analyse

Des résultats décevants et des perspectives ensoleillées

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Le premier semestre des entreprises belges cotées en Bourse n’a pas été brillant. Mais le deuxième semestre est prometteur, affirment les analystes.

Le 1er septembre marque non seulement la fin des vacances pour les plus jeunes, mais aussi la fin de la saison des résultats semestriels pour les entreprises belges cotées en Bourse. Et la récolte n’a rien d’exceptionnel. Alors qu’une extrême sécheresse affectait le pays, les avertissements sur chiffre d’affaires et bénéfices ont plu ces derniers mois.

+0,36%
Si l’on tient compte de l’évolution du Bel 20, les actions belges ont enregistré un gain médian d’à peine 0,36% dans les cinq jours qui ont suivi la publication des résultats.

Les derniers en date ont été émis par Greenyard  et Balta  , qui ont affolé les investisseurs lundi dernier. Le groupe de fruits et légumes est dans l’œil du cyclone. Sur fond d’une concurrence intense, d’une sécheresse extrême et d’une possible contamination à la listéria dans une de ses usines, le bénéfice de Greenyard pourrait reculer d’un quart cette année. La baisse du chiffre d’affaires de Balta est imputée à la faiblesse du marché de la moquette. Elle a coûté son poste au CEO.

Beaucoup se souviennent encore de l’avertissement sur bénéfices émis fin juillet par le fabricant de fils d’acier Bekaert  . L’action a immédiatement abandonné 20% et connu sa pire séance boursière en 30 ans. Sans parler des avertissements d’Econocom, IBA  et Tessenderlo  .

"Globalement, le premier semestre a été médiocre. Les déceptions ont été nombreuses, notamment chez Bekaert, Ontex, Agfa-Gevaert et EVS."
Patrick Casselman
Spécialiste des actions chez BNP Paribas Fortis

La saison des résultats semestriels n’a pas été brillante et les cours de Bourse en témoignent. Si l’on tient compte de l’évolution du Bel 20, les actions belges ont enregistré un gain médian d’à peine 0,36% dans les cinq jours qui ont suivi la publication des résultats.

©Mediafin

Cours de change

"Globalement, le premier semestre a été médiocre, reconnaît aussi Patrick Casselman, spécialiste des actions chez BNP Paribas Fortis. Les déceptions ont été nombreuses, notamment chez Bekaert, Ontex  , Agfa-Gevaert  et EVS  ." Patrick Casselman y voit l’impact d’un hiver rigoureux au premier trimestre et de contretemps classiques comme une évolution défavorable des cours de change et la hausse des prix des matières premières.

Ce sont surtout le dollar  et le renminbi chinois qui ont eu un impact négatif sur les chiffres d’affaires au premier semestre. Une douzaine d’entreprises ont d’ailleurs évoqué les cours de change dans leurs commentaires. Les entreprises qui vendent traditionnellement en dollar, comme Barco  , Umicore  , Melexis  et Fagron  , ont été handicapées par la faiblesse du billet vert. Tessenderlo  , qui enregistre elle aussi une partie de ses revenus aux États-Unis par le biais de sa filiale active dans les engrais Kerley, a également été touchée.

Des entreprises comme Ahold Delhaize  et AB InBev  réalisent aussi une grande partie de leurs revenus aux États-Unis, mais elles parviennent à se couvrir en se finançant ou en produisant en dollars. On remarquera cependant que malgré une livre en chute libre, Deceuninck  a accru son bénéfice de 70% en Turquie. Le fabricant de profilés pour fenêtres en PVC a relevé ses tarifs de 25% en Turquie et est ainsi parvenu à compenser l’effondrement de la monnaie locale.

