Comment protéger la planète avec des fonds?

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De plus en plus de gouvernements et d’entreprises émettent des obligations "vertes". Les capitaux ainsi récoltés sont investis dans des projets durables. Ou comment gagner de l’argent tout en contribuant à sauver ou du moins à améliorer le sort de notre planète.

Les obligations "vertes" existent depuis une dizaine d’années. "La première obligation verte a été émise en 2007 par la Banque Européenne d’Investissement (BEI)", explique Maxim Gilis, du gestionnaire de fonds Econopolis. Au début, les "green bonds" étaient un marché de niche. Ces obligations étaient principalement émises par les institutions supranationales, comme la BEI ou la Banque Mondiale. Depuis respectivement 2013 et 2016, les entreprises et les gouvernements leur ont emboîté le pas. C’est notamment le cas de l’entreprise technologique Apple. "Mais la plupart de ces obligations sont émises par des entreprises de services aux collectivités et par les banques", explique le gestionnaire de fonds Steven Decoster, de Degroof Petercam Asset Management (DPAM).

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En Belgique, la première entreprise à émettre une obligation verte fut la société de gestion de l’eau Aquafin (2015). Un an plus tard, ce fut le tour de Cofinimmo. Et au début de cette année, le gouvernement belge a émis une obligation verte qui lui a permis de récolter 4,5 milliards d’euros auprès d’investisseurs institutionnels. On peut d’ailleurs s’attendre à d’autres émissions comparables dans le courant de l’année. Soit dit en passant, le premier pays à avoir émis une obligation verte fut la Pologne.

Suite à l’intérêt croissant pour ce type de produit, l’an dernier a de nouveau été une année record en matière d’émissions d’obligations vertes. Si l’on en croit les chiffres publiés par la Climate Bonds Initiative (CBI), plus de 160 milliards de dollars ont ainsi été récoltés dans le monde en 2017, soit près du double comparé à 2016. "Les principaux émetteurs l’an dernier étaient les États-Unis, la Chine, la France et l’Allemagne", explique Guy Janssens, responsable des investissements durables chez BNP Paribas Fortis Private Banking.

Cette année, le compteur se situe déjà à près de 30 milliards de dollars. Et on s’attend à des émissions oscillant entre 250 et 300 milliards de dollars pour l’ensemble de l’année. Si cela dépendait de Christiana Figueres, ancienne négociatrice des Nations Unies en matière climatique, le marché devrait viser d’ici 2020 un montant d’émissions de 1.000 milliards de dollars pour contribuer à atteindre les objectifs climatiques, soit quatre fois plus qu’actuellement.

1/ En quoi une obligation verte diffère-t-elle d’une obligation ordinaire?

"Une obligation verte est comparable à une obligation classique, à la différence que les capitaux émis sont investis dans des projets durables", explique le gestionnaire de fonds Sergei Strigo, de la société française Amundi.

"Les Green Bond Principles constituent un pas dans la bonne direction, mais l’analyse des projets verts spécifiques reste essentielle."
anouk slocK
spécialiste en durabilité chez DPAM

"Les gouvernements et les entreprises n’investissent pas uniquement dans des projets verts, mais aussi dans des projets bleus", poursuit Guy Janssens. Concrètement: cet argent n’est pas uniquement investi dans la construction de parcs éoliens ou solaires (énergies alternatives), dans des solutions de transport plus écologiques ou dans des projets qui réduisent notre consommation énergétique (efficacité énergétique), mais aussi dans la purification de l’eau et le recyclage de déchets.

Le gouvernement belge compte investir les capitaux récoltés lors de sa dernière émission d’obligations vertes dans la SNCB et Infrabel.

2/ Pourquoi émet-on de plus en plus d’obligations vertes?

"Pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et endiguer le réchauffement climatique, nous devons absolument prendre des mesures drastiques, explique Guy Janssens. Si nous voulons atteindre les objectifs climatiques, nous devrons investir davantage dans des projets verts."

"D’un autre côté, les investisseurs sont de plus en plus conscients des changements climatiques. Il y a donc une offre et une demande pour ces produits. De plus, les obligations vertes constituent un moyen facile d’atteindre les objectifs climatiques", estime Serguei Strigo. Car les obligations sont des produits d’investissement relativement simples.

3/ Qui décide d’accorder un label vert à une obligation?

Il n’existe aucune législation en la matière. "L’introduction des Green Bond Principles en 2013 a donné une certaine légitimité au secteur", explique Maxim Gilis. Ces principes – qui ont été lancés par un groupe de banques d’affaires – ont créé un cadre fixant plusieurs conditions auxquelles les émetteurs qui appliquent ces principes doivent répondre pour avoir droit au label de produit vert. Ces conditions ne concernent pas uniquement le type de projet qui sera financé, mais aussi l’évaluation et le suivi des résultats (reporting).

