à tous les temps

Grâce à leur diversification, les fonds mixtes sont les produits d’investissement les plus populaires, y compris parmi les investisseurs débutants. Mais un fonds n’est pas l’autre. Aperçu des recettes à succès de 12 fonds performants.

Sur les 200 milliards d’euros investis aujourd’hui dans les fonds, près de la moitié le sont dans des fonds mixtes. Ces fonds investissent aussi bien en actions qu’en obligations, et souvent même dans d’autres classes d’actifs comme les matières premières. Aujourd’hui, ils sont connus sous l’appellation «multi-assets». Grâce à leur diversification, ils représentent un excellent investissement pour ceux qui font leurs premiers pas sur les marchés.

Mais l’offre pléthorique de fonds mixtes cache de nombreuses différences. Grosso modo, on peut les répartir en quatre groupes sur la base de leur niveau de risque. Ce risque est mesuré à partir du pourcentage d’actions détenues par le fonds. Les fonds mixtes à faible risque comprennent environ 30% d’actions, les fonds neutres 50%, et les fonds dynamiques 70%. S’y ajoutent les fonds mixtes flexibles où le pourcentage d’actions peut fluctuer de manière très large, généralement entre 0 et 100%.

Fonds

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Le supplément Fonds, ce mercredi 18/11, gratuit avec L'Echo.

Parmi les nombreux fonds mixtes, nous avons sélectionné 12 fonds qui affichent le rating le plus élevé des couronnes de l’Écho (méthodologie echo.be/couronnes) et qui excellent dans un ou plusieurs des cinq facteurs de succès suivants.

1. Expertise

Les fonds mixtes investissent dans différentes classes d’actifs. Pour les gestionnaires, il est pratiquement impossible de passer en revue la totalité des actions et des obligations existant dans le monde. Ce n’est donc pas un hasard si de nombreux fonds mixtes investissent dans d’autres fonds et confient la sélection d’actions et d’obligations à des spécialistes. Les gestionnaires de fonds mixtes se préoccupent principalement de trouver la bonne allocation, à savoir décider du poids respectif des actions et des obligations.

C’est par exemple la stratégie suivie par NN (L) Patrimonial Balanced, qui investit dans d’autres fonds NNIP. En optant pour les fonds maison, le gestionnaire voit un autre avantage. «Étant donné que nous investissons essentiellement dans des fonds maison qui sont gérés avec le même outil, nous avons une parfaite vue d’ensemble sur les investissements sous-jacents», explique Steven Steyaert de NNIP. «Cela permet aux gestionnaires de Patrimonial de surveiller les risques en permanence en termes de secteurs et de pays, mais aussi de style et de facteurs», poursuit Steyaert.

Le fonds DPAM Horizon B Balanced Strategy investit lui aussi dans d’autres fonds de DPAM. «Lorsque c’est nécessaire, nous complétons notre portefeuille avec des fonds de tiers ou des investissements directs qui correspondent à notre style d’investissement, c’est-à-dire une gestion active basée sur des convictions claires», explique le gestionnaire du fonds Casper De Ceuster.

D’autres préfèrent se tourner vers des gestionnaires externes. C’est le cas de Jupiter Merlin International Balanced Portfolio. «Notre stratégie s’appuie sur le choix de bons gestionnaires actifs, dans la bonne proportion et au bon moment. Nous voulons collaborer avec des gestionnaires de talent pour capter les tendances à long terme et détecter les anomalies du marché», explique David Lewis, en charge de la gestion du fonds. Il cherche surtout des confrères capables d’éviter les fortes corrections grâce à une approche conservatrice. Un des fonds où Jupiter Merlin détient une participation de plus de 10% est le FundSmith Equity Fund, géré par le légendaire Terry Smith.

«Nous voulons collaborer avec des gestionnaires de talent pour capter les tendances à long terme et détecter les anomalies du marché.»
DAVID LEWIS
GESTIONNAIRE DU FONDS JUPITER MERLIN

La sicav belge Sepiam Global Flexible est aussi un fonds de fonds. «Cela nous permet de bien nous diversifier, au niveau tant régional que des secteurs et des styles de gestion», indique Sébastien Lippens, cofondateur de la maison de fonds française Sépiam. L’entreprise, qui est aux mains d’actionnaires belges et français, est fière de son indépendance.

