interview

Jacques Berghmans (TreeTop): "Les bourses semblent chères, mais elles ne le sont pas"

"Tout bien considéré, les bourses ne sont pas trop chères", avance le cofondateur et gestionnaire de fonds Jacques Berghmans. ©Tim Dirven

Le gestionnaire d’actifs bruxellois TreeTop Asset Management a adapté sa stratégie et combine à présent la gestion active et passive.

Le vétéran boursier Jacques Berghmans ne craint pas la formation de bulles spéculatives sur le marché des actions. Le rejeton de la famille propriétaire de l’empire L’Hoist (carrières) pense que les bourses peuvent poursuivre leur ascension.

"Les bourses mondiales cotent à 20,8 fois leur bénéfice. C’est le niveau le plus élevé depuis le début de ce siècle", reconnaît Berghmans. "Les bourses semblent chères, mais elles ne le sont pas. Le rapport cours-bénéfice n’est pas le seul paramètre à prendre en compte. D’abord, un redressement des bénéfices est en vue après la pandémie de coronavirus. Ensuite, le rendement sur fonds propres des entreprises affiche un remarquable 12%, en ligne avec la moyenne historique. Les entreprises américaines font encore mieux grâce à leurs productivité et rentabilité supérieures. Wall Street étincelle pour cette bonne raison."

"Si l’inflation reste sous 3%, cela ne pose aucun problème pour les bourses dans une perspective historique."
Jacques Berghmans
Gestionnaire de TreeTop Asset Management

Taux d’intérêt

"Enfin, le troisième et principal facteur est le taux d’intérêt. Au niveau mondial, les taux à long terme sont tombés à 1%, un plancher historique. Ce qui implique une valorisation très différente pour les actions. La prime de risque (le surcroît de rendement obtenu pour détenir des actions par rapport à des obligations d’État, NDLR) se situe à 7 à 8%, un niveau bien plus élevé que la moyenne à long terme (5%). Selon ce paramètre, les actions sont encore bon marché."

Jacques Berghmans ne craint pas une remontée des taux, en l’absence d’accélération de l’inflation. "Si l’inflation reste sous 3%, cela ne pose aucun problème pour les bourses dans une perspective historique. Un peu d’inflation crée même une dynamique saine. Aux États-Unis, l’inflation pourrait remonter temporairement, parce que les salaires minimums vont augmenter sensiblement. Les secteurs employant beaucoup de main-d’œuvre peu qualifiée pourraient en souffrir."

Pour profiter de l’ascension boursière attendue, TreeTop mise sur la combinaison gestion passive-active. La société, qui gère 1,3 milliard d’euros dont 200 millions en fonds passifs, a rebaptisé son fonds indiciel qui affiche désormais un label ESG (environnement, social et gouvernance). Les 3.000 actions de l’indice mondial MSCI ACWI Index ont été ramenées à 1.200 entreprises qui respectent les critères de durabilité du développeur d’indices, MSCI. Les principales positions sont Microsoft, Alphabet, Tesla et Taiwan Semiconductor. "L’accent est mis sur l’investissement mondial. De nombreux Belges obtiennent un return trop faible parce qu’ils se focalisent sur leur bourse", souligne Berghmans.

"De nombreux Belges obtiennent un return trop faible parce qu’ils se focalisent sur leur bourse."
Jacques Berghmans

Écossais

Pour les fonds gérés activement, TreeTop collabore avec la maison d’investissement écossaise Aubrey Capital Management, dont elle possède 33%. Son gestionnaire principal Andrew Dalrymple se concentre sur la technologie médicale aux États-Unis et les entreprises de consommation domestiques en Chine.

La branche dédiée aux clients privés, TreeTop Private, s’adresse aux Belges disposent d’un patrimoine à partir de 250.000 euros. En 2015, l’entreprise a essayé d’ouvrir ses services de gestion aux petits investisseurs. Mais y a renoncé depuis.

"La mort dans l’âme", remarque Berghmans. "Nous avions beaucoup investi dans le projet. Mais le petit investisseur n’a pas suivi. Le Belge préfère placer son argent dans l’immobilier. C’est dommage, parce que la brique rapporte moins que les actions à long terme. Il est vrai aussi que l’État belge n’encourage pas la démocratisation de la bourse. Le politique décourage même l’investissement en actions. Regardez la forte augmentation des taxes boursières ces dernières années. À long terme, ce sont autant d’obstacles pour créer plus de richesse dans un pays."

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