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Le marché mondial des obligations vertes se chiffre à 315 milliards de dollars.

"Ces lignes directrices constituent certainement un pas dans la bonne direction, souligne Anouk Slock, spécialiste en durabilité chez DPAM. Mais nous en sommes encore loin". Les Green Bond Principles ne sont que des directives générales que les émetteurs appliquent sur base volontaire. "Vu qu’il n’existe aucune standardisation et que les directives n’imposent des exigences que de manière limitée, l’analyse des projets spécifiques reste essentielle."

Malgré la forte hausse enregistrée ces dernières années, le marché des obligations vertes ne constitue encore qu’une part marginale du marché obligataire. "Pour vous donner une idée: le marché mondial des obligations vertes représente près de 315 milliards de dollars, contre plus de 100 fois plus pour le marché obligataire mondial", souligne Steven Decoster.

4/ Le rendement des obligations vertes est-il plus élevé que celui des obligations classiques?

"Non, les coupons sont comparables à ceux des émissions souveraines classiques de même durée et de même qualité d’émetteur", explique le spécialiste Michael De Man, d’Econopolis. "Près de 80% du marché sont des obligations de bonne qualité qui jouissent d’un rating A ou plus", ajoute Guy Janssens.

Les taux du marché étant bas, il ne faut pas s’attendre à des coupons élevés. De plus, la demande de papier vert est importante, ce qui pèse sur les taux. Par exemple, l’obligation souveraine verte du gouvernement belge offre un taux brut de 1,29% pour une durée de 15 ans. "Le rendement moyen des fonds d’obligations vertes est de 1,5% pour une échéance supérieure à six ans, poursuit Guy Janssens. Le marché secondaire suit la même évolution que les obligations classiques. Vu que la demande est élevée, les cours augmentent, ce qui leur permet d’afficher un rendement un peu meilleur."

Découvrez notre supplément "Fonds" ce mercredi avec l'Echo. ©mfn

Avec son nouveau fonds EM Green Bond Fund, Amundi mise sur un rendement annuel brut de 5% en investissant dans des obligations vertes de marchés émergents. Mais elles sont plus risquées. "Aujourd’hui, ce marché est encore dominé par la Chine et l’Inde, poursuit Sergei Strigo, mais le potentiel dans la région est énorme, alors que les moyens pour financer des projets verts dans les pays émergents ne sont pas toujours disponibles."

"Pour l’instant, 5 à 10% de notre fonds se composent d’obligations vertes, mais nous comptons porter ce pourcentage à 100% d’ici sept ans, au fur et à mesure que le marché se développera."

5/ Comment investir en tant que particulier dans des obligations vertes?

Il n’est pas facile d’investir directement dans des obligations vertes, car les émissions primaires sont pour la plupart réservées aux investisseurs institutionnels, comme les assureurs et les fonds de pension. Les particuliers peuvent malgré tout trouver leur bonheur via le marché des fonds. Certains acteurs comme Amundi, BNP Paribas (Parvest), Allianz GI ou NN Investment Partners disposent de fonds d’obligations vertes. Il s’agit de fonds comprenant essentiellement des obligations vertes d’entreprises et de pouvoirs publics.

Par ailleurs, on trouve sur le marché belge de nombreux acteurs proposant des fonds obligataires durables qui comprennent également des obligations vertes. Ainsi, le fonds mondial d’obligations d’entreprises DPAM L Bonds EUR Quality Sustainable de Degroof Petercam Asset Management comprend 2% d’obligations vertes. "Nous les sélectionnons de manière réfléchie. Les nouvelles émissions d’obligations vertes ne se retrouvent pas systématiquement dans notre portefeuille, souligne Anouk Slock. D’une part, parce qu’il n’existe aucune norme en la matière, d’autre part, parce que l’émetteur ne répond pas toujours à nos exigences de durabilité."

Le mois dernier, Econopolis a lancé un fonds 100% obligataire, comprenant surtout des émissions en euros (à la fois des obligations souveraines et d’entreprises), dont une partie se compose d’obligations vertes. "Elles représentent entre 2 et 3% du portefeuille, explique le stratège en investissements Maarten Geerdink. Le marché des obligations vertes est encore très restreint, ce qui limite les possibilités. Nous sélectionnons également les entreprises sur la base de critères très stricts en matière de durabilité. Depuis la création d’Econopolis, nous mettons l’accent sur les facteurs de durabilité parce qu’ils apportent une valeur ajoutée."

"La duration moyenne du fonds est de 2 à 2,5 ans, ce qui nous permet de nous protéger contre la hausse des taux", ajoute Michael De Man. Le fonds Emerging Markets du gestionnaire comprend d’ailleurs aussi des obligations vertes.

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