L'on peut également citer Capital International, qui met au travail de nombreux autres gestionnaires. Le fonds n’est pas un fonds de fonds typique, en ce sens qu’il applique une stratégie multigestion, où chaque gestionnaire est entièrement libre d’investir selon ses propres convictions pour la partie du portefeuille qui lui est confiée. Le groupe ne compte pas de stratège en chef qui fixe les lignes directrices, et ce afin que chaque gestionnaire puisse mettre en œuvre sa propre vision. «Dans ce fonds, six gestionnaires sont au travail, dont deux sont entièrement concentrés sur les investissements à rendement fixe et les quatre autres gèrent quatre portefeuilles mixtes. Grâce à la liberté dont il dispose, un gestionnaire peut ainsi opter pour 100% d’actions et 0% d’obligations, tandis qu’un autre appliquera un ratio 60-40. Les objectifs des gestionnaires sont identiques, mais leur approche diffère. La combinaison de ces différentes approches garantit une grande diversification du portefeuille. Par ailleurs, le fonds n’utilise pas de dérivés exotiques pour corriger l’exposition à certaines classes d’actifs», explique Julie Dickson, Investment Director chez Capital Group.

Knut Huys, spécialiste des fonds chez Deutsche Bank, rompt une lance avec les fonds de fonds. «Les différences entre les fonds mixtes sont énormes. Un portefeuille comprenant plusieurs fonds mixtes ayant fait leurs preuves peut être une bonne solution», estime-t-il.

©Mediafin

2. Protection

Les portefeuilles mixtes sont par définition diversifiés. Mais cela ne signifie pas qu’ils soient sans risque ou suffisamment protégés. BlackRock, le plus grand gestionnaire de fonds au monde, a fait de la gestion des risques le cheval de bataille de son fonds amiral Global Allocation. La devise de la maison est d’ailleurs «Investir à long terme, mais gérer à court terme». Le fonds souhaite être une solution «all weather» qui offre un rendement comparable à celui des portefeuilles mondiaux, mais avec une volatilité plus faible. Pour atteindre cet objectif, le fonds utilise des couvertures. «Lorsque la volatilité augmente sur les marchés, nous nous tournons vers les actifs qui montrent des flux de capitaux exubérants. Si l’évolution du cours est justifiée par les fondamentaux, nous décidons si nous investissons ou pas», explique Stephan Desplancke.

Le fonds flexible de Banque de Luxembourg Investments cherche avant tout à limiter les pertes. Pour y arriver, le gestionnaire a opté pour l’or en tant que matelas de sécurité. «À cause du climat structurellement positif sur l’or, nous avons porté la part du métal jaune à son seuil maximum, à savoir 15%. Cela nous permet d’obtenir un rendement à long terme en limitant le risque de baisse. C’est aussi ce qui explique notre choix d’investir dans des classes d’actifs qui sont négativement corrélées aux marchés», explique le gestionnaire du fonds Guy Wagner. C’est en partie grâce à cette stratégie que le fonds a réussi à absorber les chocs, tant en 2008 que pendant la crise du coronavirus. Le focus sur la protection du capital se retrouve aussi dans les autres choix du gestionnaire. «Dans la partie actions, nous choisissons des entreprises de qualité qui disposent d’un avantage concurrentiel soutenable à long terme, de solides cash flows et un bilan sain. Les prix doivent aussi être abordables», explique Wagner.

«Nous investissons à long terme, mais nous gérons à court terme.»
Stephan Desplancke
RESPONSABLE DE LA DISTRIBUTION CHEZ BLACKROCK BELGIQUE

Un autre amateur d’or parmi les fonds mixtes de qualité est le fonds Flossbach von Storch Multiple Opportunities II, qui investit près de 10% en or. «Nous pensons que l’or en tant que classe d’actifs suivra une trajectoire parallèle à celle de l’inflation – pas plus, mais pas moins. Au cours des 2.500 dernières années, l’or a toujours joué le rôle de couverture contre l’inflation, et c’est aussi la raison pour laquelle nous en détenons en portefeuille. Et certainement pas à des fins spéculatives. L’or a démontré qu’il était une valeur sûre en période de crise. Il est indispensable de s’assurer contre les risques connus et inconnus des systèmes monétaires et financiers, en particulier si l’on songe à l’augmentation des dettes souveraines et à l’augmentation des bilans des banques centrales», explique le stratège en chef Philipp Vorndran. Chez Jupiter également, on trouve l’or intéressant dans un environnement «d’interventions exceptionnelles des pouvoirs publics et des banques centrales».

