"C’est le moment ou jamais d’investir dans les marchés émergents"

L’Econopolis Emerging Markets Equity Fund est investi en Chine, à Taiwan et en Corée du Sud à concurrence des deux tiers. Notamment dans la société chinoise Xinyi Solar, leader du marché de la production de verre pour panneaux solaires. ©Getty Images

Les marchés émergents sont "hot". La combinaison entre leurs valorisations, leur excellente réaction à la crise du Covid et leur potentiel de croissance provoque un intérêt sans précédent chez les investisseurs.

Dans les années 2010, il était tout sauf facile d’investir dans les entreprises de "marchés émergents". Cette période fut en quelque sorte une décennie perdue pour ces marchés. Le vent semble cependant tourner et ce retournement de situation s’explique en partie par la crise du coronavirus. Le consensus recommande aujourd’hui de surpondérer les marchés émergents.

Pourquoi ce revirement soudain? Nous avons interrogé trois spécialistes, gestionnaires de fonds d’actions focalisés sur les marchés émergents. Pour comprendre pourquoi ces marchés ont affiché de mauvais résultats au cours de la dernière décennie – en particulier si on les compare avec les bourses américaines – nous devons retourner vingt ans en arrière, explique Gino Delaere d’Econopolis. Delaere gère depuis Singapour l’Econopolis Emerging Markets Equity Fund et, depuis des années, passe au crible les marchés émergents, à la recherche d’opportunités d’investissement. Les dix premières années du nouveau millénaire furent un âge d’or pour les marchés émergents, explique-t-il. Tout a commencé en décembre 2001 avec l’accession de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, qui a mis le turbo sur les investissements en Chine et dans d’autres tigres asiatiques.

"Nous avons bien analysé la révolution industrielle et nous savons qu’il ne s’agit pas d’une bulle spéculative."
Gino Delaere
Econopolis

"Les marchés émergents ont augmenté trop fortement pendant des années. La Chine a sauvé le monde en 2009 avec son programme de soutien économique. Ce plan a mis en ébullition les économies émergentes en Asie, mais aussi en Amérique latine. À cette époque, investir dans ces pays était très à la mode, ce qui a rendu ces marchés très chers", ajoute Xavier Hovasse, en charge des Emerging Market Equities chez Carmignac.

Revirement

Le contrecoup de cette vague d’investissements s’est fait sentir au cours de la deuxième décennie, lorsque de nombreux investisseurs se sont détournés de ces pays, qui avaient perdu de leur intérêt à cause de la longue période de croissance ininterrompue amorcée par les États-Unis. Le dollar a recommencé à monter et, sur Wall Street, les géants technologiques ont attiré tous les regards. Au même moment, la croissance de l’économie chinoise a ralenti, passant de 10 à 6% par an.

"Ces années furent également marquées par de nombreuses crises, ce qui a poussé les investisseurs à leur tourner le dos", souligne Hovasse. Il se réfère entre autres à la crise monétaire chinoise de 2015. "Elle n’était basée sur rien de tangible. À l’époque, le marché pensait que la Chine perdrait le contrôle sur le renminbi. C’était du délire collectif. Toutes les actions cycliques ont reculé et les marchés émergents sont tombés en disgrâce." Ensuite, Trump est arrivé au pouvoir et a commencé immédiatement à s’en prendre à la Chine et a déclenché une guerre commerciale. "À l’époque, personne ne voulait plus entendre parler des “emerging markets”."

"La conséquence de tout cela est que la part investie par les fonds d’actions mondiales sur les marchés émergents a baissé à 5,5%", explique Delaere. "Nous sommes donc sous-pondérés, car les marchés émergents représentent en réalité 14% de l’indice MSCI World."

"La crise du coronavirus a accéléré toutes les révolutions industrielles, tant digitales qu’écologiques."
Xavier Hovasse
Carmignac

Si l’on en croit Hovasse, l’année 2020 a ouvert les yeux du monde sur les marchés émergents. "La crise du coronavirus a accéléré toutes les révolutions industrielles, tant digitales qu’écologiques. Tout ce qui prend en général cinq ou six ans s’est produit en un an. Et où trouve-t-on les gagnants de ces révolutions industrielles? En Californie bien entendu, mais aussi et surtout en Asie." Il est par ailleurs frappant de constater que plusieurs pays asiatiques ont réagi beaucoup plus vigoureusement dans la lutte contre la pandémie. Pour Delaere, la technologie a joué un rôle essentiel.

