Boom des fonds pour entrepreneurs grâce à la bonne santé de la Bourse

En Belgique, la plupart des banques proposent un ou plusieurs fonds RDT. L’ensemble de ces fonds représente 2,8 milliards d’euros d’actifs sous gestion, soit 40% de plus qu’en septembre de l’an dernier. ©Dieter Telemans

Depuis le début de l’année, les fonds RDT, fiscalement intéressants pour les entreprises, affichent des rendements pouvant aller jusqu’à 30%. Ces fonds étant exclusivement investis en actions, il est fortement recommandé aux entreprises de bien diversifier leur portefeuille.

Dans le cadre de l’accord estival conclu en 2017, le gouvernement Michel a pris une mesure qui pénalise les entreprises investissant en actions individuelles, à savoir l’introduction d’une taxe sur la plus-value lors de la revente d’actions individuelles, y compris si elles ont été détenues en portefeuille pendant plus d’un an. Une exception peut être consentie si la valeur d’acquisition des actions se monte au moins à 2,5 millions d’euros ou représente au minimum 10% du capital de l’entreprise. Ces conditions sont intenables pour les petites entreprises.

Cette mesure est à l’origine de la popularité des fonds RDT (Revenus Définitivement Taxés). En effet, ces fonds permettent aux entreprises de détenir un portefeuille d’actions sans devoir payer le précompte mobilier sur les dividendes distribués ni la taxe sur les plus-values au moment de la revente. Le principe qui régit les fonds RDT, c’est que les bénéfices ont déjà été taxés au niveau de l’entreprise distributrice et qu’ils ne peuvent être taxés une seconde fois. Le revers de la médaille, c’est que les moins-values ne peuvent être déduites.

Tous les fonds ne peuvent cependant pas bénéficier de l’étiquette "RDT". Plusieurs conditions doivent être remplies: il doit s’agir notamment de fonds investis à 100% en actions, et ces derniers doivent distribuer 90% de leurs revenus sous forme de dividendes. 

Qu’est-ce qu’un fonds RDT?

> Un fonds RDT (Revenus Définitivement Taxés) est un fonds fiscalement avantageux destiné aux entreprises. Celles-ci ne paient pas de précompte mobilier sur les dividendes perçus et ne sont pas taxées sur les plus-values. Les moins-values, en revanche, ne sont pas déductibles.

> Pour obtenir le statut RDT, un fonds ne peut investir qu’en actions, et uniquement d’entreprises soumises à un régime fiscal "normal". Le fonds est également obligé de distribuer au moins 90% de ses revenus sous forme de dividende. 


Offre pléthorique

En Belgique, la plupart des banques proposent un ou plusieurs fonds RDT. L’ensemble de ces fonds représente 2,8 milliards d’euros d’actifs sous gestion, soit 40% de plus qu’en septembre de l’an dernier. Seule une partie de cette augmentation est attribuable à la remontée des marchés d’actions. Au cours de la même période, les Bourses européennes ont affiché une hausse de près de 10%, ce qui démontre que la popularité des fonds ne cesse d’augmenter.

"Ces dernières semaines, nous avons constaté une hausse des demandes de fonds RDT au détriment des investissements immobiliers suite à la suppression en Flandre du ‘woonbonus’."
Fred Janssens
Econopolis

Si l’on en croit Econopolis, qui gère le fonds Crelan, le succès des fonds RDT est aussi la conséquence de la réduction des avantages fiscaux liés aux crédits hypothécaires, et notamment la suppression du "woonbonus" en Flandre. "Ces dernières semaines, nous avons constaté une hausse des demandes de fonds RDT au détriment des investissements immobiliers. De nombreux entrepreneurs ont compris qu’avec la suppression du ‘woonbonus’, le marché immobilier avait atteint un pic et que le potentiel de hausse était désormais limité, tandis qu’en Bourse on trouve encore des entreprises susceptibles d’offrir le même rendement sans les charges liées à la gestion d’un bien immobilier", explique Fred Janssens d’Econopolis.