Prix des matières premières

Les activités de Bekaert ont souffert de la hausse du prix du fil machine. ©Bekaert

De nombreuses entreprises ont également souffert de la hausse des cours des matières premières au premier semestre. L’augmentation du prix du fil machine est directement à l’origine du malaise chez Bekaert  . Le fabricant de fils d’acier a vu son bénéfice opérationnel (ebit) se contracter de 37%. Agfa-Gevaert et Deceuninck ne sont pas non plus parvenues à maîtriser les prix des matières premières. C’est l’aluminium qui est en cause chez Agfa, le PVC chez Deceuninck. "Umicore  constitue une exception à cet égard, note Stefaan Genoe, analyste en actions chez Degroof Petercam. Le groupe de matériaux a pu profiter de justesse de la baisse des cours du cobalt et du nickel. Son bénéfice opérationnel brut a progressé de 23% et a surpassé sans peine les attentes. Umicore est une des bonnes surprises de la saison des résultats."

Si la crainte d’une guerre commerciale se dissipe, comme nous l’observons ces derniers jours, les prix des matières premières vont se stabiliser."
Stefaan Genoe
Degroof Petercam

Les matières premières n’ont pas joué un rôle que du côté de l’offre. Le groupe de plantations Sipef   a vu son chiffre d’affaires diminuer de 10% malgré une hausse de la production de 7%. Le prix de l’huile de palme est en effet sous pression. Il a reculé de 10% par rapport à l’année passée. Nyrstar  , en revanche, a bénéficié d’une évolution favorable du cours du zinc. Celui-ci a progressé de 21% au premier semestre par rapport à l’année précédente. L’excédent brut d’exploitation (ebitda) a ainsi gagné 8%.

Concurrence

AB InBev doit faire face à la concurrence de producteurs de bières artisanales, de vin et de cocktails. ©BLOOMBERG NEWS

Patrick Casselman voit une autre raison à la faiblesse des résultats des entreprises. "Beaucoup ont été confrontées à une accentuation de la pression concurrentielle, explique-t-il. Nous le voyons notamment dans l’évolution du cours de Bourse des opérateurs de télécommunications. Bien que les entreprises technologiques aient enregistré d’excellents résultats, les actions se sont rapidement inscrites en recul. L’arrivée possible d’un quatrième opérateur mobile fait craindre une guerre des prix."

"Une amélioration est en vue. Le dollar a progressé face à la monnaie unique et les perspectives économiques paraissent favorables en Europe."
Stefaan Genoe
Degroof Petercam

Ce phénomène est particulièrement marqué chez Orange Belgium  . Les analystes considèrent l’entreprise comme la plus vulnérable à l’arrivée d’un quatrième opérateur sur le marché. Orange Belgium a pourtant renoué avec les bénéfices au premier semestre et a confirmé ses perspectives annuelles. En dépit d’une réaction initiale positive, l’action essuyait une perte de 7,53% par rapport au Bel 20 cinq jours plus tard. Une autre entreprise confrontée à une concurrence intense est AB InBev  . Le géant des boissons a vu ses volumes diminuer de 5% aux États-Unis, son principal marché. Le brasseur belge perd des parts de marché au profit des vendeurs de bières artisanales, de vins et de cocktails. Pourtant, le bulletin d’AB InBev n’était pas si mauvais. Le chiffre d’affaires a progressé de 4,7% et la marge bénéficiaire est également en hausse.

Perspectives

Pour Stefaan Genoe, il est encore trop tôt pour condamner les entreprises belges cette année. "Les résultats sont le reflet d’un ralentissement économique temporaire dans la zone euro, explique-t-il. Une amélioration est en vue. Le dollar a progressé face à la monnaie unique et les perspectives économiques paraissent favorables en Europe."

Une argumentation à laquelle souscriront de nombreux CEO d’entreprise belge. "Il faut aussi remarquer le nombre d’entreprises qui promettent une amélioration au deuxième semestre, souligne Patrick Casselman. Cette amélioration proviendra d’une évolution plus favorable des cours de change et du lancement de nouveaux produits."

