Cap sur la Chine domestique

Une femme chinoise coud des habits pour Xunxi, une filiale d’Alibaba Group Holding. ©Bloomberg

Après une année 2020 très dynamique, les fonds en actions chinoises sont repartis de plus belle depuis le début de la nouvelle année.

Le marché chinois reste particulier par de nombreux points. Il existe de nombreuses manières de l’aborder, que ce soit en investissant dans des entreprises occidentales avec une forte exposition économique dans ce pays (par exemple LVMH), en passant par un fonds en actions émergentes (qui va typiquement exposer une partie significative de ses actifs sous gestion en Chine), pour terminer par une exposition directe sur un fonds "chinois". Dans ce domaine, il existe quatre possibilités: un fonds exposé sur Hong Kong (2 produits), sur les marchés domestiques où sont cotées les A-Shares cotées à Shenzhen ou Shanghai (21 produits), sur l’ensemble des marchés chinois (31 fonds), voire même sur la Grande Chine avec une exposition de 15 à 20% sur les d’actions taïwanaises (9 produits).

20%
La plupart des fonds exposés à la Chine ont progressé de 20% l'année passée.

Forte progression

Durant l’exercice écoulé, tous les fonds exposés à la Chine ont dégagé une performance positive, et la plupart ont même progressé de plus de 20% (notamment tous les fonds exposés sur la Grande Chine), voire même de plus de 50% pour certains d’entre eux. L’analyse des principales positions montre que certains noms sont pratiquement incontournables. Ping An, Tencent et Alibaba figurent ainsi dans la composition des sept fonds qui ne sont pas exclusivement exposés sur les actions cotées sur les marchés A-Shares (qui n’investissent pas dans les grands groupes cotés aux États-Unis). Les quatre fonds exposés sur les A-Shares ont une composition qui est radicalement différente, avec aucun nom qui ne ressort de manière indiscutable.

Sur un horizon à trois ans, notre tableau montre que les meilleurs fonds ont dégagé une performance annualisée supérieure à 17%, avec une représentativité relativement équilibrée entre les différentes classes de fonds, et des actifs sous gestion qui ont explosé pour dépasser dans plusieurs cas le milliard de dollars. Depuis le début de 2021, cette dizaine de fonds affiche encore une progression moyenne proche de 7%, poussée par les fortes progressions pour les fonds exposés sur la Grande Chine.

"Les autorités chinoises n’ont pas été forcées de prendre des mesures radicales de stimulation fiscale et monétaire durant cette crise."
Luke Richdale
JPMorgan Asset Management

Performance économique

La gestion de la crise sanitaire par les autorités chinoises constitue un argument en faveur du marché, et les gestionnaires s’attendent généralement à ce que la pandémie reste sous contrôle durant les prochains mois, ce qui devrait permettre une normalisation de la trajectoire bénéficiaire beaucoup plus rapide que dans les autres régions. Luke Richdale, Head of the Emerging Markets and Asia Pacific Equities Investment Specialist Team chez JP Morgan Asset Management, estime ainsi que "les risques macroéconomiques sont aujourd’hui limités en Chine, de même que le risque de pressions inflationnistes. Les autorités chinoises n’ont pas été forcées de prendre des mesures radicales de stimulation fiscale et monétaire durant cette crise".

"Si l’épidémie reste contenue, nous devrions avoir une reprise économique solide (6 à 7%) pour l’année en cours", confirme Chi Lo (économiste senior sur la Grande Chine chez BNP Paribas Asset Management). "Les exportations devraient également constituer un facteur de surprise positive pour les prochains mois."

Modèle domestique

Pour Stephen Kam (Investment Director pour l’Asie hors Japon chez Schroders), la transition du modèle chinois vers un marché poussé essentiellement par la demande domestique permet aujourd’hui de se concentrer sur les perspectives propres de l’économie chinoise. "La population est en train de vieillir, ce qui signifie que les gains de productivité seront cruciaux afin de maintenir la croissance économique. En tant qu’investisseur, il faut s’exposer plus spécifiquement sur les sociétés qui vont impacter la productivité de l’économie chinoise."

"À nos yeux, les trois principales opportunités de long terme sur le marché chinois sont la technologie (logiciels, cloud), les soins de santé et la consommation privée (véhicules électriques)", indique Luke Richdale, chez JP Morgan Asset Management. "Dans nos fonds, nous avons constitué des positions importantes sur ces segments dans le courant de l’année passée."

Jie Lu, Head of Investments pour la Chine chez Robeco, souligne que la stratégie d’investissement est axée sur quatre thèmes principaux qui disposent de perspectives de croissance forte pour les prochaines années: la hausse de la qualité dans la consommation soutenue par la hausse du train de vie dans la classe moyenne et le vieillissement de la population, les innovations technologiques, les réformes structurelles dirigées par les politiques gouvernementales, et la montée en gamme dans la production industrielle. "Nous devons toutefois rester attentif au fait qu’investir de manière durable en Chine reste un défi, et qu’il faut avoir une stratégie ESG sur ce marché pour éviter les risques potentiels et réaliser des décisions d’investissement mieux informées."

Investisseurs retail

Stephan Kam, chez Schroders, estime que la vraie opportunité réside dans les actions domestiques. "Vous y trouvez les entreprises davantage tournées vers les consommateurs domestiques. La valorisation de certains noms (notamment dans la biotech, dans l’e-commerce, etc.) est aujourd’hui devenue relativement élevée, et nous avons pivoté progressivement nos investissements vers d’autres valeurs qui offrent de la croissance structurelle avec une valorisation attractive (notamment l’automation ou les fournisseurs de l’industrie des voitures électriques)."

En outre, les investisseurs retail sont encore très largement majoritaires sur les A-Shares (80 à 85% du volume sur les marchés domestiques), avec pour conséquence une volatilité journalière élevée, mais également la possibilité de trouver des opportunités attractives, ce qui a permis aux gestionnaires actifs de surperformer ce marché durant les cinq dernières années.

"C’est un environnement exceptionnel pour rechercher des opportunités d’investissement, avec 2.500 actions qui atteignent aujourd’hui nos critères de liquidité, contre environ 1.200 actions dans l’ensemble des pays émergents", confirme Luke Richdale, chez JP Morgan Asset Management. "En outre, la performance du marché chinois est nettement moins corrélée aux marchés boursiers internationaux, ce qui offre une bonne source de diversification."

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