Faut-il investir dans les perdants de 2015?

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Un investisseur "contrarian" pourrait être tenté de miser sur le rebond des fonds qui ont réalisé de mauvaises performances l’an dernier. Une stratégie à suivre en 2016?

Les fonds de placements sont devenus un moyen de plus en plus populaire pour entrer sur les marchés financiers à l'époque où les produits d'épargne classiques ne rapportent pratiquement plus rien. L'éventail de produits disponibles sur le marché belge peut toutefois donner le tournis, et il sera souvent impossible pour un investisseur néophyte de faire un choix rationnel entre la multitude d'options qui se présentent. Une manière de trier le bon grain de l'ivraie sera souvent de se référer à un système de notation, notamment les ratings. En principe, c'est l’ assurance d'acheter un fonds qui a réalisé historiquement une meilleure performance avec moins de volatilité que les autres fonds de sa catégorie. Mais, dans la réalité, la performance d'un exercice se répète rarement. Et comme les ratings sont accordés sur la base de la performance historique du fonds, acheter un fonds bien noté n'est pas une garantie de succès. Cela peut même déboucher sur une performance qui sera inférieure à celle d'un fonds moins bien noté.

De nombreuses études réalisées depuis vingt ans ont démontré que les meilleurs fonds de placement sur une période donnée auront des difficultés à maintenir leur performance sur une décennie, que ce soit en raison de changements dans l'équipe de gestion, de la taille du fonds qui devient trop importante pour répliquer les performances antérieures ou d'une politique qui ne parvient pas à s'adapter aux changements des conditions du marché. Une étude réalisée par Morningstar a ainsi montré que sur les 403 fonds commercialisés aux Etats-Unis et notés 5 étoiles en juillet 2004, seuls 58 (soit 14% des fonds) avaient maintenu cette notation au bout de 10 ans.

A contre-courant

Il est aussi possible de choisir un fonds en s'intéressant aux classes d'actifs qui ont réalisé de mauvaises performances en 2015 afin de parier sur un éventuel rebond des cours. En examinant les données sur les 10 dernières années, ce n'est toutefois pas une stratégie facile à mettre en place. Les marchés émergents ont figuré dans le bas de ce classement durant les trois derniers exercices, alors que la valorisation de ces marchés est jugée très attractive depuis plusieurs années. De même, entre 2006 et 2012, ce sont les actions japonaises qui ont régulièrement figuré dans les tréfonds du classement, et leur performance annualisée reste encore à ce jour la plus faible au sein des différents marchés pris. Les actions asiatiques semblent avoir un profil beaucoup plus binaire, avec des performances qui placent ce groupe de pays soit parmi les meilleures performances, soit parmi les plus mauvaises. Dans l'ensemble, sur les dix dernières années, ce sont les actions américaines, les asiatiques et les petites capitalisations qui ont dégagé les meilleures performances.

Sur les marchés obligataires, il est encore plus difficile d'acheter les classes les moins performantes, du moins tant que la Banque centrale européenne maintiendra la pression sur les rendements. Les exercices 2014 et 2015 auront ainsi vu les classes obligataires exprimées en devises internationales surperformer largement tous les autres segments exprimés en euros. Sans trop de surprise, sur un historique de 10 ans, ce sont les classes les plus risquées (haut rendement européen et américain ainsi que dette émergente) qui ont dégagé les meilleures performances.

Pour l'année 2015, les fonds ayant réalisé les plus mauvaises performances sont, entre autres, ceux exposés au secteur de l'énergie, aux valeurs turques et brésiliennes, aux groupes miniers (or et métaux) ou aux marchés frontières. Pour pratiquement toutes ces catégories, le prix des matières premières et du pétrole constituera un élément de référence pour savoir s'il va devenir intéressant de se repositionner sur ces secteurs.

"Il y aura un moment où il faudra rentrer dans les marchés émergents, mais nous ne voyons pas encore de signe avant-coureur laissant présager un redressement des cours."
Jan Bronselaer Economiste en chef chez Nagelmackers

Chez Puilaetco Dewaay, Frank Vranken, stratégiste en chef, pointe que "les matières premières vont rester très volatiles durant les prochaines semaines, avec des groupes qui ont les pires difficultés à maintenir leurs flux de trésorerie à des niveaux suffisants". Et cela même s'il perçoit de plus en plus de signes de rationalisation dans le secteur minier et pétrolier depuis le début de l'année. Pour Keith Wade, économiste en chef chez Schroders, "la normalisation des taux de la Réserve fédérale américaine va soutenir le dollar, ce qui continuera à mettre la pression sur les cours des matières premières et des pays émergents". Les stratégistes restent extrêmement prudents envers les marchés émergents pour les prochains mois. Jan Bronselaer, économiste en chef chez Nagelmackers, souligne que la décote des pays émergents a déjà été beaucoup plus importante par rapport aux pays développés au début des années 2000, avant que les cours des matières premières ne commencent leur remontée. "Il y aura certainement un moment où il faudra rentrer sur ces marchés, mais nous ne voyons pas encore de signe avant-coureur laissant présager un redressement des cours."

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