Ethenea: "Nous sommes prêts pour une correction"

Thomas Herbert (Ethenea) ©doc

Protection du capital et faible volatilité: tels sont les principes de base des gestionnaires de fonds d’Ethenea. Même si ce choix délibéré a pesé sur les résultats de cette année. C’est la conclusion d’une journée médias organisée récemment au Grand-duché de Luxembourg.

Le logo d’Ethenea en dit long: une boussole sans points cardinaux accompagnée d’une devise en latin: "Constantia Divitiarum". Traduisez "constance de la richesse" ou, en français contemporain "protection du capital". C’est en effet un des quatre piliers de la stratégie du gestionnaire de patrimoine luxembourgeois qui a vu le jour en 2002 et qui veille aujourd’hui sur 7 milliards d’euros de capitaux. "Notre stratégie d’investissement consiste avant tout à limiter les pertes", souligne Thomas Herbert, responsable de la gestion des portefeuilles. Ethenea privilégie une gestion active et flexible, vise à obtenir un résultat positif sans se référer à des benchmarks et se focalise sur les stratégies de ses trois fonds (mixtes) "multi-assets". "Ces stratégies bénéficient de toute notre attention. Avec tous les changements actuels, nous voulons à tout prix que nos stratégies soient adaptées à la réalité". Pour cette gestion "responsable", Ethenea s’appuie sur une équipe de 17 gestionnaires de portefeuille sous la direction de Thomas Herbert.

7 milliards
Les trois fonds d’Ethenea comptabilisent ensemble 7 milliards d’euros d’actifs sous gestion.

Une assurance contre la tempête

Contrairement à d’autres sociétés de gestion, Ethenea a choisi de se limiter à trois fonds affichant chacun un profil de risque différent (voir tableau).

©Mediafin

Le plus connu, très populaire auprès des investisseurs belges, est le fonds Ethna-Aktiv. Ce fonds mixte souhaite créer de la valeur à long terme, tout en contrôlant les risques. "Avec notre fonds Aktiv, c’est comme si vous souscriviez une assurance pour les périodes de mauvais temps", explique Thomas Herbert avec conviction.

Le fonds Aktiv se compose en moyenne de 70% d’obligations. Mais cette année, les gestionnaires ont fondamentalement modifié la composition du portefeuille obligataire: fin 2017, il était surpondéré en obligations BBB et même en obligations "pourries" (junk bonds). Aujourd’hui, le portefeuille comprend surtout des obligations A-, AA- et AAA. "Nous nous rapprochons de la fin du cycle économique. C’est pourquoi nous souhaitons éliminer les risques de notre portefeuille. Notre structure rapporte peut-être moins, mais elle nous permet de contrôler le risque de marché en cas de récession, poursuit Thomas Herbert. Notre objectif est et reste d’être un gestionnaire actif qui protège les avoirs de ses clients contre les risques de baisse."

Ethenea affiche la même prudence dans la gestion de son portefeuille d’actions, qui peut en théorie varier entre 0 et 49% d’actions, mais qui dans la pratique en compte beaucoup moins. Actuellement, le fonds est investi en actions et en dérivés (futures et options) à hauteur de 23% environ. La moitié concerne des actions américaines, un petit tiers est composé d’actions asiatiques et le solde est investi en Europe. Le fonds détient également 15% de liquidités.

Le graphique que nous montre Michael Blümke, et qui compare les résultats du fonds Aktiv avec des fonds comparables, montre clairement comment la stratégie d’Ethenea fonctionne dans la pratique: pendant les périodes de hausse, Aktiv se situe dans la moyenne. En cas de marchés stables ou baissiers, le fonds fait mieux que ses concurrents. "Ce graphique est en quelque sorte l’ultime épreuve de vérité pour notre stratégie", explique Michael Blümke.

L’Europe en tête

À l’opposé, on trouve le fonds Ethna-Defensiv, qui est investi en obligations à hauteur de 85% en moyenne, (obligations souveraines et d’entreprises). Actuellement, le portefeuille comprend presqu’exclusivement des obligations "investment grade", en d’autres termes, du papier de qualité. Avec son caractère défensif, le fonds s’adresse surtout à ceux qui n’aiment pas le risque et qui investissent sur le long terme, donc entre autres aux retraités et aux personnes âgées.

Defensiv est géré par le Luxembourgeois Daniel Stefanetti et l’Allemand Guido Barthels. Ici aussi, le portefeuille a été fondamentalement restructuré l’an dernier, avec une surpondération en obligations d’entreprises européennes et la présence de quelques obligations souveraines européennes. À l’inverse, la pondération de papier américain a été fortement réduite. "Nous avons opté pour des obligations d’excellente qualité en prévision du moment où les spreads de crédit augmenteront encore", explique Guido Barthels.

Sur les cinq dernières années, Defensiv affiche un rendement moyen de 1,43% par an. "Cette année, le résultat sera nettement moins bon: -3%. Nous avons pris les devants et nous sommes aujourd’hui bien protégés contre une correction", reconnaît Daniel Stefanetti.

Public jeune

Le troisième fonds mixte d’Ethenea est le plus récent et aussi le plus petit de la gamme. Ethenea-Dynamisch a été créé en 2009 et gère aujourd’hui près de 300 millions d’euros. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un fonds beaucoup plus dynamique. Il se concentre sur les actions et mise donc sur une clientèle plus jeune.

Les actions peuvent représenter jusqu’à 70% du portefeuille, mais leur poids se situe en général dans la fourchette 50-70%. Les obligations d’entreprises (entre 0 et 40%) représentent la deuxième plus importante classe d’actifs. "C’est une autre façon d’investir dans des entreprises florissantes", explique Christian Schmitt, un des deux jeunes gestionnaires. Par ailleurs, les gestionnaires peuvent utiliser des "index futures" (contrats à terme sur indices), des options, des obligations souveraines, de l’or et bien entendu conserver des liquidités.

Il va de soi que la volatilité du fonds Dynamisch est plus élevée que celle des deux autres fonds d’Ethenea, mais son objectif est de rester en dessous de 10%. Il faut également souligner que le processus d’investissement combine les approches "top down" et "bottom up". "Nous recherchons des entreprises intéressantes pour les investisseurs, mais dans un environnement favorable", explique Harald Berres, le deuxième gestionnaire du fonds. Il estime que l’analyse macro est intéressante pour détecter des signaux et trouver des idées. Lors du choix d’une entreprise, 90% des décisions sont basées sur l’approche "bottom up" et 10% sur l’approche "top down".

Le portefeuille est aujourd’hui investi en actions à 57%, avec une prépondérance d’actions européennes. Les quatre principales positions n’en sont pas moins américaines: Cisco, Oracle, Pfizer et Amgen. Elles sont suivies par Lufthansa et Pargesa, un holding suisse détenu en partie par Albert Frère. "Pargesa vient de rejoindre les rangs de nos principales positions. Nous pensons qu’à long terme, il s’agit d’un des meilleurs holdings", explique Christian Schmitt. Les autres positions majeures sont SAP, BASF, Tesco et Renault. Le portefeuille obligataire a été réduit à 4% du portefeuille à cause "du contexte difficile". Cela explique aussi pourquoi le fonds a aujourd’hui 36% de cash.

Depuis sa création en novembre 2009, la valeur d’Ethna-Dynamisch a augmenté de plus de 67%. Sur les cinq dernières années, son rendement affichait 4,74% par an, mais cette année, il est légèrement négatif.

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