interview

David Polak (Capital Group): "On sous-estime l’impact des taux nuls sur les actions de croissance"

David Polak de Capital Group.

Grâce aux taux zéro, un dollar de bénéfice en 2030 aura (presque) la même valeur qu’aujourd’hui. "Les investisseurs peuvent donc se permettre d’être patients", déclare David Polak de Capital Group pour expliquer la forte hausse des actions de croissance. Polak a 36 ans d’expérience dans le secteur financier.

1 Les investisseurs doivent-ils opter pour des actions chères, mais qui offrent de belles perspectives de croissance, ou pour des actions meilleur marché?

David Polak: «La distinction entre les actions de croissance et de valeur était peut-être justifiée dans les années ‘80, mais elle est dépassée. Ce qui est important – et encore trop souvent sous-estimé – c’est l’impact des taux zéro. Ils offrent aux investisseurs le luxe de pouvoir se montrer patients. La valeur d’un dollar qu’une société gagnera en 2030 est presque la même que sa valeur actuelle. Prenez Amazon. Cela fait des années que les investisseurs s’intéressent au bénéfice net au lieu des flux de trésorerie. L’action du géant du web semble chère parce qu’une partie du cash-flow est réinvestie dans des secteurs où l’entreprise entrevoit des opportunités. Ces investissements commencent à porter leurs fruits. Ces abondants flux de trésorerie, qui ne sont rien d’autre que de futurs bénéfices nets, sont le point commun de nombreuses techs qui se constituent une position de plus en plus dominante dans différents domaines.

2 En d’autres termes, peut-on dire que les taux zéro sont un facteur sous-estimé dans la forte progression des actions de croissance en 2020, en particulier sur le Nasdaq?

Polak: «Oui, mais pas seulement. Les investisseurs ont tendance à sous-estimer un autre facteur: internet, qui est une plateforme de distribution mondiale pour les techs comme Facebook, avec un coût marginal proche de zéro. Grâce à internet, le marché est le monde entier. Prenez Netflix. Ce leader mondial du streaming a réussi en un jour (le 6/1/2016, NDLR) à être actif dans 138 pays. Idem pour le commerce en ligne. Bien sûr, il a le vent en poupe, mais la pandémie a accéléré au moins autant la percée des services de paiement. Je pense en particulier à PayPal qui ne gagne pas seulement de l’argent parce que nous achetons de plus en plus en ligne, mais aussi parce que, durant le confinement, nous avons dû rester à la maison et que nous avons fait des achats en toute sécurité, assis dans notre salon. Et donc nous avons aussi eu tout le temps pour créer notre compte PayPal (il rit).»

3 Trouve-t-on des sociétés en croissance structurelle, hormis les traditionnelles Big Tech?

Polak: «Tout à fait, même si on a tendance à l’oublier. Pensez aux soins de santé. Aujourd’hui, toute l’attention se porte logiquement sur les moyens de lutter contre le Covid-19, mais la pandémie va aussi accélérer la digitalisation des soins de santé. Soyez certain que les entreprises qui misent sur une meilleure efficacité au cours des prochaines années apparaîtront comme des gagnants structurels. Aux États-Unis, le prix coûtant de l’ensemble des soins de santé représente 19% du PIB. Ce n’est pas tenable. Pensez aux sociétés comme Insulet, qui propose un traitement plus efficace des patients diabétiques, à Regeneron, biotech innovante spécialisée dans les anticorps, ou au spécialiste danois du sang, Genmab. L’industrie traditionnelle promet aussi d’être passionnante si l’on songe aux possibilités qu’offre la combinaison entre l’intelligence artificielle et la robotisation. Elle pourrait subitement devenir plus abordable, ce qui permettrait aux usines de rapatrier leur production dans leur pays.»

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