Dieu et Satan sont de bons spéculateurs

Le 'vice fund' américain investit dans l'industrie du jeu, du tabac, de l'alcool et de l'armement.

Véritable Dieu de la Bourse ou redoutable diable de la finance, les investisseurs peuvent désormais choisir leur camp. Alors que les Etats-Unis connaissent depuis 2002 leur "vice fund", un fonds de placement spécialisé dans les sociétés moralement et politiquement incorrectes, les marchés européens ont récemment accueilli le premier indice regroupant exclusivement les sociétés compatibles aux valeurs et aux principes chrétiens.

Le groupe européen Stoxx, qui gère le célèbre indice référentiel DJ Stoxx 600, a lancé fin avril dernier un sous-indice composé de 545 sociétés pures, propres, lavées de tout soupçon, "répondant ainsi à la demande du nombre grandissant d’acteurs de marché de confession chrétienne". Son nom: le Stoxx Europe Christian Index.

Exit les fabricants d’armes, les groupes de défense, les entreprises pharmaceutiques qui produisent des moyens contraceptifs (notamment GSK), ou encore les sociétés actives dans le business infernal du jeu ou de la pornographie. Le choix des actions éligibles à une entrée au sein de l’indice Europe Christian revient à un comité indépendant présidé par le CBIS (Christian Brothers Investment Services), un organisme qui détient environ 3,6 milliards de dollars d’actifs sous gestion pour le compte d’un millier d’institutions catholiques à travers le monde.

Parmi les élues, on retrouve le suisse Nestlé, les banques HSBC, Santander et BNP Paribas, les groupes de téléphonie Vodafone et Telefonica mais aussi la pétrolière Shell et sa tristement célèbre concurrente BP. Le Stoxx Europe Christian Index compte dix-sept valeurs belges, à savoir l’entièreté du Bel 20 à l’exception d’Omega Pharma et de Befimmo, dont les capitalisations boursières sont trop petites pour faire partie du DJ Stoxx 600. Le groupe énergétique GDF Suez est quant à lui repris sous pavillon français au sein de l’indice chrétien. AB InBev, Delhaize et KBC sont les trois gros poids lourds belges au sein de l’indice.

Jeu, alcool et cigarettes

À l’autre extrême de la moralité, les managers du "vice fund" américain clament haut et fort leur affection particulière pour les producteurs de tabac, d’alcool, les fabricants d’armes et l’industrie du jeu. "Nous pensons que ces activités tendent à bien se porter, sans tenir compte de l’état général de l’économie", indiquent-ils. Sauf que 2008 et 2009 ont été les seules années en une décennie au cours desquelles le Vicex a moins bien performé que son benchmark, le S & P 500. Quoiqu’il en soit, le fond privilégie les entreprises distributrices de dividende et au cash flow positif. "Nous mettons l’accent sur l’analyse financière pour éviter les points sombres des finances des entreprises, les obligations colossales en matière de pension, les réductions de valeur récurrentes", expliquent-ils. Résultat: le fond investit sans scrupules à plus de 20% dans les producteurs de tabac Philip Morris et Lorrilard, à près de 15% dans les groupes de défense Lockheed Martin, Northrop Grumman et Raytheon. La britannique Diageo (J & B, Johnnie Walker, Smirnoff, Guiness;…) représente 5% de l’investissement total. Les fabricants d’armes à feu (Smith & Wesson), mais aussi les brasseurs ont également leur place au sein du fond, notamment Carlsberg, SABMiller et AB InBev, dont les valeurs collent visiblement autant au vice qu’à la moralité chrétienne…

Au coude à coude

Sans tenir compte, naturellement, de l’aspect "moralité" d’un investissement chrétien ou amoral, l’on peut juste constater que les deux types d’actions se valent, dans le monde de la Bourse. Les deux catégories ont toutes les deux surperformé leur indice de référence depuis le début de l’année. Le "vice fund" a pris plus de 2% depuis le premier janvier 2010 (-1,8% pour le S & P 500). L’indice Stoxx Europe Christian a quant à lui grappillé 1,3% sur la même période (+0,1% pour le DJ Stoxx 600). Mais vu que les marchés sont agnostiques et amoraux, nul besoin d’être croyant ni machiavélique pour constater que, à Wall Street comme sur les places du Vieux Continent, Dieu comme Satan sont tous les deux gagnants. l

Les actions labellisées "chrétiennes" et leurs ennemies "vicieuses" se valent sur les marchés.

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