Les fonds bénéficient également de la bonne santé de la Bourse. Après la correction intervenue au quatrième trimestre 2018, les fonds RDT ont enregistré une hausse pouvant aller jusqu’à 30% depuis le début de l’année. "Cette année, les marchés d’actions affichent une belle performance malgré les nombreuses inquiétudes des investisseurs, comme la crainte d’une récession imminente aux Etats-Unis, la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, le Brexit, etc. Bon nombre de ces problèmes se sont aplanis ces derniers mois, ce qui s’est traduit par une nouvelle accélération du rendement des actions", nous explique-t-on chez CapitalatWork.

D’après le gestionnaire de patrimoine, les actions restent encore intéressantes malgré ce rallye haussier. "Contrairement au sentiment général, nous ne pensons pas que les actions sont chères, en particulier en Europe", poursuit l’expert. Pour Werner Wuyts également, les investisseurs ne doivent pas se focaliser sur les indices. "Le marché recèle encore de nombreuses actions avec du potentiel", renchérit-il.

"Nous combinons notre fonds obligataire et notre fonds RDT pour que le portefeuille soit aligné sur le profil de risque du client."
Pieter De Ryck
Van Lanschot Bankiers

Le vent favorable qui souffle sur les Bourses ne doit pas empêcher les investisseurs de rester attentifs aux risques liés aux actions d’un fonds RDT. Chez Van Lanschot Bankiers – dont le fonds RDT affiche un rendement supérieur à 30% depuis le début de l’année – on rassure en expliquant que la plupart des clients n’investissent pas tout leur argent dans le fonds RDT. "Nous combinons notre fonds obligataire et notre fonds RDT pour que le portefeuille soit aligné sur le profil de risque du client", explique Pieter De Ryck de Van Lanschot Bankiers.

D’autres banques soulignent également que les entreprises ne se limitent pas aux investissements en actions. "Le choix d’un fonds RDT se fait souvent dans le cadre d’un portefeuille diversifié qui comprend plusieurs classes d’actifs. Nous discutons avec nos clients du risque inhérent à ce type de fonds", explique Rudy Vermeersch d’ABN Amro Private Banking.

Risque et diversification

Chez Mercier Vanderlinden, on souligne qu’il faut idéalement disposer d’un horizon d’investissement assez long pour justifier le choix d’un fonds RDT. "Les clients n’y investissent que l’argent dont ils n’auront pas besoin au cours des cinq prochaines années. Ces fonds sont une bonne diversification en complément des activités principales de l’entreprise", explique Stéphane Mercier.

Même son de cloche chez Value Square, qui souligne que ses clients n’investissent que leurs excédents de trésorerie. "Les clients qui n’aiment pas les risques liés aux actions ne sont pas intéressés par les fonds RDT", explique ainsi Kris Hermie.

Les gestionnaires de Banque Delen – qui comptabilise plus de 1 milliard d’euros dans ces fonds et représente ainsi plus d’un tiers du marché – proposent leurs fonds RDT dans le cadre de la gestion discrétionnaire. "Cela signifie qu’ils sont considérés comme étant conformes au profil de risque du client", peut-on entendre.

Élargir le régime

"Le législateur devrait élargir le régime des fonds RDT aux fonds mixtes et obligataires."
Fred Janssens
Econopolis

Chez Econopolis, on regrette que seuls les investissements en actions bénéficient de cet avantage fiscal. "Tous les autres investissements sont trop lourdement taxés pour que les entreprises perçoivent un rendement net suffisant. L’effet pervers de ce système, c’est qu’une entreprise qui souhaite investir de manière sûre optera tout de même pour un fonds RDT à cause de l’importance de la charge fiscale liée aux investissements plus ‘conservateurs’, dans l’environnement de taux bas que nous connaissons. Le législateur devrait élargir le régime des fonds RDT aux fonds mixtes et obligataires pour que les entrepreneurs puissent ainsi se constituer une pension complémentaire digne de ce nom", estime Fred Janssens.

Chez Candriam, on met en garde contre la tentation d’investir dans ces fonds uniquement pour des raisons fiscales. "Le ratio risque-rendement est plus important que le statut fiscal du produit", conclut l’expert.

©Mediafin

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