L’évolution boursière des marchés émergents en 2020 en est la meilleure preuve. L’an dernier, le MSCI Emerging Markets Net Index a augmenté de 18,3% (en dollars), soit beaucoup plus que l’indice MSCI World (+15,9%). "La réouverture de l’économie est fantastique pour la croissance mondiale, et les marchés émergents en profitent également", renchérit Dara White, responsable des marchés émergents chez Columbia Threadneedle.

Stock picking

"La sélection d’actions joue un rôle crucial dans notre processus d’investissement. Notre portefeuille est bâti sur la base du principe “bottom-up”", explique White, qui gère le fonds Threadneedle (Lux) Global Emerging Market Equities, "mais il ne faut pas pour autant oublier le “top-down”." Sur le plan des secteurs, le centre de gravité se situe dans les biens de consommation, la technologie, la finance, les services de communication et les soins de santé. Le fonds investit surtout dans cinq pays: la Chine (qui représente plus ou moins un tiers du portefeuille), la Corée du Sud, le Brésil, l’Inde et Taiwan. Si l’on tient compte des facteurs économiques, monétaires et politiques, on peut considérer que le fonds est aujourd’hui surpondéré en actions brésiliennes.

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"À cause du cycle des taux (le taux directeur brésilien est retombé de 14% en 2016 à 2% aujourd’hui, NDLR), on devrait observer une forte migration vers les actions." Une des nouvelles positions du fonds est Azul, une compagnie de transport aérien brésilienne à bas prix, un peu comme Ryanair, qui propose presque uniquement des vols domestiques et affiche un bilan solide. Les principales positions du fonds sont des noms connus: Tencent, Alibaba, Taiwan Semiconductor et Samsung Electronics. L’an dernier, le fonds de Columbia Threadneedle a affiché un rendement de 36,4% (exprimé en dollars).

L’Econopolis Emerging Markets Equity Fund est investi en Chine, à Taiwan et en Corée du Sud à concurrence des deux tiers. "Le poids de l’Asie dans notre fonds n’a jamais été aussi important. Tant que le coronavirus continue à sévir, nous investissons relativement peu en Amérique latine", justifie Delaere. Chez Econopolis également, la sélection des actions joue un rôle central. Delaere cite notamment Xinyi Glass, un producteur de verre chinois avec des applications dans la construction et l’automobile ainsi que de panneaux solaires via sa filiale Xinyi Solar. «Xinyi Solar est leader du marché de la production de verre pour panneaux solaires. Un produit qui s’inscrit dans la droite ligne des objectifs climatiques de la Chine. En décembre, l’entreprise a lancé un avertissement sur résultats positif.» Deux autres entreprises du portefeuille font partie du secteur du gaming, qui a beaucoup profité des périodes de confinement. NCSoft est le plus important producteur de jeux vidéo en Corée du Sud. Son compatriote Pearl Abyss a remporté un important succès commercial à l’international avec son jeu Black Desert.

Le fonds Carmignac Emergents travaille un peu différemment. "Notre approche n’est ni géographique ni sectorielle", explique Hovasse. "Pour chaque entreprise, nous nous posons la question de savoir s’il s’agit d’un “disruptor” ou d’un “disruptee”." En d’autres termes: s’agit-il d’une entreprise gagnante ou perdante? "Nous avons bien analysé la révolution industrielle et nous savons qu’il ne s’agit pas d’une bulle spéculative. Une entreprise comme Tencent génère par exemple d’abondants cash-flows." Une autre position du fonds est MercadoLibre, la plus grande entreprise de commerce en ligne d’Amérique latine, dont la valeur a été multipliée par quatre en un an. Carmignac Emergents a également investi dans Sea Limited, une plateforme de gaming, de commerce en ligne et de paiements digitaux dont le cours a augmenté de 385% l’an dernier. "La crise a accéléré toutes nos convictions d’investissement."

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