Et il ne faut pas oublier le fonds Invesco Balanced-Risk Allocation Fund, qui ne mise pas spécifiquement sur l’or, mais sur les matières premières en général. Celles-ci se comportent différemment des actions et obligations, et Invesco utilise cette classe d’actifs pour apporter davantage de diversification et de protection à son portefeuille. Le fonds investit dans trois classes d’actifs: actions, obligations et matières premières. Les poids relatifs de ces trois types d’actifs sont entièrement définis par leur niveau de risque. L’objectif est d’atteindre un risque identique pour les trois classes d’actifs. Aujourd’hui, les matières premières représentent 24% du portefeuille, avec une surpondération des matières premières agricoles et de l’énergie.

«En équilibrant les trois classes d’actifs, aucune d’entre elles ne domine. Ces dernières années, le fonds s’est distingué en termes de rendement pondéré en fonction du risque», explique Steve Beckers. «Pour les obligations, nous optons pour les plus défensives. Il s’agit donc d’obligations de qualité, avec des échéances à long terme, et ayant démontré qu’elles représentaient un refuge pendant les périodes de correction», ajoute Beckers.

AXA applique une autre stratégie pour se protéger. «Nous utilisons des protections telles que la prise de positions “short” (vente de titres que l’on ne possède pas encore pour les racheter plus tard à prix inférieur, NDLR) pour protéger nos portefeuilles contre des événements imprévus et la volatilité des marchés.»

3. Coûts

Si les coûts ne doivent pas être le principal facteur lors du choix d’un fonds, ils n’en jouent pas moins un rôle important. Car si le rendement d’un fonds n’est jamais connu à l’avance, les frais le sont. Si vous investissez à long terme, les principaux coûts porteront sur les frais courants annuels, qui peuvent fluctuer légèrement chaque année. Les coûts de l’année antérieure sont repris dans les informations clés pour l’investisseur.

Ces frais courants peuvent fortement varier d’un fonds à l’autre. Le distributeur, le type de gestion et les investissements sous-jacents jouent un rôle important. Dans la grande majorité des cas, les frais totaux se situent entre 0,2 et 2,5%.

La firme néerlandaise VanEck est un acteur «low cost» qui affiche de bonnes performances. Le gestionnaire propose pour les trois profils de risque des fonds mixtes indiciels composés d’actions et d’obligations sur la base d’une pondération prédéterminée. Le gestionnaire ne modifie donc pas de manière active cette proportion en fonction des circonstances de marché. «Nous rééquilibrons le portefeuille une fois par an pour retrouver l’équilibre d’origine», explique Sander Zboray, Head of Product Strategy pour l’Europe.

Le gestionnaire a donc opté pour une gestion passive pour limiter les coûts autant que possible. «S’il était facile de “timer” le marché, tous les investisseurs le feraient. Et ils pourraient tous s’offrir une île tropicale», ajoute Martijn Rozemuller, responsable pour l’Europe chez VanEck.

VanEck est une exception dans l’univers des fonds mixtes. «On ne trouve pas beaucoup de trackers mixtes. Mais on trouve des fonds qui investissent dans des trackers ou des banques qui travaillent avec des fonds indiciels dans le cadre de leur gestion discrétionnaire», explique Knut Huys de Deutsche Bank. Malgré tout, la toute grande majorité des fonds mixtes sont gérés activement et n’investissent pas dans des trackers. C’est ce qui explique que leurs coûts annuels se situent nettement au-dessus de 1%. Dans la plupart des cas, les coûts des fonds mixtes défensifs sont moins élevés que ceux de leurs homologues dynamiques. Les fonds défensifs investissent davantage dans des obligations (moins chères), ce qui leur permet de limiter les coûts. C’est notamment le cas d’AXA WF Optima Income Defensive.

4. Conviction

«Nous n’investissons pas dans des obligations. Leur profil risque-rendement ne correspond absolument pas aux objectifs du fonds.»
QUENTIN PILOY
ROTHSCHILD & Co

R-Co Valor de la maison de fonds française Rothschild & Co fait partie des fonds mixtes qui osent prendre des positions tranchées. Ces dernières années, le gestionnaire a évité les obligations parce qu’il n’y voyait aucune valeur ajoutée. «Le profil risque-rendement des obligations ne correspond absolument pas aux objectifs du fonds qui consistent à maximiser le rendement», explique Quentin Piloy. Cela explique en partie pourquoi le fonds est classé comme très dynamique, car il ressemble à s’y méprendre à un fonds d’actions. Aujourd’hui, les actions représentent 76% du portefeuille. «Le fonds a été créé en 1994 pour les clients d’une banque privée. À l’époque, le principal objectif était de maximiser le rendement sans trop de limites en termes de volatilité. Cet objectif n’a pas changé», précise Piloy.
La conviction du gestionnaire se retrouve aussi dans le nombre de positions. «Notre portefeuille d’actions comprend entre 25 et 45 entreprises. Nous suivons trois thèmes que nous considérons comme importants: les consommateurs chinois et la croissance de la classe moyenne, le vieillissement de la population et la révolution numérique.»