C’est un phénomène en plein essor. Quand les résultats du premier semestre déçoivent, les entreprises font appel à la nouvelle expression à la mode, "back-end loaded". Soit en gros: "Ne vous inquiétez pas du premier semestre, tout va s’arranger au second".

C’est le spécialiste de la protonthérapie IBA  qui s’est le plus clairement lancé dans ce sprint final. Son CEO Olivier Legrain est convaincu qu’IBA pourra terminer l’année dans le vert malgré la perte de 7 millions d’euros enregistrée au premier semestre. Le bénéfice doit provenir de l’équipement qu’elle pourra installer dans cinq nouveaux centres de protonthérapie cette année. Olivier Legrain se targue d’avoir rétabli l’hégémonie d’IBA dans le secteur avec une part de marché de 100%.

Luc Tack (Picanol  ) ne s’inquiète pas non plus des résultats de son entreprise. Le chiffre d’affaires du producteur de métiers à tisser a pourtant reculé de 2% au premier semestre. Et le bénéfice opérationnel (ebit) a perdu 12% en raison de la hausse des prix des matières premières. "Pourtant, c’est un excellent millésime", affirme Luc Tack. "L’année dernière a été une année record pour Picanol. Aujourd’hui, nous sommes en bonne voie pour enregistrer le deuxième chiffre d’affaires le plus élevé de notre histoire. Nos résultats ne pâtissent pas des turbulences qui agitent le monde."

De nombreuses entreprises sont cependant tributaires d’un redressement du marché. Paddy Rodgers, CEO de l’armateur de pétroliers Euronav  , voit les tarifs de transport repartir à la hausse au deuxième semestre. "De nombreux armateurs envoient leurs vieux pétroliers à la casse parce qu’ils ne sont plus rentables aux tarifs actuels, explique Paddy Rodgers. La surcapacité va ainsi disparaître et les tarifs de transport pourront se redresser. Avec sa jeune flotte et sa trésorerie bien garnie, Euronav est parfaitement placée pour en profiter."

Pour ce qui concerne les matières premières, beaucoup dépendra de Trump, reconnaît Stefaan Genoe. "Les tensions commerciales provoquent des accès de volatilité sur le marché de nombreuses matières premières, dit-il. Si la crainte d’une guerre commerciale se dissipe, comme nous l’observons ces derniers jours, les prix des matières premières vont se stabiliser. Pour le reste, nous constatons que les tensions commerciales n’ont guère eu d’impact direct sur les entreprises belges."

Répercussions sur les prix

Pour rebondir, Ontex va améliorer sa tarification et lancer de nouveaux produits. ©Emy Elleboog

Entre-temps, les entreprises tentent de répercuter la hausse des coûts de matières premières sur les prix facturés à leurs clients. Le fabricant de langes Ontex  a annoncé des mesures destinées à améliorer la tarification. Il veut en outre améliorer le mix de produits et réaliser des économies.

Ontex va également lancer de nouveaux produits pour améliorer ses résultats. Par ailleurs, la filiale brésilienne a le vent en poupe. Elle a enregistré une hausse du chiffre d’affaires de 52% en monnaie locale. Les investisseurs seront sans doute plus attentifs à une éventuelle acquisition de l’entreprise. Début juillet, le fonds d’investissement français PAI avait annoncé une offre non contraignante de 27,5 euros par action. Plus rien n’a filtré sur ce dossier depuis.

Enfin, un bon bulletin n’est pas une garantie pour les investisseurs. Les entreprises en croissance Umicore et Melexis n’ont pas été récompensées de leurs excellentes performances. Lotus  , qui a également enregistré un taux de croissance impressionnant, a perdu du terrain en Bourse en raison d’un bénéfice légèrement inférieur aux attentes. "Les cours intègrent des attentes assez élevées. De telles valorisations imposent la perfection, souligne Stefaan Genoe. Les investisseurs nourrissent à présent des attentes plus réalistes." Et c’est tant mieux.

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