Nous retrouvons la même forte concentration du portefeuille dans le fonds Flossbach von Storch Multiple Opportunities. «Nous sommes très sélectifs dans notre choix d’actions. Nous n’investissons que dans 40 à 60 entreprises. Pour chaque investissement, nous nous posons trois questions: le modèle d’exploitation peut-il être déployé à l’échelle mondiale? Ce modèle est-il suffisamment tenable et défendable? Le management est-il compétent? Si les réponses sont positives, nous analysons l’entreprise plus en détail et nous essayons de calculer sa juste valeur. Nous la comparons alors avec le cours de l’action. Selon le résultat de notre analyse, nous décidons ou non d’investir», indique Philipp Vorndran. Chez Sépiam, la conviction se retrouve surtout dans le type de titres choisis. «Nous nous différencions des autres fonds mixtes par notre concentration sur les fonds de petites et moyennes capitalisations. La plupart des fonds mixtes investissent dans de grandes entreprises», conclut Sébastien Lippens.

«Nous sommes très sélectifs dans notre choix d’actions. Nous n’investissons que dans 40 à 60 entreprises.»
PHILIPP VORNDRAN
FLOSSBACH VON STORCH

5. Flexibilité

En cette période de forte volatilité, les fonds qui sont suffisamment flexibles pour réagir rapidement aux évolutions des marchés ont clairement un avantage. Cette flexibilité ne se situe pas uniquement au niveau du changement du pourcentage d’actions, mais souvent aussi de la souplesse avec laquelle les fonds se servent de leurs liquidités pour entrer sur le marché.

BL Global Flexible en est un bon exemple. «Au début de l’année, le fonds était positionné de manière très flexible, avec près de 30% en cash. Nous avons ainsi pu profiter de la correction pour acheter plusieurs actions de qualité qui avaient été pénalisées et augmenter ainsi le poids des actions», confie Guy Wagner. Par ailleurs, le fonds a nettement réduit la proportion d’obligations. «Nous avons vendu notre portefeuille obligataire en mars, lorsque le taux à 30 ans des Bons du Trésor américains est retombé en dessous de 1%», ajoute-t-il.

Flossbach conserve lui aussi des liquidités pour saisir les opportunités qui se présentent. DPAM mise également sur la flexibilité, même si le gestionnaire essaie d’éviter les trop importantes positions en cash. «Grâce à notre gestion flexible, nous détenons un peu plus de cash. Mais nous préférons être toujours investis à 100%, notamment à cause des taux négatifs appliqués sur les liquidités», explique De Ceuster.

NN (L) Patrimonial Balance accorde beaucoup d’importance à la flexibilité et la fait dépendre du comportement des investisseurs. «Le processus d’investissement ne tient pas uniquement compte des éléments fondamentaux comme la hausse du bénéfice, mais aussi du comportement des investisseurs (sentiment, flux financiers) que nous trouvons important pour soutenir le timing du marché. Un exemple d’innovation, c’est que nos signaux quantitatifs ont été complétés par de nouvelles séries de données et d’indicateurs qui détectent les transactions à haute fréquence (échanges simultanés de grandes quantités d’actions ou d’obligations, le plus souvent par des super ordinateurs, NDLR). Cela nous permet d’avoir une vision encore plus rapide et précise de ce qui se passe dans l’économie et sur les marchés financiers», ajoute Steven Steyaert.

Chez Sepiam également, on ne jure que par la flexibilité. «Nous appliquons une approche “quantamentale”, qui est une combinaison de modèles mathématiques et d’analyse fondamentale. Nous avons développé la technologie pour gérer nos portefeuilles modèles et contrôler les risques. Nous disposons donc de la flexibilité nécessaire pour réagir rapidement. Le taux de rotation du fonds est de 100%, ce qui signifie que le portefeuille change entièrement au cours de l’année», conclut Lippens.

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